mercredi 2 février 2011

Louis Jou : Quoi de neuf à la librairie ? L'évangile selon Saint Matthieu…


Dans une lettre adressée à ses clients, Louis Jou écrivait à propos de ses ouvrages : « (...) Tout y est donc, lecteur ami : Il ne manque plus que toi. Tu ne te doutes pas que nous avons mis notre vie dans cette entreprise et que tu n'as été pour rien, jusqu'ici, dans le bien que nous voulons te faire. (...) Soucie-toi un peu de ton âme, mon lecteur, il est temps. »


Parmi les plus grands typographes du siècle, la place de Louis Jou est exceptionnelle. Il est un des seuls et peut-être même le seul parmi ses pairs à avoir conçu et réalisé un ouvrage entièrement par lui-même. De cette unité entre les différents éléments du livre, naîtront un équilibre et une harmonie rarement atteints et qui seront la constante des Livres de Louis Jou. En remontant jusqu'au XVeme siècle à la recherche d'un renouveau de la typographie, il a, d'instinct, rejoint la démarche intellectuelle d'imprimeurs qui, en Europe dans la seconde moitié du siècle dernier, avaient ressenti le nécessité d'une réaction devant le machinisme naissant et les excès de tous ordres dans la conception du livre. Il est bien " l'Architecte du Livre" comme le décrivait André Suarès.


Je vous présente aujourd'hui un ouvrage à la vente, imprimé en petit nombre en 1928, à Paris. Il s'agit de L'Évangile de Saint Matthieu traduit par le Maistre de Sacy. Les photographies parlent d'elles-mêmes. On aime (ou on n'aime pas) le style mais il est évident que l'ouvrage est une œuvre d'artiste sinon une œuvre d'art. Je profite de l'occasion qui m'est donnée pour vous faire un rappel des ouvrages de Louis Jou que j'ai mis en vente à la librairie. Pierre


LE MAISTRE DE SACY. JOU (Louis). Evangile selon Saint Matthieu. Les Livres de Louis Jou, Paris 1928. Illustration, typographie et mise en page par Louis Jou (1881 - 1968). Orné de 30 gravures hors-texte, 28 lettrines, 28 culs-de-lampe, en tête et vignettes dessinées et gravées sur bois par Louis Jou. Ouvrage réalisé entièrement sur presses à bras. Édition limitée à 295 exemplaires .Celui-ci N° 182 sur papier vergé. Bel exemplaire.


BOSSUET (Jacques-Benigne). JOU (Louis). Oraisons funèbres de Messire Jacques Benigne Bossuet, évêque de Meaux. Paris, Les Livres de Louis Jou, 1939. In-4, couverture brochée rempliée. Couverture crème, premier plat illustré d'un grand décor de feuilles et fleurs stylisées en spirale blanc sur fond noir et blason en couleurs au centre. 1 f blanc, 5 ff avec armes de Bossuet en couleurs, portrait de l'auteur gravé en camaïeu et pièces de titre ornées, 142 pp, 4ff avec table et justification, 1 f blanc. Lettrines armoriées en couleurs en tête de chaque oraison funèbre. Oraisons funèbres de Henriette Marie de France, reine de la Grande-Bretagne ; de Henriette Anne d'Angleterre, duchesse d'Orléans ; de Marie-Thérèse d'Autriche, Infante d'Espagne, reine de France et de Navarre ; de la princesse Anne de Gonzague de Clèves, princesse Palatine ; de seigneur Messire Le Tellier chevalier, Chancelier de France. Exemplaire Nº109 des 150 sur papier vergé Barcham Green et Son de Maidstone. On ajoute la lettre envoyée par Louis Jou aux souscripteurs sur beau papier et typographie maison indiquant le thème et la justification de l'ouvrage. Bel ouvrage à la typographie exceptionnelle. Vendu


