lundi 31 mai 2010

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : Albert Samain et le cercle des poètes disparus…


Je vous dois d'abord une confession et une explication. Commençons par ce qui coûte le moins. Il pourrait sembler étrange de laisser quelque place dans mes causeries pour un genre littéraire aussi peu en vogue que la poésie. Les grands éditeurs s'en écartent aujourd'hui et je ne vois plus de grands poètes siéger dans l'illustre Académie où j'ai l'honneur et le privilège de présider. Les professeurs des écoles s'en désintéressent et les élèves la dédaignent, surtout les néogothiques à tendance anarchiquo-rebelle qui pissent dessus… La réponse à cette difficulté, la voici : Il y a trop de différence entre le style poétique empreint d'élégance ; de recherche musicale aussi ; et l'écrit utilisé maintenant par la jeunesse, écrit qui s'apparente pour l'heure à une suite d'interjections sans règle esthétique établie.


Une confession ai-je dit en outre ? Quitte à vous surprendre, je vous déclarerai sans ambages que je ne déteste pas, de temps à autre, noircir quelques feuilles blanches de vers de ma production. Et quand j'aurai dit, pour satisfaire un besoin morbide d'humiliation, que j'ai même édité à compte d'auteur quelques ouvrages en vers, j'aurais je pense, le droit de ne pas chercher un autre exorde et d'aborder sans plus attendre cette causerie par une présentation flatteuse d'un grand poète du 19eme siècle : Albert Samain. Pierre m'a aidé en cela en tirant des ouvrages patiemment rangés sur les rayonnages de sa librairie, deux belles éditions qui devraient attiser votre convoitise. Mais revenons à l'auteur… Albert Samain est né en 1858 et mort en 1900. Il fut le plus original, le plus charmant, le plus délicat et le plus suave des poètes. Sa popularité est malheureusement tellement faible aujourd'hui qu'une biographie récente est parue où un portrait est présenté en première page qui le montre en costume militaire alors qu'il n'a jamais été soldat…


Cofondateur de la revue Mercure de France avec Jules Renard, on garde de lui le souvenir du plus mauvais panégyrique qui fut commis dans ses pages quand on lui demanda de tracer le portrait de Catulle Mendès (qu'il n'aimait pas) " Ce qui est intolérable avec Mendes, quand on le lit avec fréquence, c'est la sensation d'artificiel absolu qui s'en dégage… "

Samain, mort de phtisie à quarante deux ans ; n'achetez pas un ouvrage provenant de sa bibliothèque, les spores de ce bacille sont résistantes ; était loin d'imaginer que son recueil de poèmes " Au jardin de l'Infante " (1893) connaîtrait cent soixante cinq éditions en quarante ans. Seuls "Toi et moi " (1913) de Paul Géraldy et "Paroles" (1945) de Jacques Prévert susciteront pareil engouement. Il faudra attendre le 31 mai 2010 pour que l'auteur soit redécouvert par les lecteurs…


Tu marchais chaste dans la robe de ton âme,
Que le désir suivait comme un faune dompté,
Je respirais parmi le soir, ô pureté,
Mon rêve enveloppé dans tes voiles de femme.

Il est d'étranges soirs où les fleurs ont une âme. Au Jardin de l'Infante (1893)

Le long des prés déserts où le sentier dévale
La pénétrante odeur des foins coupés s'exhale. Le Chariot d'or (1900)

Ton souvenir est comme un livre bien-aimé,
Qu'on lit sans cesse, et qui jamais n'est refermé,
Un livre où l'on vit mieux sa vie, et qui vous hante
D'un rêve nostalgique, où l'âme se tourmente. Au Jardin de l'Infante (1893)


Il reste à conclure. Et ce ne sera pas sur des remarques purement littéraires que nous terminerons. Pierre vous a proposé, encore une fois, deux excellents ouvrages dans des présentations élégantes à un prix raisonnable. L'aimable réclame que je viens de faire d' Albert Samain fera de votre éventuel achat, un investissement judicieux.

Votre dévoué. Philippe Gandillet


SAMAIN Albert. Le chariot d'Or. Paris Rombaldi editeur, 1942, Exemplaire N° 2077. Broché, format in 8 couverture rempliée, papier vergé agnella. 236pp, illustrations en couleur Maurice Leroy. Bel état.


