mardi 15 février 2011

La France entre en guerre pour sauver ses libraires !


C'est la lecture du dernier billet sur le Bibliofil, ici , présenté par Jean-Luc qui m'a donné l'idée de cet article. L'Angleterre entre en guerre pour sauver ses bibliothèques… C'est du moins le thème de la campagne de mobilisation usant d'affiches détournées et proposée par Phil Bradley sur flick'r. Une touche de dérision sur une situation préoccupante...

Je dois remercier Pascal, mon fils aîné, qui a utilisé ses talents de graphiste pour réaliser rapidement des maquettes adaptées et adaptables aux libraires que cela intéresserait. Il a également vérifié que ces affiches de propagande anglaise étaient libres de droit, ce qui est le cas (je peux fournir le nom du site anglais où elles sont présentées). D'autres affiches seront proposées, si vous le souhaitez.

Je n'ai, bien sûr, aucune représentation syndicale et vous demande de ne voir dans ces affiches détournées qu'une facétie de plus, de ma part. Je ne désire pas attirer de commentaires blessants ou de vaines polémiques, qu'on se le dise ;-))

J'entends déjà les commentaires :

C'est bien joli, comment peut-il encore nous faire,
Le même coup qu'en Angleterre ?
C'est un autre que lui demain
Qui vous mènera à Saint-Germain
Pousser la porte des libraires.
Il suffirait de presque rien
Peut-être quelques soucis en moins
Pour qu'ils y restent locataires…

31 commentaires:

Bertrand a dit…

Pour sauver les libraires (anciens ou modernes d'ailleurs), il faudrait déjà commencer par sauver la culture et l'accès à la culture en général. J'ai entendu hier qu'un grand festival de musique en France était arrêté faute de subventions... La situation des libraires n'est que le reflet de la situation de délabrement culturel de notre beau pays. Je sais, c'est pas gai. Mais c'est une réalité. Aujourd'hui, dans les grandes villes que je connais, toutes les librairies anciennes qui ont fermé ces dernières années ont été remplacées soit par des fripiers soit par des banques... je vous laisse en tirer les conclusions qui s'imposent. Internet a évidemment redistribué les cartes, avec dans peu de temps (si ce n'est déjà fait), plus de librairies "en ligne" (sans boutique physique), que de pas de porte. Et on comprend pourquoi quand on voit que sur une ville comme Dijon (agglomération de 250000 hab.), toutes les librairies anciennes ont fermé les unes après les autres et qu'il n'en reste à vrai dire plus qu'une (Librairie Le Meur), librairie ancestrale (depuis le grand-père dans les années 20) ... et qui deviendra quoi bientôt ?? on ne sait pas... bref. Pessimisme de mise. Tout simplement parce que le bon peuple de France sait depuis quelque temps que lire la Princesse de Clèves n'est plus quelque chose d'important. Eh bien moi je dis que c'est important ! Et que sauver les libraires commence par faire aimer les livres, tous les livres, avant d'aimer les SICAV et autres WARRANTS....

B.

Bertrand a dit…

Et bravo pour les affiches ! Superbe montage !

B.

pascalmarty a dit…

Sympa, ces affiches. Et elles pourraient bien avoir une certaine efficacité, l'humour et la (fausse) auto-dérision étant une arme redoutable en matière de com, pour autant qu'on ait bien défini ce qu'on veut «vendre», ce qui est le cas.
J'aurais envie d'être plus optimiste que Bertrand, mais c'est plus lié à ma propre sensibilité qu'à une réelle analyse. J'aime l'ici et maintenant. J'aime le théâtre. J'aime toucher un livre ancien avant de l'acheter. J'aime bien Internet mais je m'en suis quand même passé une bonne partie de ma vie. Ça laisse des habitudes. Mais évidemment j'ignore comment peuvent réagir celles et ceux qui sont tombés dedans quand ils étaient petits (et, l'avez-vous remarqué ? ils sont de plus en plus nombreux…)

Pierre a dit…

Je suis aussi plus optimiste que Bertrand, Pascal, et comme vous sans réelle analyse étayée.

Je pense qu'il y a autant, sinon plus, de libraires d'ouvrages anciens (plus ou moins déclarés) qu'avant mais ceux-ci ne travaillent à l'achat et à la vente que sur internet. Mon unique souhait est de faire la promotion des libraires qui désirent garder une boutique.

Quant à changer la société, je ne me sens pas de taille ;-))

Pascal a fait du bon travail. C'est mon fils !!! Pierre

Bertrand a dit…

Serait-ce à dire que parce qu'on a pas de librairie physique on en est moins bon libraire ou même pas libraire du tout ?? je ne crois pas. Une deuxième question provocatrice se pose, pourquoi faudrait-il sauver les librairies physiques ? Je ne vois pas forcément une antinomie avec efficacité dans l'offre en matière de beaux livres.

