mercredi 19 mai 2010

Le passage au système décimal expliqué dans une édition originale de 1794.


Je ne sais qui m'a suggéré que la baisse du cours de l' € par rapport au $, et au dollar canadzien en particulier, pourrait être une bonne affaire pour les canadziens bibliophiles. " A moins que les transactions ne soient provisoirement bloquées, le temps que les français reviennent au "franc " a-t-il précisé ! C'est pas gentil de se moquer…

Vous vous rappelez surement du "Binz" que le passage à la monnaie européenne avait provoqué en 2002, certains compatriotes comptant encore en "anciens francs", alors vous devez bien comprendre que la marche arrière s'avérerait particulièrement périlleuse pour ses habitants. Je me suis demandé comment nos ancêtres avaient fait avec le bouleversement provoqué par la mise en place du système décimal, il y a 200ans…

C'est pourquoi, ayant transformé ma voiture De-Lorean DMC-12 en une machine à voyager dans le temps qui m'a transporté en l'an II de la République une et indivisible ( 1794), je vous ai ramené de là-bas ( là-haut ? sur les côtés ?) un petit traité de conversion de l'époque : Instruction Abrégée Sur Les Mesures Déduites De La Grandeur De La Terre, Uniforme Pour Toute La République, et Sur Les calculs Relatifs à Leur Division Décimale.


Rappel des faits : En 1790, Talleyrand demande l'unification des poids et mesures. Après avoir adopté le système décimal, le 8 mai 1790, l'Académie des Sciences chargeait une commission composée de Borda, Lagrange, Laplace, Monge et Condorcet de fixer la base des unités de mesure. Après avoir rejeté le projet du pendule à seconde, la commission adopta le quart du méridien terrestre dont la dix millionième partie serait l'unité de longueur. Borda appela cette unité le mètre. Les astronomes Delambre et Méchain furent chargés de mesurer avec précision l'arc de méridien compris entre Dunkerque et Barcelone. Leurs travaux durèrent près de dix ans, car il fallut surmonter d'énormes difficultés dues principalement à la Révolution.

L'édition présentée est une des toutes premières publications relatives au nouveau système républicain des poids et mesures : Notions préliminaires, mesures linéaires, agraires, de capacité, poids, monnaies, additions, soustractions, multiplications, divisions, mesures de grains et de liquides, applications pratiques (vin, tissus, huile.). Je l'ai compulsé et je peux vous affirmer que la vraie révolution n'était pas dans la rue mais dans l'appréhension du système décimal !


Mesure linéaire : Passage du pied, du pouce et de la ligne en mètre, décimètre, etc… Pour information, deux unités oubliées : 1000metres = 1 milliaire et 100.000 mètres = 1 grade

Mesure de temps : Une journée ne faisant plus que dix heures, un employé du Conseil Général des Bouches du Rhône ne ferait que 3 heures de travail effectif par jour, aujourd'hui : Là, rien n'a changé…

L'aune, la toise disparaissent et l'exportation de nos tissus s'en trouve facilitée.

Mesures agraires : L'arpent disparaît au profit de l'are et de ses déciares (les superficies agricoles sont faibles à cette époque).

Le cadil devient l'unité de volume des liquides. La tradition s'est perdue pour la bière que l'on boit encore à la pinte, au gallon ou au boisseau…

Mesure des poids : Là c'est plus grave ! Le grave (symbole G) a été édicté par le décret de l'Assemblée du 1er août 1793, et défini comme « le poids d’un décimètre cube d’eau pure à 4 °C (maximum de masse volumique) ». Le grave valait donc environ un kilogramme lorsque utilisé comme mesure de masse, ou environ 9,8 newtons lorsque utilisé comme mesure de force (le poids étant la force due à l’accélération de la pesanteur). En unités de l’époque, le grave valait « 18 841 grains du marc de la Pile de Charlemagne ».

