lundi 13 décembre 2010

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : Monseigneur Landriot etait-il misogyne ?


Il n'y a rien de plus ferme, de plus robuste et de plus solide que l'humilité…

Je commençais ainsi, hier, une petite conférence que je donnais à l'occasion de l'anniversaire des 400 ans de la fondation de la première communauté des Sœurs Visitandines. Je pensais évidemment à Sœur Jeanne de Chantal et non pas à moi, vous l'aviez compris, quand je débutais mon propos ;-))


Sa vie, à l'exemple du pauvre Job de l'ancien testament, fut marquée par une Foi inébranlable, jamais remise en cause et même, si je puis dire, révélée par une vie jalonnée de tristes embûches. Je ne désire pas vous retranscrire, aujourd'hui, ce discours dont le "tout-Paris" bruisse déjà. Des esprits jaloux, des critiques envieux écrivaient, ce matin, dans les quotidiens que mon allocution fut comme l'épée de Charlemagne : Longue, plate et mortelle… N'en croyez rien et je suis prêt, si vous m'invitez à dîner un soir, à vous la resservir tiède pour le plus grand plaisir des invités que vous aurez à votre table. Sachez, néanmoins, que je ponctue mes effets d'une gorgée de champagne bue du bout des lèvres. C'est une rétribution bien raisonnable, vous en conviendrez !

Si je débute notre petite causerie du lundi par ces propos badins, c'est parce qu'en attendant le chaland dans la charmante librairie de Pierre, je feuilletais, d'un regard distrait un ouvrage de sainte piété quand un passage plus particulièrement destiné aux femmes attira mon attention :


Conférence aux Dames du Monde : Traité sur l'humilité et sur les lectures et Les péchés de la langue et la jalousie dans la vie des femmes par Monseigneur Landriot.

Quoi de plus normal, en effet, que de s'adresser directement aux femmes pour les péchés qui leur sont propres… Il faut reconnaître au dix-neuvième siècle beaucoup de discernement dans ses raisonnements. A cet égard, j'ouvre une parenthèse, voilà, c'est fait, ( : on peut craindre le pire pour le vingt et unième siècle naissant quand voit apparaître dans les kiosques, des ouvrages destinés aux hommes à propos du repassage, et je referme la parenthèse) . Mais je m'égare…


Donc, parlez peu, Mesdames disais-je ! Ces habitudes silencieuses, cette réserve, cet amour de l'ombre, cet éloignement du bruit, seront pour vous le meilleur indice de la perfection féminine bien meilleur que les canons esthétiques qu'on vous impose. En général, les sentiments profonds s'expriment peu, ils aiment la solitude et le silence, ils se montrent seulement dans les occasions opportunes, tel est la loi de la vraie féminité… Mais alors, il ne faut donc jamais parler de soi ? Et bien non, Mesdames, pas plus qu'il ne faut parler des autres ce qui ne serait guère chrétien, vous l'admettrez ! Vous gagnerez ainsi, un temps infini quand vous ferez les courses ou le marché, temps que vous pourrez allouer de façon bénéfique à l'entretien de votre maison…


Quant à la langue, elle opère de grandes choses, en bien comme en mal. La langue est un feu, un monde d'iniquités, elle infecte et envenime notre existence toute entière. Une étincelle suffit à embraser une grande forêt, ne l'oubliez pas ! L'homme a dompté toute sorte d'animaux, il a mis des mors dans la bouche des chevaux mais nul homme n'a pu contenir les flots de la parole. Je vous engage donc, chères lectrices, à acquérir ces ouvrages pleins de bons conseils, de saintes exhortations et de précieux remèdes contre les babillages de votre communauté. Et je sais aussi, qu'au moment où un légitime besoin de saines résolutions va poindre avec la nouvelle année qui va commencer, ces livres vous seront utiles…


Jean-Baptiste Landriot est né en 1816. Evêque de La Rochelle en 1856, il sera nommé Archevêque de Reims en 1866. Sa mort prématurée en 1874 stoppera sa carrière ecclésiastique. En tant que membre du Premier Concile du Vatican, il jugea inopportune la définition de l'infaillibilité pontificale, mais, une fois celle-ci promulguée, il y adhéra et écrivit à ses diocésains pour les encourager à l'accepter. Éloquent prédicateur, il fut aussi un écrivain de renom. Outre ses œuvres pastorales (7 vols), il écrivit un nombre considérable de volumes dont les plus connus sont : le Christ et la tradition, le Symbolisme, la Femme forte, la Femme pieuse, les Béatitudes, la Prière chrétienne, les Conférences aux dames du monde, les Péchés de la langue, Promenade autour de mon jardin.