SAMAIN Albert. Au jardin de l'infante / Le chariot d'or, symphonie héroïque, aux flancs du vase / contes polyphème. Paris Piazza éditeur, 1950, édition numérotée sur papier sur vélin navarre N° 3619 sur 4000. Broché sous couverture rempliée, format in-8. Nombreuses illustrations de P.E Becat. Emboîtage recouvrant les trois volumes. Vendu

15 commentaires:

calamar a dit…

c'est vrai que dans la catégorie "auteur oublié", Albert Samain est une vedette. Et pourtant il est encore très lisible... mais il n'a pas eu une production immense, et puis il est mort jeune, mais pas assez pour que ça constitue une chance pour sa notoriété. Il a donc des circonstances atténuantes.

Anonyme a dit…

Beaucoup de poètes oubliés souhaiteraient avoir été édités et illustrés de la sorte. C'est peut-être la qualité de ces éditions qui entretiendront sa mémoire. Philippe Gandillet

Textor a dit…

Un poete se doit de mourir jeune, sinon, il en arrive à faire de la politique comme Lamartine ou Victor Hugo et on oublie qu'ils ont été poètes ...
Belle évocation d'Albert Samain qui méritait ce bel article .
T

Jeanmichel a dit…

Quarante-deux ans, pour un poète c'est très âgé. Ils ont un feu intérieur qui les consume, et "métromaniaque" a deux significations, étymologiquement distinctes mais quand même.
@ Textor : Lamartine et Hugo, on a surtout oublié qu'ils ont fait de la politique.

calamar a dit…

très agé, ça se discute... moi je trouve ça très jeune ! d'ailleurs il a laissé des Poèmes inachevés, ce qui n'est sans doute pas le titre qu'il aurait souhaité.

Anonyme a dit…

Aurons-nous le plaisir de lire quelques extraits de cet ouvrage publié aca ?

René de BlC

Pierre a dit…

Quelques dysfonctionnements informatiques (changement des codes TC/ TIP/URL/ WTYXKJ et j'en passe) ont provoqué une rupture momentanée du courant de mon côté ;-))

Si ce n'était la très grosse contrariété qui en a découlé provoquant subséquemment le détachement d'un petit embole obturant une partie des vaisseaux cardiaques, je dirais que tout est revenu dans l'ordre... Pierre

Pierre a dit…

Pourquoi les poètes meurent jeunes ?

Il faudrait faire des statistiques mais l'absinthe, la drogue, la cigarette et l'alcool, souvent en usage dans les milieux interlopes fréquentés par certains au 19eme siècle, ont eu le fâcheux inconvénient de réduire l'espérance de vie en développant la créativité.

L'art poétique semble plus développé chez la jeunesse comme cette même propension à battre des records de vitesse au 100 mètres. Quand les poètes ne meurent pas jeunes, peut-être leur fécondité est-elle épuisée ? Le résultat devient alors identique. Pierre

Pierre a dit…

Jean-Michel,

Je gamberge depuis cet après-midi sur les deux significations de "métromaniaque". Vous nous éclairez ou je m'ampute du bras droit ! Merci. Pierre

Pierre a dit…

A savoir si Philippe Gandillet soulèvera un voile pour apercevoir quelques lignes ? Tout est affaire de pudeur, René. Il est déjà heureux qu'on y pense...

Jeanmichel a dit…

1 - Métromaniaque, de mètre = mesure, qui a la manie de faire des vers ;
2 - Métromaniaque, de mètre = utérus, nymphomaniaque. Par extension de sens, phénomène très courant, ce terme aurait pu s'adapter aux hommes s'il n'avait pas été oublié.

Pierre a dit…

Voilà qui éclaire notre lanterne !

Je savais Philippe Gandillet métromaniaque mais je ne serais pas étonné qu'il soit aussi métromaniaque ! Pierre

Livres XIX°.Cartonnages Romantiques a dit…

Que vient faire Linné en ce commentaire? Pierre lancerait-il une typologie des moines ? "Brillardus classificant"....Je verrais bien les faiseurs de manuscrits dans les rongeurs et ceux qui cachent les mains sous la coule parmi les marsupiaux

Anonyme a dit…

bien reçu le trés bel ouvrage sur Ronsard/Hémard

Alain

Pierre a dit…

Essai concluant, Alain !

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A force de tâtonnements, on peut même faire de jolis effets dans ses messages ;-)) Pierre