mercredi 7 avril 2010

Anatole France, écrivain.


Ne m'appelez plus jamais France
La France elle m'a laissé tomber
Ne m'appelez plus jamais France
C'est ma dernière volonté

J'étais un auteur gigantesque
Capable de durer mille ans
J'étais un géant, j'étais presque,
Aussi fort que Chateaubriand
J'étais un auteur gigantesque
J'emportais des milliers d'amants
J'étais la France, qu'est-ce qu'il en reste ?
Un Prix-Nobel pour enseignants…


Il est des auteurs qu'on défend. Mon premier message du blogue, en juin 2009, fut pour Anatole France. Je lui suis encore redevable. Quelle idée, aussi, de prendre un pareil nom de plume quand on s'appelle François Anatole Thibault, fils " un peu ridicule " d'un libraire dont ne voulut pas pour gendre une famille bourgeoise ! Le bonhomme fut membre de l'Académie française en 1891, devint prix Nobel de littérature en 1921 et eu des funérailles nationales. Ce nom était donc mérité !

Anatole France fut un homme épris de conquêtes. Le premier portrait de femme dont il s'éprit fut celui de Madame de Sévigné. Il avait découvert un tome de ses œuvres à la librairie de son père. " A tout vous dire, la Marquise, dessinée d'après le tableau de Mignard, y étalait de forts beaux appas. Sa gorge m'intéressait bien plus que les mignardises de ses lettres… " Voilà donc à quoi tient une vocation littéraire. Son père d'ailleurs n'y croyait pas et il en souriait plus tard en disant " Mon père m'avait renié parce que je faisais des vers. C'est que le métier d'en faire était honteux et dangereux. En vendre, passe encore ! Mais en écrire, où cela menait-il, je vous prie ? " Son père avait raison. Cela mène à l'Académie… Quelques anecdotes qui désacralisent notre homme si l'on a jamais lu quelques uns de ses succès littéraires qui en font un auteur malicieux et à la plume limpide ?


De tous ses livres, son préféré était L'histoire comique (1903) qui eut moins de succès que les autres. En deuxième place La Révolte des anges (1914). Il faisait peu de cas de La Rôtisserie de la reine Pédauque (1893), le plus populaire des ses romans et se moquait de la fadeur du Crime de Sylvestre Bonnard qui lui avait ouvert les portes de l'Académie. Votre choix serait sûrement différent du sien ? Rencontrant en 1888, à la bibliothèque du sénat, Madame Armand de Caillavet, il devint son amant et elle devint sa muse. Reconnaissons lui des errements dans ses connaissances mythologiques qui lui ont valu de se tromper souvent d'inspiratrice… Mais les femmes sont tentatrices me direz-vous et il le savait, lui qui a écrit un de ses plus beaux ouvrages Thaïs, sur une pécheresse publique !


Grand Homme attaché à la fidélité et aux principes, aussi… Quand Zola fut rayé des cadres de la légion d'honneur, Anatole France ne porta plus sa décoration " Après tout, un auteur a-t-il besoin de ce petit bout de ruban à la boutonnière ? S'il est vraiment apprécié, ses œuvres le décorent plus mieux que tous les ministres du monde ". A la fin de sa vie, " seuls " ses nombreux lecteurs l'aimaient. Ses obsèques attirèrent une foule équivalente à celle de la parade de la victoire en 1919. Suares, qui lui devait tout, écrivit méchamment " Son œuvre sent diablement le vieux papier ". Il fut pourtant un ami de l'humanité. Il n'est pas juste qu'il soit, aujourd'hui, oublié. Pierre


FRANCE Anatole. Le livre de mon ami. Paris, Calmann-Levy, 132 eme édition, 1914. Demi-chagrin à coins, tête dorée. Pièce de titre en lettres dorées. Dos insolé. Belle reliure. 22 €

FRANCE Anatole. Le livre de mon ami. Paris, Calmann-Levy, 1930. Demi-basane havane glacée. Pièce de titre en lettres dorées. Belle reliure. 17 €

FRANCE Anatole. Le mannequin d'osier. Paris, Calmann-Levy, 1930. Demi-basane havane glacée. Pièce de titre en lettres dorées. Belle reliure. 16 €

FRANCE Anatole. La Rôtisserie de la reine Pédauque. Paris, Calmann-Levy, 5eme édition, belle restauration sur couverture conservée.1893. Demi-basane brun rouille, dos à 5 nerfs légèrement insolé. Pièce de titre en lettres dorées. Belle reliure. 24 €

FRANCE Anatole. Jocaste et le chat maigre. Paris, Calmann-Levy, 1924. Demi-basane reliure éditeur, tête dorée, dos à faux nerfs et motifs dorés. Pièce de titre en lettres dorées. Belle reliure. 14 €

