jeudi 20 mai 2010

La Chélonomie ou le parfait luthier par l'abbé Sibire. Édition de 1885


Il est parfois des notices qui valent 100 fois les commentaires dithyrambiques des amateurs les plus indulgents. La notice que je vais vous résumer est de celle là. Il faut néanmoins dire que, mettre au fronton d'un ouvrage un mot inconnu de la plupart des lecteurs, c'est audacieux ! La Chélonomie est l'art d'étudier et de restaurer les instruments à archet et le violon en particulier.

La Chélonomie a été imprimée deux fois en 1806, à Paris ; en 1823, à Bruxelles. L’édition de 1806, petit in-12 de X-288 pages, porte, en regard du titre, une gravure avec cette légende Orphée, d’après un antique de Maffei. L’édition de 1823, où l’on ne voit plus la gravure ci-dessus décrite, est aujourd’hui aussi rare que la première.

Le principal, ou, pour mieux dire, l’unique auteur de l’ouvrage est un luthier distingué de Paris, Nicolas Lupot, qui en a fourni tous les matériaux et c’est un ecclésiastique, l’Abbé Sibire, qui les a classés, reliés l’un à l’autre et… stylés. Apollon (Lupot) dictait et... Sibire écrivait. Est-ce par une modestie exagérée que l’habile facteur de violons n’a pas inscrit son nom sur le titre du livre ? A-t-il craint, en s’en déclarant l’auteur, que le public condamnât l’ouvrage sans le lire et le considérât comme une oeuvre à vues étroites, personnelles, ou comme une réclame de fabricant ?


Nicolas LUPOT est né en 1758 à Stuttgard, d’un Français qui y pratiquait la profession de luthier. En 1794, Nicolas Lupot, alors dans sa trente-sixième année, quitta le chef-lieu du Loiret pour s’installer à Paris, où il est resté. Aucun luthier n’avait noté aussi soigneusement et ne connaissait aussi bien que lui les qualités des instruments anciens. Stradivarius était son modèle favori, à cause de la perfection de ses formes ; c’est sur les patrons des beaux instruments du grand facteur crémomais que Lupot fit ses meilleurs violons et des basses estimées.

L’abbé SIBIRE (Antoine) est né à Paris en 1757. Après avoir terminé ses études au séminaire de Saint-Sulpice, il entra dans la maison des Missions étrangères de la rue du Bac, d’où il fut envoyé comme missionnaire à Loango. Rentré à Paris un peu avant la Révolution, vers 1787, l’Abbé Sibire fut nommé curé de Saint-François d’Assise ; il perdit cette cure lors de la fermeture des églises, pendant la révolution. Lorsque le culte put être rétabli, il fut attaché, en qualité de simple ecclésiastique, à la paroisse Saint-Louis, dans le quartier du Marais. Amateur passionné du violon, tout en en jouant fort mal, l’abbé Sibire fréquentait assidûment l’atelier de Lupot dont il devint l’ami et le confident. C’est pendant ses visites prolongées, et en regardant travailler son ami, qu’il s’éprit d’une fanatique admiration pour les instruments des anciens luthiers de Crémone.


« Le livre n’eut point de succès », a dit Fétis, « les exemplaires en sont devenus très rares ». Ce sont là deux affirmations contradictoires. Si l’opuscule est devenu très rare, c’est qu’il a eu du succès, c’est qu’il a été acheté, conservé et transmis de père en fils par ses possesseurs. « Mais les observations de Lupot renferment d’excellentes choses qui ne sont pas assez connues des facteurs d’instruments et de ceux qui sont chargés de la réparation des produits de la lutherie ancienne » C’est pour vulgariser les excellentes choses dites par Lupot, c’est pour propager les lumières que tous les facteurs avant lui ont négligé de répandre, c’est pour satisfaire à des vœux nombreux et réitérés que cet ouvrage est imprimé pour la troisième fois.

Et cette réimpression est faite sans hésitation par le libraire, qui est certain de répondre au désir d’un grand nombre de personnes et qui affirme que cette nouvelle édition aura l’insuccès de ses aînées, à savoir qu’elle sera introuvable peu de temps après sa mise en vente. Cette confiance, je la partage. L. De Pratis.

Je confirme. Pierre


SIBIRE (Abbé). La Chélonomie ou le parfait luthier. Recherches sur la facture et la restauration des instruments à archet ; augmentée d’une notice et d’un appendice donnant la nomenclature des principaux Luthiers du XVe au XIXe siècle, la description des violons les plus recherchés, leur date de fabrication, leur valeur, les caractères à l’aide desquels on peut les reconnaître, par L. De Pratis. Librairie Loosfelt, Bruxelles, 1885. 15x10cm, 227pp, une gravure (eau-forte) en frontispice. Exemplaire broché, les deux plats sont illustrés, dos recollé avec manques. Rares rousseurs. Une annotation de provenance en page de garde et un paraphe (Arthur Pétronio, violoniste virtuose pour les connaisseurs) en début de livre. Vendu

6 commentaires:

Bertrand a dit…

A une lettre près vous avez échappé au pire avec votre Chélonomie Pierre ! Je vous laisse deviner quelle lettre !!? et ce n'est pas de restaurer des violons dont il s'agit...

Désolé si j'enlève à la volée tout le sérieux à votre beau billet.

Je n'ai pu me retenir (phrase que vous comprendrez quand vous aurez trouvé la lettre de remplacement...)

B.

Pierre a dit…

On peut pisser dans un violon mais pas ch...

En effet, Chézonomie ! Bravo pour votre sagacité Bertrand ! Pierre

Bertrand a dit…

L'œil alerte, la vie dure et le poil souple !

B.

Anonyme a dit…

Il est tôt pour faire dans le goguenard.


Montag

Pierre a dit…

Pour Montag,

J'accepte ce type de gag quand on se lâche sur les blogues !

Anonyme a dit…

Excellent, Maître.

Sur ces choses, j'aime tellement quand nous rions !