lundi 3 mai 2010

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : Panégyrique de Tarascon


Je ne sais pas ce que vous faites quand vous recevez une lettre officielle marquée du cachet des services fiscaux. Je ne le sais pas et ne tiens nullement à le savoir, par ailleurs.

J'ai, pour ma part, reçu cette semaine à mon domicile tarasconnais, une modeste Bastide située au milieu d'un grand parc qui longe le Rhône, un courrier provenant du trésor public. En l'ouvrant avec inquiétude ; c'est le sentiment qui m'inonde quand je reçois une lettre des services fiscaux ; quelle ne fut pas ma surprise, de trouver une lettre manuscrite signée du plus haut magistrat de notre commune ! J'ai nommé : Albert Fabrié, maire divers centres de Tarascon.

Je la recopie textuellement et avé l'assent…

Chèreu Maître,

Ayant' apprisse, dans votre dernière côserie, que vous lisiez pas toutes les lettres que vous receviez, j'utilise l'habile stratagème de la lettre ôfficielle pour solliciter un petit service de vostre part. L'idée étant de moi, peuchère, en cas de réponsse négative, j'assumerais pleinement la responsabilité de cet êchec et j'en tirerais les conclusions qui s'impôsent en me retirant de la vie municipâle après ce dernier mandat…

Je sais que vous êtes, sur notre bonne ville, le bienfaiteur d'une petite boutique de livres anciens qui voit sa popularité s'éstendre, de jours en jours, grâce à votre soutien. De mon côté, j'arrive pas à sortir ma ville du marasme dans lequel' elle s'enlise depuis plusieurs décennies. Les citoyens, con ! se plaignent, les commerçants râlent, l'opposition s'oppôse, les paysans s'épuisent, les employés municipaux jouent aux mikados et basta, les jeunes s'en foutent ! Non, vrâiment, y a que vous qui puissiez, à travers une présentation flatteuse de notre cité, redonner à ses habitants la joie de vivreuuu…

Pour vous prouver nostre estime, je m'engage à ce que la mairie achète les ouvrages que vous allez présenter à l'occasion de votre côserie. Vous verrez ceci avé le conservateur du château, Mr Dastié, qui se plaint aussi de la désaffectionne des touristes.

Bon, ben voilà, je crois que cette fois, j'ai tout dit. Albert



Comment surseoir à une telle demande ? Voici donc, chers lecteurs, la ville de Tarascon, comment on la visite et pourquoi on l'aime.

Si Tarascon a une renommée universelle grâce à Tartarin, son histoire mérite mieux que le souvenir amusé d'une satire. Voilà, certes, une très grande vérité qui s'oppose à la réputation de cette ville due à la plume de ce délicieux conteur qu'est Alphonse Daudet. Il est indéniable que Tartarin est connu du monde entier. Avec son allure débridée, plaisante, originale, ce célèbre chasseur de casquette a lié étroitement son nom à celui de Tarascon. Après plus de cent ans, il a toujours, sa maison et également, produit dérivé oblige, son camping.


Pour le touriste pressé, Tarascon ne sera qu'une bien banale étape, sans intérêt entre la Papale Avignon et la cité de Constantin si riche en monuments antiques. Mais pour le passionné d'histoire, l'amateur d'art, le curieux d'archéologie, l'artiste, le promeneur attentif et le bibliophile, la ville sera un excellent choix, une halte agréable et enrichissante. Il y éprouvera des joies profondes et gardera de son séjour, si bref soit-il, le merveilleux souvenir d'une librairie ancienne accueillante. Car il est impossible à celui qui traverse la cité de résister au charme un peu vieillot de cette boutique…

On vient aussi à Tarascon pour visiter la magnifique demeure des Comtes de Provence que les tarasconnais ont baptisée " Château du Roi René ". De la fin de la féodalité, cette massive forteresse est l'une des mieux conservées de France. Personne ne doit l'ignorer. Par certains côtés, elle annonce la Renaissance et l'escalier à vis de la cour d'honneur ne serait-il pas un ancêtre de celui du Château de Blois ? Ce n'est pas complimentir que de dire que depuis son rattachement administratif à la commune, le château est devenu le fanal de la vie culturelle de la cité.