FRANCE (Anatole). JOU (Louis). Thaïs. Paris, Les Livres de Louis Jou, Les cents bibliophiles. 1924, in-4, Reliure plein maroquin couleur café signée Crezevault. Dos à cinq nerfs avec pièce de titre dorée. Contreplat signé et ciselé de motifs géométriques, 1er plat moiré, tranches dorées, couverture et dos conservés, étui assorti (usures extérieures). Henri Creuzevault (1905-1971) était à l'origine peintre, mais se mit à la reliure à partir de 1918 et travailla dans l'atelier de son père Louis Lazare Creuzevault. C'est en collaboration avec lui qu'il expose, en 1928, au Musée Galliera et obtient sa première récompense. En 1930, il reprend l'atelier et le fonds de commerce de la rue Villejust, qu'il transférera, en 1934, faubourg Saint-Honoré. Après la Première Guerre mondiale il se lança dans les maquettes de reliures. A partir de 1928, il travailla en collaboration avec son frère. Ouvrage tiré à 135 exemplaires et immatriculé au nom du premier acquéreur. Exemplaire n° 83 au nom de Maurice Quarré, industriel à Ivry. Exemplaire magnifique richement illustré de compositions de Louis Jou et avec sa typographie exceptionnelle ! Très bel état. Vendu


LA FONTAINE (Jean de). JOU (Louis). Les amours de Psyché et de Cupidon. Paris, Les Livres de Louis Jou, achevé d'imprimé le lundi 27 octobre 1930, in-4. Reliure parchemin à grands coins encadrant un joli papier façon métallisé, signée LL&RM . Dos lisse avec pièce de titre dorée. Contreplat recouvert comme la page de garde d'un papier façon métallisé vieil or rappelant exactement la couverture de l'étui. Tranches non rognées, livré avec étui bordé de parchemin. (2) ff. blancs, (8) pp. Numéro de l'exemplaire (147) sur fond décoratif vermillon, titre noir sur fond de riche composition dorée dans un double encadrement vermillon, faux-titre décoré noir et vermillon, A Madame la Duchesse de Bouillon en caractères calligraphiés imprimé en noir sur fond de grand blason à ses armes vert amande or et argent entouré d'un grand décor de rinceaux vert amande ; XVI (XVII) pp., (1), (2) sous titre vermillon et grand décor de volutes "curry" ; 187 (190) pp., (6) pp. grand colophon décoratif gravé, imprimé en noir, vermillon, marron, noisette et or. Justification du tirage, marque de Louis Jou ; (2) ff. blancs. Couverture et dos conservés, premier plat magnifiquement illustré d'un grand décor à fond noir et motifs noisette en angles, grand ovale au centre illustré d'une paire d'ailes déployées noisette, riche décor d'entrelacs dorés entre les grandes plumes, coeur flamboyant doré au pied et sur le tout, psyché en calligraphie vermillon. Exemplaire 147 des 160 sur vergé Montval écru à la forme. Magnifique ouvrage, imprimé en noir, vermillon, rouge doré, "curry" ; lettrines, ornements, couverture, titre, blason, colophon gravés sur bois par Louis Jou avec tout le talent qu'on lui connaît. Exemplaire rare. 2000 €