B.

pascalmarty a dit…

Il y a belle lurette que les libraires d'anciens vendent aussi (voire uniquement) sur catalogue. Ça ne les rend pas moins bons libraires pour autant.
Mais quel plaisir d'entrer dans une boutique et d'en prendre plein la vue ! J'aime à croire qu'il y a une part de sensualité dans la bibliophilie. Mais ça n'engage que moi.

Bertrand a dit…

Bien évidemment pascalmarty, et en disant cela je me faisais l'avocat du diable. La sensualité des livres anciens c'est sans doute ce qui en fait tout le sel. La rareté n'est qu'un élément de prédation parmi d'autres. Le bibliophile est par nature égoiste et chasseur. Il ne partage guère ses victoires et encore moins ses défaites. Et ceci reste valable en librairie "on line". Il y a peut-être même des attraits nouveaux pour le bibliophile à chasser en terres virtuelles ?? A voir...

B.

Pierre a dit…

Nous sommes bien d'accord, Bertrand, sur le fait que de tenir une librairie "physique" n'entraine pas un surcroit de compétence et vous le saviez ;-))

Alors pourquoi vouloir sauver les librairies "physiques" ? Je ne sais pas. Peut-être, pour ne pas briser mon rêve ? Pierre

Anonyme a dit…

Les seuls déplacements que j'effectue encore se limitent à me rendre dans la Galerie Bortier à Bruxelles où subsistent encore quelques bouquinistes et libraires d'antiquariat. J'aime aller y respirer une odeur de livres différente de celle de ma tannerie. S'ils venaient à disparaître il ne me restera que les yeux pour pleurer devant l'écran de mon ordinateur. Sniff.

René de BlC

Anonyme a dit…

Pourquoi sauver les librairies physiques ? Pour qu'on puisse y trouver ce qu'on ne cherche pas ! Essayez de faire des "découvertes" sur un moteur de recherche... Et ce n'est pas les deux messieurs qui viennent de sortir d'ici, ravis d'avoir découvert : "PEROT A. Distribution de l'énergie électrique. Sans lieu ni date. Un cours manuscrit de 562 pages en un volume 24 x 16 cms. Demi reliure. Dos à 5 nerfs à fleurons dorés. Petits manques en coiffes et aux nerfs. Intérieur en parfait état" qui, je pense, diront le contraire.

Ivres de Livres

Cartonnages Romantiques a dit…

Pierre, j'adore ces affiches, le petit est bourré de talents. Je les verrais bien collées en plein Paris pour annoncer au nom du Slam, le prochain Grand Palais.
Aujourd'hui Bertrand me semble bien pessimisme. Je le rassure sur un point : quand j'ai fermé Swann à Nice sans trouver l'ombre d'un repreneur, j'ai cédé le fonds à un marchand de Vins, spécialiste de la Bourgogne. Personnellement je trouve que c'est déjà plus sympa qu'un fripier ou qu'une banque. Out la culture, vive Bacchus.
Et pas plus tard qu'avant hier j'ai vu sur une placette à Orange, un magasin plaisant avec l'écriteau à louer et j'ai sérieusement rêvé un instant que j'allais l'acquérir pour remonter une boutique Antiquaire-Libraire. Qu'est ce que j'aimerais refaire des galipettes sur mon escabeau pour aller dans mes rayons, classer mes dernières trouvailles et parler de tel ouvrage ou de tel autre avec le seul client du jour même si je sais, que j'use mon temps et ma salive et qu'il n'achèteras rien. Et puis, dans un magasin, il y a l'odeur. Celle du manuscrit mêlé au parfum de cire de la commode galbée de Nîmes. Il y a des lumières et des pénombres, celle que renvoie le vieux miroir dans lequel je perçois un bout de l''aquarelle accrochée en face. Bien sûr, les heures de présence sont une contrainte par rapport à une librairie Virtuelle sur Mac ou PC mais le crissement de la port du magasin vaut bien tout les écrans plats.

Pierre à raison; Il faut sauver le soldat Boutik et prenez garde au Jabberwock, mes biens chers frères

Textor a dit…

C’est très juste, Monsieur Ivres de Livres, aucun moteur au monde ne nous permettra jamais de trouver le livre qu’on ne cherche pas. Même le catalogue du libraire ne parvient pas vraiment à nous faire savoir quel livre nous plait vraiment. Seul le face à face avec l’objet, dans la librairie physique, rend la décision absolument évidente.

Textor

Pierre a dit…

C'est exactement l'argument que je recherchais ! Merci.

Bon, moi, à l'instant, je viens de vendre un livre de poche d'occasion (Bel ami). C'est moins classe mais le jeune homme était content de l'avoir pour demain ;-)) Pierre

Textor a dit…

J'ai oublié de dire , le face à face avec l'objet, mais avec le commentaire du libraire en voix off ...