Après avoir visité ce monument, le touriste n'aura qu'à faire quelques pas pour se rendre à la Collégiale Sainte Marthe. Ce sanctuaire gothique, construit sur un ancien édifice romain du XIIeme siècle a conservé son remarquable portail et l'élégance de ses proportions incite au recueillement. A défaut, notre bon père, peu ouvert aux effusions bruyantes, vous le rappellera ! Par l'escalier qui conduit à la crypte située sous l'église, vous accèderez au sarcophage antique qui contient les reliques de Sainte Marthe. Alors, on allume un cierge pour la paroisse.


Le visiteur peut-il se douter qu'avant lui, bien des Princes et des Rois, des Papes et des Cardinaux, de hauts dignitaires mais aussi des écrivains sont venus dans cette cité et y ont séjourné. D'abord, Clovis en personne, pour prier Sainte Marthe de lui enlever ses douleurs lombaires, François Ier à son retour de Marignan-1515, Richelieu, Anne d'Autriche, Napoléon III, Mérimée, Stendhal, Dumas Père et bien sûr Alphonse Daudet.

Pourtant, en dépit des modernisations continuelles, la cité se dépeuple. Elle a perdu, en un siècle, la moitié de ses habitants et on ne doit qu'à l'établissement d'un centre de détention de longue durée la fixation de sa population. On ne peut pas, raisonnablement, incarcérer tous les tarasconnais pour les empêcher de s'expatrier ! Contrecoup de cette désaffection locale : L'immobilier est abordable, nous n'avons ni parking payant ni feux rouge, la vie est tranquille, les gens se connaissent à défaut de s'apprécier, on y trouve à travailler et les résidants sont assistés par une municipalité aux petits oignons.

Si vous souhaitez profiter de vos soirées sur place, sachez que la ville possède un théâtre dont la programmation lui assure des salles conquises, que le gérant du cinéma garde vos enfants à la sortie des séances si vous êtes en retard et que la communauté religieuse des Sœurs de la Visitation propose des séjours en famille coupés des trépidations de la vie moderne.

Que dire d'autre, aussi brillamment ? Qu'il faut voir tout cela et se laisser conter l'histoire amusante, fabuleuse de cette Tarasque qui, selon le Poète, de son union avec le Rhône, aurait donné naissance à Tarascon !

Je reste néanmoins, Monsieur le Maire, votre très humble et très dévoué débiteur. Philippe Gandillet.


PASCAL (Odile et Magali). Histoire du costume d'Arles. Les formes sous l'Ancien Régime. Grand in 4, 226pp, nombreuses illustrations et photographies. 83 € + port
PASCAL (Odile et Magali). Histoire du costume d'Arles. Néoclassicisme et Romantisme. Grand in 4, 168pp, nombreuses illustrations et photographies. 55 € + port
PASCAL (Odile et Magali). Histoire du costume d'Arles. Le temps des crinolines. Grand in 4, 320pp, nombreuses illustrations et photographies. 90 € + port (L'idéal est d'offrir la trilogie à votre femme)
DAUDET (Alphonse). Tartarin de Tarascon. Flammarion, 1945, in 4, couverture illustrée. 21 € + port
DAUDET (Alphonse). Tartarin de Tarascon. Paris méditerranée, 2004, in 4, couverture illustrée. 30 € + port
COLLECTIF. Mémoire en image Tarascon. Alan Sutton, distribué par les amis du vieux Tarascon. 20 €
RENARD (Louis). La Tarasque. Equinoxe. 1991. In 8 carré, dédicace de l'auteur. 22 € + port
COLLECTIF. Le monastère de la Visitation ou la parabole des talents. In 8. 1993. 16 € + port
BEGUE. Sainte Marthe. Mille ans d'histoire. In 8, 2005. 16 € + port
HEBERT. Tarascon au XIVeme siècle. Edisud, 1979. 24 € + port
VIGNAL. De la peste à la révolution. Tarascon au XVIIIeme siècle. presses du Languedoc. 1989. 17 € + port
COLLECTIF. La Reine Jeanne Tac Motifs Éditions. 16 € + port

Cette présentation de la ville à la façon d' Alphonse Allais , de Daudet ou d'un Académicien verbeux n'est qu'un exercice de littérature destiné à mettre en valeur la beauté de notre ville et la truculence de ses habitants. Pas plus. De la littérature... Les lecteurs qui lisent ce blogue bibliophile ne s'y trompent pas. Il faudrait avoir un esprit un peu tordu pour y voir matière à palabrer. N'oublions pas que c'est de Philippe Gandillet que l'on se moque tous les lundis avec ses causeries ;-)) Pierre

Cette présentation vaut mieux qu'une notice de catalogue touristique, vous ne trouvez pas ?

