vendredi 9 octobre 2009

Qu'est-ce qu'un "Curiosa" ?


A l'heure du "sémantiquement correct" et au moment de faire un classement thématique des ouvrages que j'allais proposer à ma librairie, il m'est apparu très difficile de présenter des livres sur l'érotisme, la pornographie, l'obscène et la sexualité avec une affichette indiquant en terme cru le raccourci que tout le monde utilise "livres de cul". Heureusement, le bibliophile est malin et a trouvé un terme générique suffisamment opaque pour être clair à l'initié. De nombreuses expressions caractérisent cette littérature subversive attentant aux bonnes mœurs des gens qui s'en prévalent. On peut parler d'ouvrage "sous le manteau", du "second rayon" ou de "bibliothèque de l'Enfer", aussi.


Notre époque regorge de choses bien plus moches que cela. J'arriverais même à pardonner à un ministre bien des écarts pour quelques fantasmes assouvis. Je parle de Louis Barthou, bien sûr… Pour ma part, le "Curiosa", d'un point de vue graphique, me renvoie aux salons mondains et aux courtisanes dépoitraillées du 18eme siècle. D'autres y voient la crudité des ouvrages de Sade ou le raffinement des mœurs antiques avec Pierre Louÿs. Baudelaire reste un emblème hors de prix quant il s'agit d'une édition de Poulet-Malassis et chacun y trouve son compte. C'est très bien ainsi ! Cette semaine, un Monsieur au regard libidineux, la bave aux coins des lèvres et le pantalon à mi cuisse découvrant un énorme sexe vérolé, noyé dans une pilosité débordant de son col de chemise (c'est ainsi qu'il faut se représenter le curiosaphile) m'a demandé si j'avais des "De Villière". Je n'en avais pas ! Toute honte bue, je me suis rué dans la bibliothèque de mes beaux-parents en quête d'un ouvrage licencieux. J'ai trouvé celui-ci qui m'a agacé les sens. Vous fera t-il ce même effet (car il faut laisser l'effet se faire, mais je l'ai déjà dit) ? Pierre


BERANGER (De P.J). Les chansons érotiques ornées de quatorze planches gravées à l'eau forte et coloriées. Aux dépends d'un amateur. 1923. Exemplaire 161 sur 250. Broché à couverture rempliée, 166pp format in-8. Je n'ose écrire "état d'usage"… ou alors, il n'a jamais servi. 250 € + port.

8 commentaires:

Bertrand a dit…

Alors ça c'est du bien vilain Pierre ! De l'outrageant !

Vous dépassez les bornes d'un blog biblio-éthiquement correct !!! Je vous le dis franco.

Blague à part, mis à part le prix, tout est vraiment très beau dans ce livre.

B.

Anonyme a dit…

Qui le premier a utilisé le terme de curiosa pour désigner ce...enfin, ce genre de livre abominable là?

Montag

PS: ne répondez pas "ce n'est pas moi" s'il vous plait. On commence (un peu) à vous connaître.

Pierre a dit…

Je n'ai pas trouvé la réponse à cette question mais j'espérais un peu qu'un lecteur pourrait nous aider. Peut-être le vicomte Kouyakov ? Pierre

xavier a dit…

Le premier qui passe pour avoir utilisé le terme de "curiosa" est Alcide Bonneau avec son ouvrage publié en 1887 : Curiosa, essais critiques de littérature ancienne ignorée ou mal connue.
Paris, Isidore Liseux, 1887, in-8, 402 pages, Tirage à 200 exemplaires sur Hollande et 1000 sur papier ordinaire (vélin).

Bien Cordialement.
Xavier.
http://le-bibliomane.blogspot.com/

Pierre a dit…

L'illustrateur de cet ouvrage est Chas -Laborde. C'est le seul pornographique qu'il a réalisé et de plus il a tenté de déguiser sa création assez maladroitement d'ailleurs...

C'est ce même dessinateur qui a illustré de façon érotique l'ouvrage de Fernand Fleuret "Histoire de la bienheureuse Raton fille de joie" (Mornay, 1931), ouvrage, lui aussi présenté sur le blogue, ici :

http://livresanciens-tarascon.blogspot.fr/2014/03/fernand-fleuret-histoire-de-la.html

Pierre a dit…

Il semblerait, en fait, que Chas Laborde ne soit pas l'auteur des illustrations des Chansons érotiques... Il s'agit là d'une erreur commise par M. Monod dans son Manuel de l'amateur de livres illustrés modernes. Un ouvrage sur Chas Laborde va bientôt paraitre (c'est un scoop). Il recense ses publications et va rétablir la vérité. Pierre

Nadia a dit…

Non mais je rêve... le seul billet qui bat des records de commentaires est bien sûr, un billet sulfureux.

Qu'apprends-je ? vous avez des clients qui déboulent chez vous le pantalon à mi-cuisse ? pourquoi diable n'est-ce pas quand j'y suis présente ? à la place, je vois le curé de Tarascon, les amis de la chorale, la bonne du curé, et j'en passe !

Dites, Pierre, quand je reviendrai, vous me montrerez vos "curiosa" ?

Pierre a dit…

Mes clients "Curiosa" sont toujours des hommes. Je n'en connais pas la raison mais, si j'en crois ma modeste expérience personnelle, je pense cela est dû au fait que l'homme idéalise plus la femme que le contraire... L'idéalisation de l'harmonie sexuelle (avec toutes ses composantes) en fait partie. Il n’empêche que le coté "librement consenti" de certaines illustrations ne me convainc pas completement...

Je préfère donc confier ces ouvrages à un confrère de la région qui en fait meilleur usage. Il doit bien me rester, cependant, quelques bons livres dans un tiroir ;-)) Pierre