lundi 10 mai 2010

Causerie du lundi de Philippe Gandillet. Lettre à un libraire d'ouvrages anciens qui tient une échoppe à Tarascon...

Le fameux meuble à tiroirs...

Je trouve, ce matin, un courrier dans la boite aux lettres de la librairie. Il m'est destiné mais il est aussi un modèle que vous pouvez envoyer à tous les confrères de Pierre, je veux parler de ceux qui ont une boutique, si vous voulez faire ce métier…

Très cher Philippe Gandillet,

J'adore passer des heures dans votre jolie librairie, le lundi quand vous remplacez Pierre, surtout l'hiver quand il fait déjà nuit dehors. Je m'assoie sur la chaise du fond, près du grand meuble à tiroirs où je retrouve, au son d'une douce musique classique, mes ouvrages préférés.

Il y a là un coffre à trésors où sont installés les meilleurs livres publiés dans les plus belles reliures, ceux que vous avez choisis, bien sûr. Un choix très personnel et aussi très sûr. J'y ai déniché mon premier Elzevier, La vie de Henri le Grand - une révélation - une histoire d'amour qui dure depuis avec cet imprimeur. Puis une merveille, sur vos précieux conseils, La physiologie de l'amour moderne de Paul Bourget dans sa livrée Art-nouveau en plein maroquin ciselé : Un livre qui ne me quitte jamais et que je relis régulièrement (ce qui est rare pour moi). Dans ces tiroirs, j'ai aussi découvert L'histoire d'Arles par Saxi, d'une insigne rareté et cette incroyable et passionnante aventure de marin : Le Journal de voyage du capitaine Cook de 1774 avec ses 30 cartes et 22 planches dépliantes.


J'adore aussi la façon que vous avez, d'aller chercher sur une étagère des petits ouvrages qui semblent avoir été mis de côté, rien que pour moi. Vous ne m'en dites rien, vous me les soumettez simplement mais je vous fais confiance et je n'ai jamais été déçue. C'est de vous fréquenter chaque semaine, vous et votre petite librairie pleine de charme que m'est venue le souhait d'avoir ma propre librairie alors que je travaille à Paris dans l'informatique !

Souvent, je rêve que je vais reprendre la suite de Pierre, lorsque l'heure sera venue pour lui de prendre sa retraite. Sans jamais oser lui en parler, bien sûr, ça ne se fait pas de pousser son libraire préféré vers la sortie !

Un soir de janvier 2010, le ciel m'est tombé sur la tête. Vous me présentiez son successeur ! La librairie était vendue et vous partiez à la fin du mois... Je me souviens de notre émotion à toutes les deux quand je vous avouais enfin mon rêve secret : Reprendre votre librairie.

Ce n'était qu'un cauchemar…


Mais à partir de ce jour, j'ai mis toute mon énergie pour concrétiser mon projet d'avoir ma propre librairie. Je me suis inscrite à des stages proposés par des professionnels du livre ancien, je collectionne les catalogues, je fais des fiches et je lis régulièrement les articles des blogues bibliophiles ; le votre en premier ; qui m'apportent toutes les informations nécessaires pour bien débuter dans cette heureuse reconversion.

Vous m'avez gentiment mis en garde contre les conséquences fâcheuses que pouvait engendrer cette orientation professionnelle. Des fins de mois laborieuses et l'incertitude du lendemain pour mes proches. S'ils m'aiment, ils me suivront m'avez-vous dit ! Pierre semble avoir l'agrément de sa famille. Mais s'il ne vous avait pas ?


Cette petite lettre maladroite, c'est ma façon de vous dire un grand merci, Monsieur Philippe Gandillet de donner à vos lecteurs et aux clients qui poussent votre porte, l'amour des livres anciens. Ma Libraire ancienne avec un grand L, j'aimerais bien la partager avec quelqu'un… Vous faites quoi le mardi ?

Vous avez, Monsieur Philippe Gandillet, et pour toujours, une place dans mon cœur.

La signature est illisible mais je sais qui vous êtes. Votre dévoué. Philippe Gandillet

9 commentaires:

Bertrand a dit…

C'est vrai qu'il est beau ce meuble à tiroirs. Pour l'avoir approché je confirme. Je reviendrai bientôt le caresser du plat de la main. Cet été sera chaud, n'en doutez pas Philippe ! Je viendrai un lundi, juste pour voir celui qui me donne du courage en début de semaine depuis maintenant plus d'un an. Merci.

B.

Anonyme a dit…

Il semblerait que Philippe Gandillet n'est pas seulement doué pour l'écriture, il a un autre don : celui de lire dans les pensées...
Aimée

EQUINOXE a dit…

On a vraiment envie d'entrer dans cette librairie et d'admirer ce meuble; mais il me faudra malheureusement encore attendre jusqu'en septembre pour admirer tous ces trésors (j'entends bien les livres et le meuble)??

Pierre a dit…

Ce meuble était un meuble de pharmacie. On y trouve encore d'excellents remèdes contre les tracas de la vie moderne. Pierre

Bertrand a dit…

Contre les tracas de la vie moderne, Pierre, il semble ne pas avoir assez de tiroirs...

Je passe près de chez vous ce mercredi entre 23h et 1h du matin... peu de temps pour batifoler... serai vers Sète jeudi, vendredi et samedi. Je ne sais pas si j'aurais le loisir de venir vous voir mais ce n'est pas l'envie qui m'en manque.

A bientôt,

B.

Pierre a dit…

Il sera préférable, en effet, de se reposer plutôt que de reprendre la voiture. Mais cet été, j'aurai un Béranger fort bien illustré à vous montrer... Bonjour à votre Sainte Épouse ;-)) Pierre

Bertrand a dit…

Sainte Reine d'Alise alias Alexandra dort...

B.

jpp a dit…

Pas trop de zèle Monsieur GANDILLET. Lorsque vous aurez conquis tous les clients (et amis) de Pierre) et converti tous ceux que tente le commerce (au sens noble du terme) des livres anciens, notre commun ami se verra dans l'obligation - faute d'acheteurs lui permettant de subvenir aux besoins de sa nombreuse et quémandeuse famille (pardon Brigitte) de cèder sa boutique aux trésors et de revenir à l'art vétérinaire.

Pierre a dit…

Pas de danger ! Je viens de mettre en vente un lot d'albums de la Pléiade qui devrait me permettre, si la fortune me sourit, de tenir jusqu'à l'hiver ;-)) Pierre