12 commentaires:

calamar a dit…

quel dommage que tous les livres soient vendus ! j'en aurais bien pris un kilo.
Et le Roi René, dans tout çà ? c'était René Goscinny ?

TARTARIN13 a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Pierre a dit…

Cette présentation de la ville à la façon d' Alphonse Allais , de Daudet ou d'un Académicien verbeux n'est un exercice de littérature destiné à mettre en valeur la beauté de notre ville et la truculence de ses habitants. Pas plus. De la littérature...

Les lecteurs qui lisent ce blogue bibliophile ne s'y trompent pas. Il faudrait avoir un esprit un peu tordu pour y voir matière à palabrer. N'oublions pas que c'est de Philippe Gandillet que l'on se moque tous les lundis avec ses causeries ;-)) Pierre

Cette présentation vaut mieux qu'une notice de catalogue touristique, vous ne trouvez pas ?

Pierre a dit…

C'est fou, le nombre de livres qui ont été écrits sur Tarascon, n'est-ce pas, calamar ? Et c'est vrai que j'ai oublié un ouvrage sur le Roi René. Pierre

A.D.P. TARASCON a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Pierre a dit…

On se calme, chers amis ! Ceci est un blogue bibliophile ;-))

Les livres qui sont présentés sont des ouvrages courants et il n'est nul besoin d'aller chez un libraire de livres anciens pour se les procurer. Pierre

Anonyme a dit…

Mr Tristan Bernard, jeune et intelligent rédacteur en chef du Chasseur de chevelures m'informe qu'on m'aurait trompé sur l'identité de l'expéditeur de la lettre. Il n'y a pas d'Albert Fabrié à Tarascon.

Cette révélation m'a paru assez grave pour me faire regretter l'éclatante publicité que j'ai fait sur la demande de ce Monsieur.

Philippe Gandillet

A.D.P. TARASCON a dit…

Monsieur Brillard
- Comme j'avais vu la petite poubelle... je savais que mon commentaire n'irait pas plus loin... mon intention comme Tartarin 13 n'était que de vous avertir d'être prudent dans vos propos...
- Merci maintenant de bien vouloir effacer toute trace de mon passage... car la petite poubelle vous le permet...
Cordiales salutations ADP Tarascon

Pierre a dit…

J'avais bien compris, chers amis, qu'il en était ainsi mais vous comprendrez bien que ce blogue n'est pas une tribune.

Un simple blogue bibliophile avec des auteurs mis en valeur, des éditions mises en valeur, des reliures mises en valeur et l'opportunité de vendre quelques beaux ouvrages hors des frontières du département et hors de France.

Je m'y emploie avec plaisir et courtoisie. Le monde des livres me convient bien. Je tourne une page ;-)) Pierre

Bertrand a dit…

juste un mot pour vous dire qu'en Bourgogne, cette semaine encore, la poire est terrible et fait des ravages, je ne sais pas qu'elle mouche pique ceux qui vous lisent mais ici... on va faire la sieste...

B.

Anonyme a dit…

Ils n'ont pas d'humour chez vous Pierre, où bien Daudet se serait finalement bien inspiré des indigènes tarasconnais pour son Tartarin?

Vincent P.

Pierre a dit…

Notre chroniqueur du lundi a un humour affable et bienveillant qui ne prête qu'à sourire. Il serait inélégant d'en faire un tremplin pour savonnettes...

Alphonse Allais avait moins de scrupules que Philippe Gandillet à usurper l'identité d'un nom célèbre en signant ses billets du patronyme du critique littéraire réputé : Francisque Sarcey . Je ne suis pas sûr que ce dernier s'en réjouissait. Ce doit être pareil en notre bonne ville. Par contre nous aimons bien sourire des mésaventures de Beaucaire ;-)) Pierre