RONSARD. JOU (Louis) : Sonnets pour Hélène. Paris, Les Livres de Louis Jou, 1927, in-4, Reliure plein veau mosaïquée signée Jeanne Langrand et datée (1930). Décor dans un style Art-Nouveau mélangeant les couleurs havane, crème et les filets courbes. Dos avec piece de titre dorée dans le sens de la longueur. Contreplat signé et ciselé de motifs géométriques, 1er plat moiré, papier marbré au deuxième plat, tranches dorées, couverture et dos conservés, étui assorti (usures intérieures). Belle reliure de Jeanne Langrand. Ancienne élève de l'École de l'Union Centrale des Arts Décoratifs elle y retourne en 1919 comme professeur adjoint alors que sa soeur Andrée y était directrice. "Dans ses décors, presque toujours composés de simples combinaisons géométriques, de filets et de petits fers, dorés ou à froid, avec rares additions de discrètes mosaïques... toujours des lignes pures sans complications qui lui permettent de traduire l'esprit du livre". Ouvrage non paginé, entièrement imprimé en rouge et noir avec une typographie et des ornements dessinés et gravés par Louis Jou. Portrait gravé de Pierre Ronsard à la page de titre. Tirage total à 258 exemplaires, celui-ci n° 62 des 225 sur papier vergé à la forme au filigrane de Louis Jou. Premier livre sorti de l'atelier de Louis Jou, situé au 13, rue du Vieux-Colombier. Ce livre est une révolution, Louis Jou exulte : "Je n'ai orné l'ouvrage entier, de la couverture au collophon, que par la lettre et son architecture, [...] j'ai établi la typographie des sonnets en vers d'égale longueur, l'ensemble des deux quatrains et des deux tercets formant un rectangle, sans retraits ni saillies. Il n'existe dans l'imprimerie aucun exemple de cette disposition." (in "Louis Jou" par René Puig). Est associé dans la reliure en fin d'ouvrage le prêt à tirer avec sa justification et la facture payée le 08/06/1927 (450f) sur beau papier vergé avec les entêtes et la typographie Louis Jou. Bel exemplaire de cette très belle réalisation de Louis Jou, dans le style Renaissance. Petite usure localisée sur la coupe supérieure. Vendu

26 commentaires:

calamar a dit…

comment dit-on ? exemplaires désirables... belle exposition !

Pierre a dit…

Nous partageons une même admiration pour cet artiste et quelques exemplaires de sa réalisation, en commun, je crois ;-)) Pierre

calamar a dit…

c'est vrai... mais je suis encore loin d'avoir un échantillonnage satisfaisant. Mais ça viendra ! Le Thaïs est toujours aussi tentant, et toujours hors de ma portée.

calamar a dit…

Mais je me console avec un exemplaire illustré par Raphaël Freida. C'est un autre genre...

Pierre a dit…

Je découvre grâce à vous les gravures de Raphaël Freida pour Thaïs, calamar. Impressionnant ! Le climat est noir. La gravure nommée "l'euphorbe" donne le ton... Merci de m'avoir présenté cet illustrateur. Pierre

calamar a dit…

Impressionnant, c'est le mot ! pour le présenter, il faudrait presque faire comme Bertrand : attention, réservé aux adultes !

Bertrand a dit…

J'adore Raphaël Freida, pour moi son chef d'oeuvre est sans conteste le Jardin des supplices d'Octave Mirbeau. Une illustration à vous couper... le souffle !

Entre parenthèses Pierre, moi aussi je viens d'acquérir les Saintes Evangiles, et je n'en suis pas peu fier... à suivre... très bientôt...

B.

sandrine a dit…

Très belles collections de livres où la cohérence entre le contenu et le contenant est là;
Les illustrations me glacent un peu, dans cette opposition du raffinement des sujets et des bois.
merci.
Bien à vous Sandrine.

Pierre a dit…

Les illustrations de Louis Jou ne sont pas édulcorées, les femmes séduisantes sont rares quand elles ne sont pas absentes et c'est la situation dans ce qu'elle a de dramatique, de violente ou de ridicule qui est mise en valeur (Comme Freida, semble t-il). On taille à la serpe dans les années 30 !

Ce que j'aime le plus chez Jou, en dehors de la typographie qui lui est propre, c'est de voir la main de l'artiste dans les illustrations. On voit bien que la "machine à photocopier" n'est pas passée par là... Pierre

Jeanmichel a dit…

Ah ! c'est très beau !
Ainsi que vient de le remarquer la très pragmatique Anita à qui je montrais les images ( Pierre la connaît ; pour les autres ce n'est pas, malgré son prénom, une diseuse de bonne aventure ), "Il ne va pas tarder à se faire cambrioler".

