lundi 1 mars 2010

Quelques discours de réception à l'Académie Française.


Plusieurs lecteurs me demandent avec insistance de leur présenter mon Discours de Réception à l'Académie Française. J'y consens de bonne grâce et cela me permettra, habile stratagème, de vous proposer quelques discours de collègues, morts - les pauvres ! - sans légitime postérité.

Messieurs,

Pour arriver où j'en suis, pour m'asseoir sur ce fauteuil mérité, il m'a fallu surmonter plus d'un obstacle, vaincre plus d'une résistance ! L'ivresse clémente du triomphe me les a fait oublier sans doute ; permettez-moi de vous les rappeler. Évoquer les difficultés de la victoire est la joie des victorieux et je dois confesser quelque vanité à les avoir surmontés.

Toute favorable qu'elle fut à ma candidature, l'Académie ne faisait pas moins des réserves. Oh ! N'en soyez pas ému, outre mesure, elle en fait toujours. Et cela s'explique. Comparer le prestigieux successeur que je suis à son prédécesseur, c'est comparer le présent au passé, une gloire à une simple célébrité et pour tout dire un vivant à un mort. De là, les oppositions nombreuses et passionnées car il ne manque jamais de prétendants pour se disputer l'immortalité ni de jaloux pour la trouver indigne d'eux. Dans ces conditions, on ne trouvera jamais personne qui soit apte à me succéder, me direz-vous ! Vous aviserez si, un jour, je meurs…

En fait, je ne connais pas de succès plus incontestable et en même temps plus contesté que les succès qu'ont eu mes pièces de théâtre. Combien de critiques détestables ai-je bien pu lire dans les grands quotidiens qui n'ont rien vu de mon talent ! J'ai écrit de merveilleuses lettres enflammées à de jeunes nymphes juvéniles à qui j'ai offert mon cœur. Malgré mes dons, je suis, bien souvent, rentré seul des dîners en ville où elles étaient mes voisines de table. Quand j'ai publié, à compte d'auteurs, quelques poèmes macaroniques pour plaire à mes confrères latinistes en espérant m'attirer leur bienveillance, je n'en ai tiré qu'une reconnaissance populaire qui m'a apporté la fortune mais jamais leur estime. Il n'y a pas un seul éditeur à Paris qui ne m'offre des sommes colossales pour me garder dans sa maison et pourtant jamais un seul n'a voulu me publier. Oui, mes chers confrères, le chemin qui m'a mené à votre assemblée était peuplé d'embûches !


Ainsi quand, pendant plus de vingt ans, un homme a affronté de telles déconvenues, enchaîné les fours, multiplié les épreuves sans être édité, porté la croix de l'échec au revers de sa veste mais que bataille après bataille il a gagné ses galons au suffrage de votre assemblée, je dis qu'il est à sa place et qu'il ne doit pas s'étonner d'avoir tant d'admirateurs et aussi quelques jaloux…

Le succès, en effet, et un succès aussi universel que le mien, emporte souvent avec lui dans l'opinion par un mauvais choc en retour, je ne sais quel discrédit, quel doute sur le talent trop chanceux qui accompagne ses écrits. Les délicats, les raffinés ne s'y sont pas trompés. Mais l'Institut, lui, qui n'osa avouer son admiration pour une œuvre aussi claire et parfaite a pu être amené à se poser des questions sur sa clairvoyance quand les critiques étaient défavorables à l'auteur. Et bien, non, Messieurs, votre assemblée a montré trop d'humilité dans la valeur de son juste discernement, dans la perspicacité de ses impressions et dans la lucidité de ses choix ! Les critiques se trompent quelquefois mais l'Académie Française se trompe rarement.


En ces temps où se défait le langage, en un monde où faute d'en venir aux mots on en vient trop aisément aux mains, il nous a semblé judicieux de retracer notre chemin de Damas avec élégance, détachement et sans acrimonie aucune. Je suis reconnaissant à mes confrères de m'accueillir en leur cénacle et m'en tiendrai donc au chemin de l'éloge.

