mercredi 14 octobre 2009

Jules Lemaitre. Ecrivain bibliophile (1853-1914).


Jules Lemaitre nous reçoit dans son immense appartement dont les parois sont tapissées de beaux dessins d'anciennes reliures. Il porte un simple costume, la barbe courte en pointe. Les yeux sont vifs et malicieux et la voix fraîche rappelle les conférences données avec ardeur sur Chateaubriand, Jean-Jacques Rousseau et Racine tour à tour. On peut dire du maître qu'il a un esprit irrévérencieux plutôt que méchant et ses lecteurs apprécient l'élégance de son style. Il est aimé des libraires et particulièrement apprécié des bibliophiles qui reconnaissent en lui un acheteur avisé. Voilà pour l'homme !


Il nous montre avec fierté quelques livres qui portent son ex-libris latin "Inveni portum" - j’ai trouvé le port - qui laisse deviner les trésors que contiennent la bibliothèque. Est-ce déjà le jardin clos du paradis des livres ? Il caresse des yeux, puis de la main, un Montaigne de 1580, un sermon de Bossuet avec dédicace de la main de Mgr de Meaux à Mme Gilbert, une imitation de Jésus-Christ traduite par Pierre Corneille qui aurait appartenu à Molière… Ne lui aurait-elle pas inspiré l'humilité feinte de son Tartuffe ? Il nous le soumet et son regard pétille de plaisir en constatant notre désapprobation de façade. Voila pour le bibliophile !

Je vous propose à la vente – découverte, pourrait-on dire – un ouvrage paru au début du siècle dernier qui vous fera apprécier la plume de notre cher Immortel. Parmi les textes proposés, je vous retrace à grands coups de "stabylobosse", l'histoire de Sainte Marthe revue et corrigée par Jules Lemaitre.


" Marie (Madeleine), mal à son aise parmi les hommes, se retira dans une grotte sur une montagne. Là, vêtue seulement de ses cheveux qu'elle avait à la vérité fort longs et forts épais, elle passait sa vie dans la prière et la contemplation et des anges invisibles la soulevaient de deux coudées au dessus de la terre " et "Il y avait le long du Rhône un dragon venu par mer de Galatie, où il avait été engendré d'un serpent marin. Un jour les habitants résolurent d'aller combattre le monstre et de l'exterminer. Ils marchèrent bruyamment vers le bois sous la conduite d'un certain Tartarinus" Vous connaissez la suite…


Il existe en préface de ces contes un très joli texte donné à l'Académie sur la bibliophilie. " Une des choses qui me touche dans les beaux dessins des antiques reliures, c'est que jamais ils ne sont d'une géométrie irréprochable ; toujours quelques tremblements ou quelque hésitation des lignes nous rappelle et nous rend la main vivante et mobile de l'ouvrier qui les exécuta. Joignez que le temps assourdit délicieusement les ors et qu'il donne aux peaux, surtout aux rouges et aux vertes, des tons d'une douceur, d'une richesse, d'une somptuosité à demi éteinte, d'un fondu et, si je puis dire, d'une onction que nul artifice ne saurait imiter…"

Si ce n'est pas de l'amour, çà ! Pierre

LEMAITRE (Jules). En marge des vieux livres. Boivin & Cie. 1935. In-8. Broché.348 pages. Gravure en frontispice. Lettrines illustrées et motifs en noir et blanc. Bois originaux de Valentin Le Campion. En marge de l'Iliade, de l'Odyssée, des Evangiles, de la Légende Dorée.... Série de ce recueil de contes paru vers 1905. Avec une belle préface "Les vieux livres", apologie de la Bibliophilie et des Bibliophiles. Bel Etat. 35 € port compris

4 commentaires:

Bertrand a dit…

Jules Lemaitre possédait un exemplaire de l'édition en gros caractères des Lettres de la marquise de Sévigné (encore elle), édition dite de Rouen, 1726.

Je le sais parce que j'en ai rentré un autre exemplaire qui portait au crayon une note avec l'adjudication de l'exemplaire Lemaitre.

Cette édition est assez rare.

B.

Pierre a dit…

Je croyais la "Marquise" remplacée dans votre cœur par ses aïeuls du 16eme siècle...

Je crois pouvoir vous présenter un joli "La Fontaine" pour raviver la passion du 18eme siècle. Une conversation entre amis, par exemple ?
Pierre

Bertrand a dit…

Pierre... Pierre ... La Fontaine c'est le XVIIe siècle ;-))

La marquise ne me quittera jamais, c'est mon premier amour bibliophile, on ne peut lutter contre son destin.

B.

Pierre a dit…

J'ai dit 18eme ? Comme c'est bizarre...
Il a dû y avoir des rééditions, c'est sûr ;-))

Attention, ce sera du lourd ! Pierre