Pierre a dit…

Les ouvrages de cette valeur ne sortent du coffre de la banque que sous haute protection policière et je m'adjoins les services d'un vigile que je paye pour surveiller la banque... Pierre

sandrine a dit…

C'est le cas dans beaucoup d'illustrations faites à partir de bois... quand le papier prend bien l'encre, c'est une pure merveille.
La profondeur est sans pareil sur un japon, sur des papiers moins fins, c'est tout de même interessant, selon les artistes.Et parfois bien plus abordable; j'ai collectionné certaines petites éditions populaires de romans rien que pour les illustrations.
Bien à vous
Sandrine

Textor a dit…

Moi aussi ! Pif Gadget par exemple ...
(heu, j'ai dit une bétise, là ?)

sandrine a dit…

Et ben on s'éclate ici!
Sandrine

Olivier a dit…

Bonjour,
J'ai signalé vos pages sur le blog :
http://lire56.over-blog.com
Page : En librairie

Cordialement

sandrine a dit…

Merci pour Olivier qui vient de me faire découvrir une serie de sites, ou la différence réseaux sociaux/sites spécialisés libraires, lecteurs, bibliophiles, est bien expliquer.
A chacun de respecter le cadre des auteurs des sites.
Bien à vous
Sandrine

Pierre a dit…

Merci, Olivier pour ce coup de pouce sympathique. je dois reconnaitre que le LAAT, blogue dédié à l'amour de la lecture, des livres et en particulier des livres anciens, ayant un volet marchand, je crains un peu la critique sur les réseaux sociaux... [cela m'a été reproché, à juste titre, sur FB]

Pierre

Pierre a dit…

Lire56, c'est votre âge ou le Morbihan ? Amicalement. Pierre

Textor a dit…

Le LAAT , un site marchand ? ... mais si peu ! Ebay est un site marchand, mais ici on apprend plus de choses qu'on y achète, il faudrait le faire classer par l'Unesco au catalogue mondial des sites culturels !! ...:)

Pierre a dit…

Ça,c'est gentil ! Mais comme je le rappelais à Pierre Bouillon sur son blogue québécois Au plus élevé throne du monde, nous ne sommes assis que sur notre cul ! Pierre

PS : Ne dites pas à ma femme que mon site est peu marchand, je lui fais croire le contraire ;-))

calamar a dit…

c'est vrai qu'ici on apprend tous les jours, par exemple que le Morbihan est le numéro 56.

sandrine a dit…

Bonjour,
Et alors C'est vrai...:-?
Pour Pierre, la phrase exacte que j'ai retrouvé en tout petit au dos d'un calepin appartenant à mon père, chef d'entreprise breton reconnu par ses pairs est "Même le plus grand sultan du monde n'est jamais assis que sur son cul"
A qui donc est attribué cette phrase?
Il y avait aussi à cöté un dessin de deux personnes discutant/ Voici mon château, et moi, voici mon palais. Voici ma porsche et moi, voici ma ferrari; Voici mon bateau et, moi voici mon paquebot... voici ma femme et moi,... Voici mon cul. Avec le dessin approprié en taille douce, sur papier japon.
;-))
Bien à vous;
Sandrine

sandrine a dit…

Bonne journée Quand même :)
Bien à vous
sandrine

calamar a dit…

et un Louis Jou de plus ! (comme si j'en avais des pleines armoires...) L'île des Pingouins. Et pour un prix très raisonnable, je trouve. Je ne comprends pas grand chose aux prix dans ventes aux enchères...

Pierre a dit…

J'ai l'intime conviction que pour emporter une enchère sur un livre que l'on convoite dans une salle des ventes, et pour l'avoir à un prix raisonnable, il faut feindre le détachement ou bien ne pas l'espérer du tout ! Pierre

calamar a dit…

je n'étais pas dans la salle, c'était sans doute le bon choix.