mercredi 18 août 2010

Manuel des gens de lettres par Tanneguy de Wogan dans une belle reliure en maroquin.

 L’histoire du journalisme en France, que j’ai présentée dernièrement m’a rappelé qu’un auteur du 19eme siècle avait fait une étude très complète de ce métier au 19eme siècle, en avait tiré tous les fils et donné toutes les recettes pour y réussir. La postérité n’a pourtant pas remercié le Baron Tanneguy de Wogan de ses judicieux conseils. Peu de choses sur lui nous restent si ce n’est les éléments autobiographiques mentionnés dans ses livres. J’ai néanmoins découvert que nous avions été voisins (à un siècle près) puisque sa famille possédait le « château du chêne vert » à côté de Plouër /Rance. Vous comprendrez donc que j’aborde ses ouvrages avec une mansuétude coupable… Renfermant plein d'informations sur cette profession, ce livre mentionne à maintes reprises que la qualité indispensable d'un bon journaliste est la curiosité. Certes, mais ce n'est pas tout. En fait, pour être un bon journaliste il faut être capable de s'adapter aux situations, à des interlocuteurs aux personnalités très diverses, être habile, un peu provocateur mais toujours courtois. Il faut savoir se rendre aimable, sans en faire trop (au risque de passer pour un hypocrite) et être extrêmement patient ; ca c'est important ! Etre aussi capable de savoir dire non ; avec humour cela passe mieux ; et savoir conserver son indépendance. Beaucoup de contraintes, donc !


Une autre qualité nécessaire au journaliste est d’être capable de retranscrire ce que l'on a entendu et observé. Savoir écrire, enfin, de manière claire, précise, vivante, en évitant les observations personnelles. Ceux qui écrivent pour se faire plaisir et non pour informer, ceux qui copinent beaucoup trop avec les informateurs potentiels, les décideurs, les politiques, etc... Ça le dérange ! À la base, le journaliste est avant tout un témoin qui rapporte le plus fidèlement possible les faits importants de la vie de notre société. Il est responsable d'une bonne partie de l'information de ses concitoyens et en ce sens il joue un rôle central dans une démocratie. Sans information adéquate, les citoyens peuvent difficilement poser des choix éclairés, quand vient le temps de voter par exemple ou de prendre position sur une multitude de questions. C’est pourquoi le droit à l’information est un droit individuel important. Dans la tradition du journalisme nord-américain qui est la nôtre, le journaliste est embauché pour rendre compte des faits, pas pour les commenter, sauf dans certaines fonctions précises : Les éditorialistes et les chroniqueurs principalement, ou encore dans certains types de journalisme comme le journalisme culturel. Si c’est le statut de vedette qui vous intéresse dans le journalisme, vous serez souvent déçus, commente l’auteur. La plus grande partie des tâches en journalisme se déroule loin du faisceau des projecteurs …
La plupart des journalistes doivent être prêts à couvrir n’importe quel domaine de l’activité humaine : L'économie, la politique, les arts, les faits divers, les sciences, les sports, les phénomènes sociaux... Pour bien faire son travail, et même tout simplement pour trouver du travail, il doit disposer de la plus vaste culture générale possible. Le journalisme a néanmoins changé depuis Tanneguy de Wognan ! Aujourd’hui, de nombreux médias sont apparus qui n’existaient pas à la fin du 19eme siècle. La radio, la télévision et maintenant Internet ont pris possession de l’information. Il devient très difficile de prévoir l’évolution du marché du travail en journalisme car il dépend en partie de l’évolution générale de l’économie. Les difficultés du début des années 1990, qui ont notamment tari les revenus publicitaires, ont entraîné la stagnation ou même la régression des effectifs journalistiques. Et puis, la mondialisation de l’information répondant à des critères étrangers au siècle précédent, la réactivité est devenue l’élément majeur de l’actualité… L’information est devenue volatile. Ce qui fait la une le lundi est sitôt oublié le mardi ! Il n’en reste pas moins que cette étude menée de façon brillante, et étayée par de nombreux exemples par l’auteur, est un modèle du genre et est l’outil indispensable à l’impétrant journaliste.


La reliure qui recouvre cet ouvrage est aussi un modèle du genre. Sans être signée comme pourrait l’être un brillant article de journaliste, on sait en voyant l’ouvrage (et le résultat du travail de l’artisan relieur et du doreur) que nous avons affaire à un artiste. Mais lequel ? Un livre à réserver à un bibliophile pour une grande occasion, à mon avis… Pierre



TANNEGUY DE WOGAN. Manuel des gens de lettres. Le journal. Le livre. Le théâtre. Paris, Librairie de Paris. Firmin Didot et Cie imprimeurs, in-8, 609 pp, sans date (1890). Reliure plein maroquin bleue nuit, Dos à cinq nerfs, Auteur et pièce de titre en lettres dorées, motifs entre les nerfs et filet en queue et en tête. Dessus de coiffe orné de 5 double-traits dorés, tranche fils. Le premier plat indique en son centre le nom de l’auteur et le titre de l’ouvrage en lettres dorées encadrées par un triple filet doré. Le deuxième plat répète les filets. Les coupes sont également ornées de filets en pointillé. Roulette et double filet sur les contre-plats. Page de garde en papier coloré. La tranche supérieure est dorée. Présence de deux petites taches oxydées sur la tranche supérieure avec une marque du papier en regard. Intérieur très frais. Très bel exemplaire de cet ouvrage sur le journalisme de la fin du 19eme siècle peu fréquent à la vente. 145 € + port

7 commentaires:

Jeanmichel a dit…

L'information qui devient volatile...
Est-ce pour cela que les journaux sont appelés canards, et non à cause des fausses nouvelles qui cancanent ?... :-)
Mais le livre paraît très beau.

Pierre a dit…

Ce n'est pas pour me vanter mais la reliure est belle : Formule qui ne veut rien dire si on y pense ;-)) L'avantage avec le maroquin, c'est que l'épaisseur du cuir permet de conserver des coins intacts. Un bon point pour le texte qui est loin d'être dénué de style et de fond. Pierre

Pierre a dit…

Retour du Jura. Demain, les médiévales de Tarascon débutent. J'aurai un habit d'époque. Le premier qui rigole... ;-)) Pierre

Textor a dit…

Les fêtes de la Tour du Guesclin, c'est dans 8 jours, et j'hésite encore pour le déguisement entre un costume de Robin des Bois ou de Charles le Téméraire. Je voulais m'habiller en imprimeur vénitien mais ils n'ont pas le costume en magasin...

T

Bertrand a dit…

Dans une heure ou deux je devrais découvrir le costumé...

A tout de suite...

B.

Anonyme a dit…

Si T. de Wogan avait eu le moindre talent, cela se serait su et répété depuis longtemps. Ses livres sur le nautisme sont consternants et ses contemporains n'ont pas été tendres avec lui. Il fut de la race des "faiseurs".

Pierre a dit…

J'avais peu d'informations à me mettre sous la main pour la biographie. Ceci explique cela.

Il est tout à fait possible qu'il fut de la race des "faiseurs" mais, pour l'occasion, il fut aussi un bon "diseur". L'ouvrage brille également par sa reliure. Pierre