Éloge d'une langue, d'une culture, éloge d'un état d'esprit… Quand l'insuffisance nous assaille, quand des atteintes au bon goût sont commises avec la plus intolérable impunité, l'Académie Française a besoin de remparts, bien plus hauts que les piles de livres entassés chez nos amis libraires. Peut-on expliquer ma présence dans cette illustre assemblée autrement que par votre besoin d'accéder à un renom infini ? Messieurs, vous m'avez donné l'immortalité. Je vous offre l'éternité… (tonnerre d'applaudissements)

Votre dévoué. Philippe Gandillet



Discours de réception à l'Académie de Mrs De Paulmy et De Gresset. Vendu
Discours de réception à l'Académie de Mr Lacretelle. Réponse de Mr Hermant 14 €
Discours de réception à l'Académie de Mr Cocteau. Réponse de Mr Maurois 14 €
Discours de réception à l'Académie de Mr Rueff. Réponse de Mr Maurois 14 €
Discours de réception à l'Académie de Mr Montherlant. Réponse de Mr Lévis Mirepoix 14 €
Discours de réception à l'Académie de Mr Poirot-Delpech. Réponse de Mr Decaux 12 €
Discours de réception à l'Académie de Mr De Chambrun. Réponse de Mr Chaumeix, dédicace 22 €
Discours de réception à l'Académie de Mr Petain. Réponse de Mr Valéry 24 €
Discours de réception à l'Académie de Mr Maurras. Réponse de Mr Bordeaux 19 €
Discours de réception à l'Académie de Mr Jérôme Tharaud . Réponse de Mr Duhamel 14 €
Réponse de Marcel Prévost au Discours de Mr Baudrillart. M Hermant 10 €
L'Académie Française en 1914. Histoire d'une candidature par Henry Bordeaux 14 €

9 commentaires:

TARTARIN13 a dit…

Quel talent d'écrivain, il ne te reste qu'à nous démontrer ton talent d'orateur!

Anonyme a dit…

Quintilien en est sur le flanc !

Tartarin14

Anonyme a dit…

Comparer le Quintilien de la province Tarraconaise et le Gandillet de la province Tarasconnaise, c'est comparer le moulin à eau et le moulin à vent, le zirconium et le diamant...

Quelquefois lucide. Philippe Gandillet

Pierre a dit…

C'est la première fois que je vois notre chroniqueur du lundi faire preuve d'humilité. Fatigué ?

Il n'empêche que je vous invite à lire ces discours qui sont pour la plupart des chef-d'œuvres d'éloquence, d'érudition et d'humour mêlés. Pierre

Bertrand a dit…

Personnellement je préfère lire Pierre Desproges dans ses œuvres...

Affaire de goût.

B.

Pierre a dit…

"Laissez-moi suivre le gré de mon caprice, qui est de regarder la vie, d'en goûter avec bonne humeur jusqu'aux amertumes, et de la transporter bien vite dans le domaine de la fantaisie. Les hommes y sont plus agréables à contempler. La fantaisie n'est-elle point la forme la plus charmante de l'indulgence ? "

Robert de Flers dans son discours de réception était tout à fait d'accord avec vous... Pierre

Bertrand a dit…

Hâtons-nous de jouir diront d'autres...

B.

Jeanmichel a dit…

L'humilité de ce grand récipiendaire va jusqu'à le faire choisir de s'asseoir SUR un fauteuil, comme on s'assoit sur une chaise.
Il ne pousse pas l'outrecuidance au-delà de correctes limites, cette outrecuidance qui aurait pu l'inciter à s'asseoir DANS un fauteuil, comme il se dit usuellement, donnant ainsi l'impression que cette éternité restera également dans des limites raisonnables.

Pierre a dit…

C'est en raison de ce type de détail que j'avais pensé à une statue au 1/32eme... Pierre