Un pur trouve toujours un plus pur qui l'épure... |
Jean Bruller, dit Vercors (1902-1991),
né de père anglais et de mère française, se fit d'abord connaitre comme
dessinateur et illustrateur. Mobilisé en 1939 près du massif du Vercors, il
entre dans la Résistance, prend son pseudonyme et collabore à "La Pensée
Libre", puis fonde en 1941 avec Pierre de Lescure les Éditions de Minuit,
clandestines, dont il dessine le logo.
Il y publie en 1942 son récit "Le
Silence de la Mer", œuvre-culte de la Résistance, qui sera traduite en 70
langues, et qui lui vaudra le Prix Fémina en 1944. Le plus important pour la
postérité n'étant pas d'avoir un prix mais de le refuser, ce prix sera dès lors
attribué aux Éditions de Minuit dans leur ensemble. Le récit sera porté à
l'écran en 1949 par Jean-Pierre Melville.
En 1948, il quitte les Éditions de
Minuit. Compagnon de route du parti communiste jusqu'en 1957, il fut président
du Comité National des Ecrivains créé par le PC. La petite histoire retiendra
que contrairement à Aragon, Vercors – comme Camus – ne soutiendra pas le
parti communiste français suite aux répressions de Budapest et quittera ce
comité. Il fut cependant un ardent " commissaire inquisiteur " sous
l'épuration. Il avait certainement plus de raisons que d'autres de l'être ?
Voici une première liste des écrivains réprouvés de l'époque :
Jean Ajalbert, Michel Alerme, Paul Allard. René Barjavel,
Pierre Béarn, Marcel Belin, René Benjamin, Jacques Benoist-Méchin, Pierre
Benoit, Henri Béraud, Georges Blond, Emile Bocquillon, Henry Bordeaux, Abel
Bonnard, Jacques Boulenger, Robert Brasillach. André Castelot, L.-F. Céline,
Paul Chack, Félicien Challaye, Georges Champeaux, Jacques Chardonne, Alphonse
de Châteaubriant, André Chaumet, Georges Claude, Lucien Combelle, Henri Coston,
Guy Crouzet. Francis Delaisi, André Demaison, Paul Demasy, Pierre Dominique,
Pierre Drieu la Rochelle, Jacques Dyssord. Léon Emery, Marcel Espiau. Alfred
Fabre-Luce, Bernard Fay, Fayolle-Lefort, Paul Fort, André Fraigneau, Robert
Francis. Jean Giono, René Gontier, Bernard Grasset, Sacha Guitry. Abel Hermant,
Jean de la Hire. J. Jacoby, Marcel Jouhandeau. Georges de La Fouchardière, René
Lasne, Jean Lasserre, Alain Laubreaux, Jean de La Varende, J.-H. Lefebvre,
Jacques de Lesdain, Jean Lousteau, Jean Luchaire. Xavier de Magallon, Jean
Mariat, Jean Marquès-Rivière, colonel Massol, Camille Mauclair, Charles
Maurras, Georges Montandon, Henry de Montherlant, Paul Morand, Morgin de Kéan,
Fernand Monsacré, Anne Montjoux, Pierre Mouton. René de Narbonne. Pierre
Pascal, Georges Pelorson, Armand Petitjean, Edmond Pilon, Henri Poulain, Armand
de Puységur. Lucien Rebatet, Raymond Recouly, Jean-Michel Renaitour, J. Renaldi,
Jules Rivet, J.-M. Rochard. André Thérive, Louis Thomas, Jean Thomasson.Henri
Valentino, Vanderpyl, Charles Vilain, Maurice Vlaminck. Jean Xydias.
Aujourd'hui, qui enlèveriez-vous de cette liste ? Qui rajouteriez-vous
? Voici quatre petits ouvrages de Vercors publiés par les éditions
de minuit après guerre. Témoins d'une époque, c'est sûr ! Pierre
VERCORS. Le songe. Paris, les éditions de Minuit, 1945.
Un volume in-12 de 18/11,5 cm. Broché, couverture illustrée. Edition sur papier
bleuté. Bon état. 18 €
VERCORS. La marche à l'étoile. Paris, les éditions de
Minuit, 1945. Un volume in-12 de 18/11,5 cm. Broché, couverture illustrée. Bon
état. 10 €
VERCORS. Les armes de la nuit. Paris, les éditions de
Minuit, 1947. Un volume in-12 de 18/11,5 cm. Broché, couverture illustrée. Bon
état. 10 €
VERCORS. La marche à l'étoile. Paris, les éditions de
Minuit, 1949. Un volume in-12 de 18/11,5 cm. Broché, couverture illustrée. Bon
état. 10 €
4 commentaires:
Le CNE (comité national des écrivains) avait le geste d'une Faucheuse vindicative, il ne réfléchissait finalement pas trop et il a rapidement perdu les membres qui le composaient. La liste fournie n'a pas été valable très longtemps d'ailleurs, les réhabilitations ayant suivi de quelques semaines ou quelques mois les décisions qui paraissent maintenant bien iniques.
À coup sûr et après un rapide coup d'oeil, j'en ôte immédiatement Paul Fort et Jean Giono !
Jean-Michel
J'avoue aussi avoir été surpris de la présence de Jean Giono. Et pour André Castelot, je le découvre dans sa biographie. Pas mal pour un officier de la légion d'honneur ! Mais il a écrit des articles pour " La Gerbe ", journal collaborationniste, c'est vrai !
Ne figure pas dans cette liste le nom de Sartre - qui a fait des articles pour le journal collaborationniste " Comedia " - car on n'a pas le droit d'être juge et partie...
Pierre
Sartre a en effet fait polémique et Céline n'a d'ailleurs pas du tout digéré ses appréciations, semble-t-il à l'emporte-pièce. Il en parle dans "D'un château l'autre", en le nommant "Tartre", et dans un pamphlet où il ne mâche pas ses mots, "À l'agité du bocal", dans lequel il s'appelle cette fois "Jean-Baptiste Sartre".
Quelle époque c'était ! :-)
Jean-Michel
Lorsque la Seconde Guerre mondiale s’achève l’épuration anti-fasciste qui lui succède ne se montre pas tendre envers les intellectuels qui ont fait le mauvais choix : les écrivains français Georges Suarez, Robert Brasillach et Paul Chack finissent au poteau d’exécution, tout comme leur collègue belge José Streel. Des dizaines d’autres s’en vont croupir dans d’obscurs cachots, le philosophe italien Giovanni Gentile est abattu au coin d’une rue, tandis que le Norvégien Knut Hamsun (prix Nobel 1920) et l’Américain Ezra Pound se retrouvent bouclés pour de longues années dans des asiles psychiatriques...
Comme le dira cyniquement Simone de Beauvoir, " certains hommes n’avaient pas leur place dans le monde qu’on tentait de bâtir ".
Je fais partie de ces très rares familles Garantie sans "super-résistant" . J'en tire un légitime esprit d'indécision ;-)) Pierre
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