Et nous terminons par les mesures des monnaies : Facile puisque la livre tournois qui se divisait en sous et en deniers se divise dorénavant en décimes et centimes…

Alors le passage éventuel de l'Euro en Franc. On rigole ! Pierre


COLLECTIF .Instruction Abrégée Sur Les Mesures Déduites De La Grandeur De La Terre, Uniforme Pour Toute La République, et Sur Les calculs Relatifs à Leur Division Décimale ; Par La Commission Temporaire Des poids et Mesures Républicaines. Vincent Raphel, Avignon, an II de la république. Imprimeur du département du vaucluse. In-8 broché, couverture muette de l'époque en attente de reliure. Non massicotté. XVI + 147pp+ 1 page de correction de l'éditeur+ 14 ff de tables et tableaux. Edition originale surpassée par l'exactitude des corrections de l'imprimeur…. 3 planches hors-texte. Tables pour réduire les anciennes Mesures de longueur, de superficie & de capacité, les anciens Poids & les anciennes Monnoies en mesures, Poids & Monnoies du nouveau système décrété par la Convention nationale en fin d'ouvrage. Papier en bel état. Vendu

18 commentaires:

Bernard a dit…

L’établissement du système métrique n'a pas été immédiat en France. Son utilisation ne sera obligatoire qu'en 1837!! Pour l'économie ça a été une véritable révolution; chaque province avait son unité de longueur et les truands savaient en profiter. On pensait que l'universalité du choix de l'étalon, une portion du méridien de la terre, inciterait nos voisins à faire comme nous. Les anglais, bien sur, ont fait de la résistance (comme le font pour l'euro).

Jeanmichel a dit…

Alors ça, ça m'intéresse !
J'envoie sur le champ carré une missive à Pierre...

Pierre Bouillon a dit…

Je ne sais pas quel bibliophile canadien vous a parlé de la baisse de l'euro. :) Mais comme je suis seul dans la salle. :)
Vous présentez ici un exemplaire qui est sans doute très intéressant. Le "Supplément contenant les mots nouveaux en usage depuis la Révolution" qu'on trouve à la fin de la cinquième édition du Dictionnaire de l'Académie française (1798) fait une bonne place aux nouvelles unités de mesure adoptées après la Révolution.
On y lit :

ARE. subst.masc. L'Are remplace la perche carrée, et vaut à-peu-près deux perches carrées de 22 pieds de côté; chacune de ces perches contient en décimales 0,5104 d'are.

Notre esprit saisit immédiatement la surface qui est décrite...
On lit aussi :
KILOLITRE. subst.masc. Mesure de capacité égale à 1000 litres. Pour les liquides, elle remplace le Tonneau de mer, et vaut environ 5 pièces de Mâcon: pour les matières sèches, le kilolitre remplace le Muid, et contient à-peu-près 6 setiers et 7 boisseaux.

On lit aussi que le GRADE ou DEGRÉ DÉCIMAL DU MÉRIDIEN " (...) contient 100,000 mètres ou 51,324 toises 1 pied 9 pouces 7 lignes 1/9. "

L'établissement du système métrique n'était pas une si mauvaise idée finalement. Sauf pour son échelle de température; j'y reviendrai peut-être un jour dans mon blogue. :)
Pierre B.

Pierre a dit…

Nous attendons avec impatience votre article sur l'échelle à nombreux barreaux de votre température québécoise, Pierre. Je dois reconnaitre que j'aimerais comprendre pourquoi nous n'avons pu nous mettre d'accord, là dessus.

Dans l'édition de 1794, le litre n'apparait pas encore et j'en ai été surpris. Le cadil , lui, n'a pas fait long feu... Quand au kilogramme il a fallu encore 4 ans pour qu'il apparaisse, je crois.

Avez-vous des mesures qui sont restées spécifiquement québécoises ? Faites-nous un beau billet là dessus ! Pierre

Textor a dit…

Sympa cet article. 200 ans ce n'est pas si vieux, quelle belle pagaille cela a du être pour les anciens habitués aux toises et autres lieues, d'autant que les commerçants n'avaient pas de calculettes de conversion.
Enfin, grace à la Révolution nous avons le pavillon de Breteuil ( confisqué j'imagine à quelque ci-devant) habité par le Maitre étalon, qui fit la joie des citoyennes.
textor

bernard a dit…

Des copies du mètre étalon ont été mises à la disposition des parisiens sur certains édifices: il en reste une rue de Vaugirard, sous les arcades en face du Sénat. Actuellement le mètre est défini comme étant la distance parcourue par la lumière dans le vide pendant 1/c seconde, c étant la vitesse de la lumière. Pardon, toujours ces vieux réflexes !!!

Pierre a dit…

Le mètre étalon n'a pas été, de facto, installé au pavillon de Breteuil, Textor.