Bertrand a dit…

c'est vrai tout ça... mais je vais encore me faire l'avocat du diable (j'adore ça... le diable)... vous n'imaginez pas non plus le nombre de découvertes de titres insensés de reliures extraordinaires et de livres rares que m'ont permis de faire l'achat de livres en ligne... je crois que vouloir ramener la librairie physique au meilleur moyen pour faire des trouvailles me parait un peu léger.
Sur un rayonnage de librairie, dos face à vous, combien de livres tirez-vous à vous pour en regarder la page de titre ... 1 sur 30 ... 1 sur 100... en ligne lorsque je fais défiler les pages des sites (Ebay, catalogues PDF de libraires, catalogues de salle des ventes), j'en vois au moins 7 sur 10 .... pas si mal... efficacité VS plaisir... peut-être... je ne sais pas... j'aime les deux... et je suis l'avocat du diable... alors... ;-))

B.

Cartonnages Romantiques a dit…

Ou est "l'amour qui bouquine" dans une machine en ligne ? Le plaisir, oui. La trouvaille, certes. mais L'Amour ?

sandrine a dit…

Hum!
Rien ne peut remplacer le contact du livre; mais je retiens mieux ce que je lis sur l'ecran lumineux.
C'est juste une constatation.
Les deux c'est mieux, que rien du tout...
Bien à vous
Sandrine

Anonyme a dit…

D'accord avec vous Bertrand, mais le salopard de libraire que vous connaissez de longue date, et qui vous connaît encore mieux que vous ne vous connaissez vous-même, vous a réservé la pièce unique qu'il va vous céder à prix d'ami - c'est ce qu'il dit. OK Bertrand, il peut le faire aussi sur Internet ... !
Lorsqu'on cherche un livre particulier, ce n'est pas lui qui est intéressant, c'est celui qui se trouve juste à côté, le bon voisin.

Le pêcheur pêche où ça mord !

René

Nadia L* a dit…

Que ce débat est génial ! vous avez lancé là un beau billet, Pierre, et mes félicitations à Pascal pour la belle ouvrage.

Je vais me faire plus que l'avocat du diable, je vais commencer par râler 2 minutes.

Je sais, on est sur un blog de livres ANCIENS, et je suis perdue au milieu de libraires ANCIENS. Mais quand vous parlez du plaisir de toucher, sentir, tenir en mains un bouquin, excusez moi, mais les livres nouveaux le procurent aussi (arrfff, tout le monde crie). Quand on aime un livre, on aime tout ce qu'il renferme de plaisir de contact et d'odeur (oui, l'odeur des livres neufs me plait), qu'il soit ancien ou neuf. J'ai rodé dans votre librairie Pierre, vous savez comme je l'aime, mais j'ai autant de plaisir quand je manipule du neuf.

Bref, voilà pour le point 1, qui va attirer des sourires de commisération sur la face des blogueurs anciens !

Point n° 2 : en faveur d'internet aussi. Laissez moi vous raconter. Ca fait déjà deux fois que je ressors furax de la FNAC en me disant que je vais la boycotter, car les disques ou livres que je cherche, ils ne les ont pas, hormis les dernières actualités, le reste, rien ! je rentre à la maison, je tape "AMAZON" et en 2 clics, j'ai ce que je cherche, livré 2 jours après à la maison...

Donc oui pour les sensations, le plaisir de flâner, de parler au (gentil et séduisant) libraire, mais oui aussi à l'achat sur le net.

Pierre a dit…

C'est à dessein que j'ai écrit libraire et non pas libraire d'ancien car le slogan est valable pour les deux. Je suis entrain de lire "Absolument débordée" avant de ma coucher et c'est du neuf...

Pour de ce qui est de l'impatience, elle se traite, en effet, par internet. Le libraire ne peut pas tout avoir et privilégie, de ce fait, les gens indulgents ;-)) Pierre

sandrine a dit…

C'est le bazar, c'est le bazar!!!
l'ancien n'est pas commode à lire mais plaisant à toucher, regarder; le neuf est souvent pratique et d'actualité mais s'il s'agit d'un texte ancien... Bof... oui pour l'etude, qui ne rompt pas le dos, mais dommage pour l'emprunte et la patine, bibliotaphe... bof. Le papier neuf... à moins de tomber sur une petite maison d'édition qui aura le sens des choses et l'air du temps jadis, on reste sur sa faim... Et ne parlons même pas de la question de relier... où là, je m'arrache les cheveux... les cahiers n'existent plus ou presque, au bout de 5 fois maxi, votre livre est explosé.
Je relis donc des livres en feuillets simples... et oui... cekla vous étonne mais je le fais pour des amoureux de LEUR exemplaire, livre de chevet, trituré, annoté, malaxé... rajouté de fiches qui ne voleront plus désormais.
Pffff.... Journée fatiguante.
Bonne soirée
Bien à vous.
Sandrine

Textor a dit…

Je relie un livre mais je relis un commentaire, et si je relie un commentaire qui n'est relié à rien, je perds le fil de la reliure.

