mercredi 19 février 2014

Un point curieux des mœurs privées de la Grèce par Octave Delepierre : Un livre Gay...


Voici à la vente, aujourd'hui, un ouvrage dont la notice a été particulièrement bien détaillée sur un excellent blog ( on peut cliquer) que je conseille aux lecteurs intéressés par les livres Gay… Drujon (Catalogue des ouvrages condamnés, p. 12) annonce : "Quoique traité en termes honnête, le sujet, comme on s'en doute, est d'une telle immoralité que la destruction de la première édition a été ordonnée." On peut mettre en doute que cette destruction est effectivement eu lieu. Cette édition se trouve, en effet, au moins dans 4 bibliothèques publiques en France (Nîmes, Strasbourg, Toulon, Arsenal) et en deux exemplaires dans l'Enfer de la BNF. Il n'empeche que l'ouvrage est d'une insigne rareté chez mes confrères…


En 1861, paraissait chez le célèbre éditeur d'ouvrages  licencieux  Jules Gay, une petite plaquette qui sera immédiatement condamnée comme contenant des outrages à la morale publique et aux bonnes mœurs. De quoi pouvait bien traiter cet ouvrage pour mériter une telle condamnation ? Le titre commence à nous éclairer : Un point curieux des mœurs privées de la Grèce. On comprend vite que l'objet de l'étude est l'homosexualité – homme et femme - dans la Grèce antique.


Nul doute que cet ouvrage enflammerait les réseaux sociaux, de nos jours, tant le sujet de l'homosexualité est difficile à aborder sans a priori. On comprend que la vraie offense de ce livre, ce sont des phrases comme celles-ci : " La pédérastie fortifiait, chez les Grecs, les liens de l'amitié, et même que ce vice n'était pas le résultat de la sensualité mal entendue, mais d'un principe élevé de la théorie du beau… "


Ce qu'il y a de choquant dans cet ouvrage du milieu du 19eme siècle, c'est le ton neutre et détaché que prend l'auteur pour arriver à sa conclusion : les mœurs décrites étaient tout ce qu'il y avait de plus normal à l'époque grecque et qu'elles avaient même été honorées par les plus grands philosophes ! Une telle conclusion reste difficile à admettre pour certains. A plus forte raison en 1861, pour les mêmes juges qui condamnèrent les Fleurs du Mal ou Madame Bovary, une telle bienveillance était presque révolutionnaire ! Elle était d'autant plus inadmissible que l'auteur prend à peine la précaution rhétorique de sembler condamner ces mœurs pour mieux les décrire. 


Sans savoir précisément quelle a été la vie intime d'Octave Delepierre, il n'était probablement pas assez naïf pour ne pas connaître l'existence de l'amour entre hommes. Il n'avait donc pas à se plonger dans les philosophes grecs pour savoir que deux hommes pouvaient s'aimer. Fallait-il donc cet artifice d'une étude bibliographique pour exposer les mœurs grecques ? C'était probablement une façon habile d'introduire cette étude, même si elle n'a été d'aucun secours pour protéger le texte de la condamnation des juges. Octave Delepierre, né à Bruges (Belgique) en 1804, avocat, débuta par des publications sur l'histoire de la Flandre. Nommé consul de Belgique à Londres, il y finit sa vie en 1879. Auteur prolifique, il s'intéressa surtout à la littérature macaronique, faite de textes mêlés de latin et de langues vulgaires. Il publia une Histoire littéraire des fous, une des premières du genre. Les bibliophiles apprécieront… Pierre

DELEPIERRE (Octave). Un point curieux des mœurs privées de la Grèce. Paris, J. Gay, 1861. Un volume in-12 (18 x 12). Reliure demi-chagrin à coins, plat de papier peigné, gardes colorées, dos à quatre nerfs, tranche supérieure dorée. [3ff bl], 29 pp, [3ff bl]. Exemplaire n° 149/245 sur papier de Hollande. Bel état. 210 € + port

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Cet ouvrage est à conserver comme une curiosité (vingt-neuf pages !...) sans vraiment s'attacher au contenu qui contient tous les arguments que reprendra plus tard Gabriel Matzneff, entre autres, pour tenter de sociabiliser un comportement qui ne l'est pas par essence (la pédérastie ou le massacre de l'innocence).

Jean-Michel

Pierre a dit…

Vous avez bien compris, Jean-Michel, que ce document appartient - par son insigne rareté, par le défi éditorial qu'il représente - à l'histoire de notre société.

29 pages, c'est peu, en effet mais si c'est un petit pas pour l'homme, c'est un grand pas pour l'humanité. (C'est drôle, j'ai l'impression que quelqu’un a déjà prononcé cette phrase avant moi...) Pierre

Pierre a dit…

Je vous suis reconnaissant, Jean-Michel, d'avoir osé porter un commentaire sur ce brulot éditorial. Entre un "dictionnaire du félibrige" et une édition des "trois mousquetaires", je pensais qu'il passerait inaperçu... Pierre

cardon patrick a dit…

A mourir de rire le premier commentaire C du patrimoine gaulois :) http://gaykitschcamp.blogspot.fr