FRANCE Anatole. Œuvres complètes illustrées. Paris, Calmann-Levy, grand in 8, 1948. Demi-basane havane glacée, dos à faux nerfs. Pièce de titre en lettres dorées. Tome VIII : La Rôtisserie de la reine Pédauque et les Opinions de Jérome Coignard, composition de Carlegie et bois de Latour - Tome IX : Le Lys rouge et le jardin d'Épicure, composition de Dethomas et bois de Latour. Tome XII : L'anneau d'Améthyste et Monsieur Bergeret à Paris, composition de Hermann-Paul et bois de Malcouronne. Belles reliures. 25 € le volume

FRANCE Anatole. Le Crime De Sylvestre Bonnard. Membre De l'Institut. Calmann-Levy Editeurs, Paris, 1935. In-8. Ouvrage broché orné en sa couverture d'une reproduction photographique tirée d'un film Américain à gros budget, 112 pages. Édition illustrée de compositions et de vignettes in texte de Paul Destez et d'un frontispice représentant Sylvestre Bonnard à l'institut. Exemplaire 22535/5465-5-35 par Brodard et Taupin de Coulommiers-Paris. Papier uniformément mais légèrement jauni. Le dos et un tiers des plats présentent quelques défauts d'usure compatibles avec l'age du livre sinon bel exemplaire. 11 €


24 commentaires:

Bertrand a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Bertrand a dit…

Beau billet. A. France a sans doute trop écrit, avec des romans qui, finalement, le racontent plus lui-même, qu'ils ne racontent les autres.
J'ai adoré évidemment les passages (nombreux) ou il parle des livres, des vieux livres, de la librairie, des bouquinistes. Ces références sont nombreuses et très intéressantes. C'est aussi Anatole France qui le premier, en 1874, donne un petit livre intitulé : le livre du bibliophile.
Livre qui devrait se trouver dans la table de nuit de tous nos compagnons de route.

B.

Pierre Bouillon a dit…

Je garde un bon souvenir de ma lecture, lointaine, du "Crime de Sylvestre Bonnard". Merci pour ce billet, toujours aussi bien tourné que les autres.
Amicalement
Pierre B.

Pierre a dit…

Il peut-être compté au nombre des " bibliophiles-écrivains " au même titre que Charles Nodier, Jules Janin et Jules Lemaitre.

D'autres vous viennent à l'esprit ? Pierre

Bertrand a dit…

Gabriel Hanotaux
Octave Uzanne
...

Pierre a dit…

J'avais oublié Octave Uzanne !!!

Mea culpa ;-)) Pierre

Pierre a dit…

Un article sur le " Bibliomane moderne " (le lien est dans la rubrique " Bonnes adresses ") complete de façon heureuse ce petit billet en forme d'hommage. Bertrand nous y présente le catalogue de la vente de la bibliothèque d'Anatole France en salle des ventes.

Peu d'ouvrages, en fait, mais de beaux ouvrages de bibliophile dans des éditions originales ou des reliures de maître. Nul doute, qu'avant sa mort, France n'ait dispersé quelques beaux livres entre ses diverses maitresses... Pierre

Le Bibliophile Rhemus a dit…

"France" est la forme angevine de François, l'un des deux prénoms de François-Noël Thibault, père d'Anatole.

Pierre a dit…

En relisant le texte de présentation de Pierre Champion sur le bibliomane moderne " Les ouvrages reposaient dans la bibliothèque grillagée, qui n'était pas loin de son lit " j'ai pensé qu'une photographie de la bibliothèque de travail serait peut-être plus parlante...

Je l'ai glissé en fin de ce message. Pierre

Raoul Viergerie a dit…

Comment est-il possible, dans la liste des bibliophiles écrivains, de ne pas citer Pierre Louÿs....(certainement le plus grand, sur les deux plans, de tous ceux cités plus haut)

Pierre a dit…

Je dois reconnaitre une méconnaissance de l'auteur. Surement un écrivain dont les textes ont-été les plus illustrés ! Le sujet s'y prêtait. Je viens, d'ailleurs, de faire l'acquisition d'une plaquette signée P.L, pas piquée des vers !

Bertrand, sur le B.M devrait pouvoir nous parler de sa bibliothèque ? Pierre

Le Bibliophile Rhemus a dit…

La liste des écrivains bibliophiles est immense, contrairement aux idées reçues. Il y a en réalité peu d'écrivains qui l'ont fait savoir.Parmi eux : outre Pierre Louÿs, Honoré de Balzac, JUles Barbey d'Aurevilly, Charles Baudelaire, Edmond et Jules de Goncourt, José-Maria de Heredia. Quelques-uns ont même écrit sur le livre ou la lecture : outre Anatole FRance, Charles Nodier, Charles Asselineau, Gustave Flaubert, Stéphane Mallarmé, Paul Claudel, Paul Valéry, Valéry Larbaud, Georges Duhamel, Claude Aveline.

Raoul Viergerie a dit…

Beaudelaire bibliophile ?????

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Baudelaire n'était en effet pas insensible aux beaux livres.
Ami intime du bibliophile Asselineau, et ayant collaboré aux rééditions clandestines de son ami Poulet-Malassis, Baudelaire avait, en particulier, commandé à Lortic une reliure plein maroquin pour un exemplaire de l'édition originale des "Fleurs du mal", qu'il offrit à son avocat Gustave Chaix d'Est-Ange.