Bonne nuit, Sandrine

sandrine a dit…

Bonjour
Je n'aurais pas dû eteindre avant d'avoir lu ce commentaire qui me semble être
le bon mot de la fin, Textor. je relis aussi souvent quand je relie à defaut de dorer, je vais dormir... euh... ah! non c'est le matin et je vais travailler.
Sauvons les libraires, les bibliothècaires, dont personne ne parle et pourtant, ils sont grandement menacés eux aussi... Voir les articles de Lèo Mabmacien... les relieurs, les restaurateurs parce que les gens n'ont plus de sous... les doreurs qui ne dorent plus parce qu'il n'y a plus de relieurs, les marbreurs, les pareurs... là on en parle meme pas... La responsabilité de chacun est grande... j'ai des clients qui viennent chez moi et qui me soutiennent pour la qualité de mon travail, et le fait que je fais partie de leur paysage culturel qu'ils défendent, ayant encore l'amour des livres.
Pas pour mes délais.
Chacun de notre côté, nous tenons une petite partie de cet édifice qui s'appelle la culture et sa conservation... devant le raz de marée du consummérisme... qui donnent naissance à des ras du casque, de plus en plus jeunes.... Je suis optimisme de naissance mais... bon, quand en plus il en a qui tirent sur les ambulances... On se damande ce qu'ils ont dans la tête... c'est une simple question.
Bonne journée.
Bien à vous
Sandrine

Nadia L* a dit…

Misère, je vais encore dire que je ne suis pas complètement d'accord. Des ras-du-casque, il y en a toujours eu. Ce n'est pas parce que les libraires meurent au champ d'honneur du consumérisme que leur nombre va augmenter. J'ai un "djeuns" à la maison (enfin, à une poignée de kilomètres quand même !) avec lequel on s'échange des livres et conseils de lecture, qui les dévore comme moi depuis toute petite, qui lit psychologie, sociologie, polars, développement personnel, et qui je pense fume aussi un pétard de temps en temps, l'un n'empêchant pas l'autre !

Si la culture part en brioche et toutes nos valeurs, il faut aussi aller chercher du côté de certains parents démissionnaires. Il existe encore plein de familles, heureusement, où l'on a plaisir à ouvrir un livre et en parler, tout en allant (mais c'est le progrès qui le veut aussi), commander des fringues sur la Redoute.fr.... ou consulter son compte en banque en ligne. C'est pas pour autant que je n'apprécie pas de serrer la main de ma banquière quand j'y vais.

sandrine a dit…

Bonjour Nadia, oui oui c'est vrai ça moi, ma banquiére, je la connais même pas. c'est un code au téléphone.
Et puis les "djeuns" ne sont que le reflet de la nourriture qu'on leur donne à la maison...
ma fille adore lire mais deteste les vieux bouquins poussifs.
Internet et Hérodote.com, elle navigue la dedans comme personne; Alors j'ai de l'espoir dans la très jeune génération. lisez mon article... ça va vous faire du bien.
La réalité est différente pour chacun d'entre nous.
Bonne journée.
bien à vous
sandrine

Pierre a dit…

@Bernard Mamy : S'il vous plait, pour vos proches, ne replongez pas ! Vous nous aviez dit "A 85 ans, j'arrête " ;-)) Pierre

Olivier a dit…

Si je n'étais jamais entré dans une librairie ancienne, je ne lirais pas des blogs bibliophiliques sur internet. Quant aux libraires en général combien sont-ils d'indépendants?
Si vous passez à Toulouse, passez à Ombres Blanches qui en est une, formidable.
Olivier

Nicole a dit…

Sauvez votre libraire, car il est ancien ? En tout cas celui que je connais n'a pas le temps de prendre la poussière car il rajeunit à chercher et me faire découvrir des livres et des auteurs auxquels je n'aurai pas pensé, étant néophyte.
En tout cas, très belle affiche qui met un peu d'humour dans le sérieux de cette profession.

Pierre a dit…

Oyéééééé, je ratche avec mes potes sauf s’ils sont narreux. Et toi ça gehts ?

Traduction : Merci, Nicole, pour ces encouragements qui me vont droit au cœur ! Pierre

Pierre a dit…

C'est du Platt !

Nicole a dit…

Merci, ça geths. Je suis désolée, je n'ai pas trouvé la traduction de libraire ou librairie dans mon dictionnaire du platt.Il ne faut pas hésiter à venir à Strasbourg, il y a plusieurs librairies "anciennes" et des libraires qui vendent de beaux livres aussi sur les places principales le week-end.