lundi 1 juillet 2013

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : La petite bastide d'un grand homme…


Il m'arrive parfois de me demander si le culte attaché à ma personne est bien raisonnable… Je sais que des lecteurs campent devant ma villégiature estivale avec le secret espoir de me voir apparaître au balcon de ma bibliothèque. J'ai même été obligé, l'année dernière, de faire un procès à un célèbre hebdomadaire "people" qui avait publié des clichés de moi, à la librairie de Pierre, sans mon autorisation. J'ouvre donc la porte de ma maison et lève, aujourd'hui, un voile sur mon intimité pour répondre à l'attente de quelques curieux et curieuses. Ils et elles verront que j'habite un endroit tout simple comme je le suis… C'est mon ami Anatole F** qui vous précédera dans cette visite improvisée et vous servira de guide…

«  J'imagine que tous les lettrés seront heureux de découvrir les images fidèles et délicates de cette riche demeure qui accueille, pendant les vacances, le plus grand de nos illustres académiciens.

Là, chaque objet signifie une pensée de son possesseur. Philippe Gandillet a composé sa maison comme un de ses livres. Il s'y est appliqué avec un soin minutieux, une patience méticuleuse et cette grâce subtile qui est le mystère de son talent. Son caractère s'y décèle à chaque instant et le choix d'un bronze de Maillol ou d'un petit tableau d'Auguste Chabaud nous y précise la nuance de son âme et la logique qui transparaît dans ses œuvres.

Vous céderez comme moi au charme indicible de l'atmosphère. Il résulte de cet aménagement une manifestation artistique délicieuse, et faite pour plaire aux poètes. On surprend en traversant les pièces, des coïncidences mystérieuses entre les choses choisies et leur propriétaire : la confession muette des années se fait entendre… Nous pouvons alors deviner que telle expression ironique ou lyrique apparue dans un nouveau livre de Philippe Gandillet est due à son amour pour tel bibelot ou tel objet chiné qu’il expose avec délicatesse au gré des pièces et des longs couloirs.


Nous découvrons aussi l’histoire d’une âme là où ses lecteurs ne perçoivent que l’évolution de son goût. Chez un homme du rang intellectuel de Philippe Gandillet, c’est-à-dire un prince des lettres, ce goût s’élève au firmament des sens et accompagne sa musique intérieure. Ainsi l’extrême variété des objets présentés se transforme en désir d’harmonie : La cherté, la rareté n’importent plus…

Il est évident qu’un intérieur comme celui-ci est celui d’un artiste. Il l’a peuplé de ses témoignages et de ses idées : il y laisse paraitre ses aveux, ses préférences, ses confidences et ses singularités. C’est cette disparité savante qui rend très difficile ma tâche de guide. Vous comprendrez qu’on ne rentre pas chez Philippe Gandillet sans être un ami, un fidèle lecteur ou un fervent laudateur.


(à voix basse) Vous pénétrez maintenant dans le saint des saints, sa bibliothèque, le lieu où s’est ingéniée l’imagination érudite de notre grand auteur et où trône son chat Hamilcar. Sur ces imposants rayonnages acajou sont réunis les plus beaux livres dont peuvent rêver les amateurs. On se promène, là, dans la pénombre et dans l’oubli, extrêmement loin de la vie moderne… Voyez ici une édition originale des fleurs du mal que vient de lui envoyer un ami lyonnais, voyez ici des tirages de tête, des ouvrages superbement illustrés, des maroquins signés en queue et des reliures ciselées que vous posséderez peut-être un jour !   

Car il faut dire que Philippe Gandillet se résigne d’avance à la dispersion de ses livres et des autographes prestigieux qui préfacent les ouvrages qui lui sont envoyés. Tout ce qui vous a émus, conquis, étonnés confondus dans la littérature est réuni là, dans des écrins luxueux comme les affectionnent les bibliophiles de son rang. On dit même que notre Académicien ferait partie d’une prestigieuse Société des amateurs de livres anciens qui possèdent un jeton d'une société bibliophile ancienne (la fameuse S.A.L.A.P.J.S.B.A) : quelle consécration ! 

En été, cette demeure est un musée où éclate l'amour des couleurs chaudes et somptueuses de la méditerranée. Etranges et captivantes pièces, toujours sombres où, dans la symphonie des obscurités fauves, le soleil brille de mille feux… C’est à peine si l’on y devine, à travers le scintillement des éclats de lumière qui traversent les persiennes, l'or des dorures et le velouté des cuirs qui remplissent la bibliothèque ! (attention à la marche en sortant...) Cette visite valait bien un petit billet. N’est-ce pas ? »


La tradition veut que l'on glisse également dans la main du guide, un petit billet. Notre Anatole est trop fier pour accepter une telle rétribution mais vous pouvez dépenser cet argent en achetant le petit ouvrage que Pierre propose aujourd’hui à la vente. Il s'agit d'une étude faite par Charles Maurras sur mon honorable confrère… Votre dévoué. Philippe Gandillet


MAURRAS (Charles). Anatole France. Politique et poète (A propos d'un jubilé). Paris Plon, 1924. Une plaquette in-12 de 54 pages. Broché à couverture rempliée. Ex libris. Bel état. 10 € avec le port en France.

9 commentaires:

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Prose toujours aussi talentueuse, et aussi lumineuse que la propriété !

Anonyme a dit…

Le portail, rempli de nostalgie et de rires enfuis, est judicieusement trouvé : on s'attend à ce qu'il protège l'entrée du château d'Yvonne de Galais ; On s'y prend pour Serge Mouret s'apprêtant à pénétrer dans le Paradou.

Jean-Michel

Anonyme a dit…

En effet, Le Paradou n'est pas loin d'être le paradis, Jean-Michel. J'y vis en solitaire pour que cela le reste... Ph Gandillet

Hugues a dit…

Jeton demandé!
Hugues

Textor a dit…

La Bibliothèque ne vaut que par son écrin d'architecture et de jardins, demandez donc au Duc d'Aumale...
Textor

Pierre a dit…

" Une édition des fleurs du mal envoyée par un ami lyonnais ". C'est vous Hugues ?

Pierre ;-))

calamar a dit…

et moi qui croyait que le duc d'Aumale avait des beaux livres... il n'avait qu'un beau château. Du coup je n'envie plus sa bibliothèque : chez moi ça ne rendrait rien.

Cartonnages Romantiques a dit…

Pierre, tu as un vrai talent d'écriture. Je me sens comme un coq en pâte dans ton jardin caché.

Pierre a dit…

Joli compliment que je transmettrai à qui de droit...

Je le retourne en vous félicitant pour vos excellentes notices sur les cartonnages romantiques à plaque et en particulier sur celle des fleurs animées de Grandville dont je me suis servie aujourd'hui pour un exemplaire éditeur en deux volumes illustrés de 1847 !

Bientôt présenté sur le blog... Pierre