Nul doute que ces ouvrages seront lus avec passion ! Les femmes bibliophiles ajouteront à la pertinence du propos, le plaisir de tenir en main une superbe reliure en maroquin du plus bel effet. Je déconseille cependant aux hommes d'offrir ces livres en cadeau de Noël à leurs épouses : Mauvais plan. A moins que votre épouse ait, en plus, le sens de l'humour… mais il ne faut pas rêver ! Votre dévoué. Philippe Gandillet


LANDRIOT (Mgr). La femme pieuse tome I et II (1894), La sainte communion, Les béatitudes angéliques (1895), Conférences aux dames du monde (3eme édition), Les péchés de la langue (1892). Paris, librairie Victor Lecoffre. La prière Chrétienne, Paris, Victor Palmé éditeur (1889). Format in-8. Reliure demi maroquin à coins de couleur bleue, dos lisse orné de motifs, filets et lettres dorés, contre-plat et page de garde en papier coloré, tranche supérieure dorée. Ensemble très homogène dans un parfait état intérieur et extérieur. Les 7 volumes. 240 € + port. Vendu

12 commentaires:

Textor a dit…

Point de commentaire… le terrain est miné,… Nadia attend au coin du bois le malheureux qui va oser articuler une idée un tant soi peu corporative …

Bon, je me lance. Cher Philippe, ce papier, excellent, me fait penser au célèbre discours d’un autre Pierre : « Concubinons dans la trépidance avec une star du muet ». Afin de réduire au minimum le temps passé à s'occuper de son prochain, l'homme a tout intérêt à aimer plus que toute autre femme, la star du muet. Il y est question du double avantage qu’avaient les stars du muet de trépider en cadence et de ne pas trop parler.
Etonnant non ?

Textor

Pierre a dit…

Le terrain est en effet miné, textor, et il faudrait une étincelle pour les hostilités ne débutent... Il est évident que, comme d'habitude, je ne cautionne absolument pas les propos de notre chroniqueur du lundi.

Je suis tout à fait d'ac avec Pierre : On aurait aimer en coucher quelques-unes ( ahhhhh ! Louise Brooks...) ailleurs que sur du papier glacé ;-)) Pierre

calamar a dit…

je me souviens d'un conseil trouvé dans un manuel d'éducation à destination des écoles ménagères (édition vers 1950) : Madame, si votre mari rentre tard, et éméché, sortant visiblement du bistro, ne lui faites aucun reproche. Au contraire, montrez-lui un visage avenant, amenez lui ses chaussons, et faites réchauffer la soupe. Dans le cas contraire, vous ne gagneriez que des coups, et il retournerait au bistro immédiatement.
Ce n'était pas très juste, mais ça témoignait peut-être d'une certaine expérience...

Textor a dit…

Le silence de la gente féminine en cette occasion, ne me dit rien de bon, c'est le calme avant la tempête, on aimerait qu'elles soient plus bavardes pour une fois ... :)

Textor a dit…

Le meilleurs moyen de désamorcer cette crise annoncée, est d’accuser d’emblée Météo France, et de condamner le Père landriot pour misogynie péremptoire !
T

Nadia L* a dit…

Messieurs... je rentre de w. end dans les Pyrénées, me décide à venir jeter un oeil sur ces pages que j'avais délaissées ces trois derniers jours, et bien, pour un peu, je resterais sans voix ! que dis-je : le clavier muet, ce qui serait au goût de Mr Gandillet, je pense. Si ce vieux barbon rasoir voulait s'attirer l'inimitié des femmes, c'est chose faite ! Dites moi, Pierre, vous qui le connaissez bien (et pour cause), il est sans doute vieux garçon, non ?
Je vois que Monsieur Calamar cite des extraits qui ne nous sont point inconnus pour avoir été retranscrits (et appréciés du coin de son comptoir de libraire) par notre ami Pierre ; je parle de soupe réchauffée et de pantoufles.
Bref, je me retire dignement, nous sommes victimes d'un complot.

Les femmes ? où sont les femmes ce soir ?

Nadia L* a dit…

J'ajoute que j'adore le t.shirt noir.
Pour votre info, j'en ai un, blanc, avec une inscription en rouge qui dit, sur le devant "Presque parfaite" et au dos "C'est pas ma faute".
Pierre, si vous voulez l'inclure dans un prochain article qui vanterait mes louanges, je vous en enverrai une photo !

Pierre a dit…

La misogynie de Mgr Landriot peut certainement s'expliquer par une pratique régulière du confessionnal. Sachant qu'il n'a rencontré qu'une infime frange de la population féminine (celles qui n'étaient pas parfaites), il a peut-être pensé que les autres étaient à son image...

Ces ouvrages, avec leurs imperfections, sont néanmoins un bon indicateur du mode de pensée de la société bourgeoise de l'époque. On imagine une femme à l'office du dimanche, entourée par un mari somnolant et des enfants distraits, écoutant le sermon de l'archevêque avec un sourire béat et pensant en son fort intérieur " Pauvre imbécile !! " Pierre

Pierre a dit…

Les propos dilettantes de Ph Gandillet nous font oublier la qualité de la rhétorique et l'extrême élégance de plume des livres proposés. Je vous conseille La femme pieuse à la lecture. Pierre

Nadia L* a dit…

Je vais y penser, si d'aventure je passais vous visiter bientôt. On peut être parfaite et pieuse à la fois, non ?

Pierre a dit…

Certainement puisque l'inverse existe ;-)) Pierre

Anonyme a dit…

Ce blog ne manque pas d'humour et ne vois que causerie ici, au sens où nous bourguignons entendons ce mot (causer signifie draguer)