Pierre a dit…

Merci pour ces informations Jean-Paul et bonne idée que de nous avoir fait cette petite liste de bibliophiles de la fin du 19eme siècle qui va être propice à de fructueuses recherches . Pierre

Le Bibliophile Rhemus a dit…

La liste est loin d'être exhaustive. Parmi les femmes, car il y a eu des femmes bibliophiles, citons Colette dont l'ex-libris est rare, pour ne pas dire rarissime.

Raoul Viergerie a dit…

A Rhemus : Certes oui, mais par bibliophile, j'entendais collectionneur de livres, et je ne crois pas que Baudelaire le fut ! Avec quel argent, d'ailleurs ?

Vous dites que Baudelaire a collaboré aux éditions clandestines de Poulet-Malassis, pouvez vous, même brièvement, nous en dire un peu plus ? Sur quels ouvrages ? D'avance merci.

Pierre a dit…

Il y a deux ans, un bel exemplaire de l'édition des fleurs du mal corrigée par Baudelaire à l'attention de Poulet-Malassis était présentée à la bibliothèque de l'enfer de la B.N.F. Je ne me souviens pas si la reliure était d'époque ou bien exécutée par un artiste pour son riche propriétaire du moment.

La référence à Colette est très intéressante. Sans avoir les compétences bibliographiques de Jean-Paul, je vais essayer de déterminer si elle peut faire partie du corps des bibliophiles ou si on doit la considérer comme une lectrice collectionneuse de mots.

J'ai eu la chance d'acquérir quelques livres provenant d'un virtuose, peintre et poète du début du siècle et je peux vous assurer que certains lecteurs amoureux de la lecture sont des destructeurs de livres !!! Pierre

Raoul Viergerie a dit…

Pierre : oui, il est bien évident que Baudelaire a collaboré avec Malassis pour l’édition de ses propres ouvrages, mais je me demandais sur quels ouvrages clandestins et pas de lui il aurait éventuellement collaboré avec Malassis entre 1863 (date ou Malassis s'exile en Belgique) et 1867 (décès du poète).

Concernant l'exemplaire de la BNF dont vous parlez : attention, c'est du sérieux, là. Il s’agissait non pas de l’édition mais des EPREUVES corrigées de la main de Baudelaire, un document stratosphérique que la BNF a malheureusement préempté en 1998.

Concernant la reliure, il faut noter que la reliure originale d’Amand, le relieur habituel de Malassis (note : si je me souviens bien c’était Amand mais je confonds peut-être avec un autre relieur de Malassis, le catalogue BNF est muet sur ce point), a été scandaleusement remplacée au début du vingtième siècle par une reliure de Marius Michel, ce qui prouve que son possesseur d’ alors n’avait rien compris à l’esprit du poète (Baudelaire dans une vulgaire reliure bourgeoise !!! le pauvre !). La débilité n’avait déjà pas de limites.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

1- le bibliophile est plus qu'un collectionneur de livres ...
2- C'est Pascal Pia qui a noté qu'une notice insérée à l'article Nerciat du Catalogue des ouvrages classés à l'Enfer signalait que Baudelaire s'était intéressé aux rééditions clandestines de Poulet-Malassis au point d'y avoir peut-êttre collaboré.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

"Baudelaire prisait fort les belles reliures et faisait habiller luxueusement par Capé ou Lortic les livres que ses amis lui envoyaient.Ces dépenses amoindrissait bien sûr ses maigres revenus" (Crépet et Asselineau : "Charles Baudelaire", 1906).
Baudelaire donnait ses instructions aux relieurs demandant la conservation des couvertures (ce qui était inhabituel à l'époque), et faisait mettre son chiffre "CB" au bas des dos.
Son relieur préféré était Lortic. Après lui, Baudelaire s'adressa à Amand (mort en 1900).

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Le "Dictionnaire de Baudelaire" de Pichois doit donner des détails intéressants aux articles "Lortic" et "Amand", mais je ne l'ai pas et la BM de Reims non plus.
Si un lecteur le possède ...

Pierre a dit…

Je l'avais un jour écrit avec facétie mais il semble bien, Jean-Paul, que vous ayez les clefs de la Bibliothèque de Reims !

Merci de nous éclairer un peu mieux sur le côté bibliophile de Baudelaire. J'avais déjà lu que Baudelaire faisait appel à de grands relieurs de son époque mais ne savais pas qu'il demandait à ce qu'on lui garde les couvertures... C'est bien connu, les poètes sont des visionnaires.

Raoul Viergerie a dit…

Rhemus, merci pour ces infos, j'ignorais ces reliures commanditées par Baudelaire à Capé ou à Lortic (cela me laisse perplexe au point de vue financier, quand même : comment faisait-il ? et ces goûts là me surprennent)

Oui, Baudelaire a participé à la préparation de certains recueils de poèmes clandestins édités par Malassis. Gay prétend même qu'il est intervenu sur ceux de Glatigny...