En 1785 le baron de Breteuil, ministre de la Maison du Roi de Louis XVI, négocia avec succès le rachat par le roi du domaine de Saint-Cloud et, en remerciement, fut autorisé à établir sa résidence au Pavillon du Mail qui prit désormais le nom de « Pavillon de Breteuil ».Celui-ci ne fut confisqué comme bien national qu'en 1793. Lorsque le baron de Breteuil revint d'émigration en 1802, il tenta, mais sans succès, d'en obtenir la restitution. Napoléon Ier, le fit restaurer et lui donna l'aspect qu'il a conservé jusqu'aujourd'hui. Après la chute de la monarchie de Juillet en 1848, le Pavillon de Breteuil fut affecté au ministère des Travaux publics qui tenta à plusieurs reprises de louer la propriété, décrite comme « une habitation de plaisance avec jardins et dépendances ». Le gouvernement français en 1875, offrit gracieusement le site au Comité international des poids et mesures pour y installer leur bureau. Perdu dans la verdure du Parc de Saint Cloud, le pavillon n'est malheureusement pas ouvert au public. Il possède, bien sûr, le mètre étalon en platine iridié, c'est comme ça qu'on l'appelait, n'est-ce pas Bernard ?

Je regardais, ce matin, un arrêté de fixation des tarifs maximum dans le Gard et je peux vous dire qu'il n'est pas facile de s'y retrouver dans les diverses mesures anciennes et nouvelles ! Pierre

Pierre a dit…

Bernard,

La longueur du mètre étalon était calculée sur la mesure du quart du méridien de la terre. Pourquoi le quart ? Je me le suis toujours demandé. Multiplier par quatre, c'est facile. Pierre

Jeanmichel a dit…

Au fait, qu'est devenue la toise du Châtelet ?
La trouve-t-on en vente sur ebay ?

Bernard a dit…

Je pense que le choix de la longueur de l'étalon était adaptée à notre échelle. Elle correspond en gros à la longueur d'un bras tendu. Elle est bien adaptée aux mesures des longueurs de tissus par exemple. Elle évite l'utilisation trop fréquente des sous multiples ou des nombres décimaux. Si l'étalon était 4 fois plus long, je mesurerai 0,45 m.

Pierre a dit…

Très judicieusement remarqué, Jean-Michel !

La toise correspondant à six pieds, soit deux verges ou une aune et demie devait bien être exposée quelque part et conservée depuis lors ? Bertrand, qui est un spécialiste, nous dira la longueur décimale exacte de la verge ;-))

C'est vraiment passionnant tout ça. Qui veut se charger du billet sur la toise ?

Éventuellement, je peux demander à Philippe Gandillet mais nous ne serons pas mieux renseignés après ! Pierre

Bertrand a dit…

Vu m'aurez mal lu Pierre ! Je ne suis pas spécialiste de cette mesure là !

Je serais plutôt versé dans les courbes et les arrondis sans virgule si vous voyez ce que je veux dire.

Par ailleurs pour mesurer la longueur idéale des jambes d'une jolie fille il n'est pas besoin de savoir convertir des pouces en pieds ou les toises en aunes, un bon œil averti suffit !

B.

Bertrand a dit…

Je sens le printemps qui me reprend...

B.

Pierre a dit…

Je viens de vérifier, Bertrand : La taille de la verge est variable ! C'est pas une blague. Heureux système décimal. Pierre

Bertrand a dit…

C'est en effet facilement vérifiable. Tout dépend des conditions météorologiques et de l'environnement immédiat.

B.

Jeanmichel a dit…

@ Bernard :
Je crois que Pierre se demande ce qui a fait choisir la dix-millionième partie du quart du méridien plutôt que la quarante-millionième du méridien entier comme définition à ce mètre.
Il me semblerait, mais cela n'émane que de réflexions personnelles, que cela soit dû au fait que ce quart de méridien intercepte un angle de 90° conduisant à des triangulations facilitées.

Pierre a dit…

C'est ça, Jean-Michel, des triangulations facilitées...

Je meurs doublement de honte -1- en posant la question -2- en ne comprenant pas la réponse ;-))

Vous êtes formidables ! Pierre

Bertrand a dit…

Comme me disait dernièrement mon dentiste, la honte est un moment finalement bien vite passé.

Tiens, d'ailleurs, à propos de quoi mon dentiste pouvais bien me dire ça ??

B.