lundi 29 mars 2010

Causerie de Philippe Gandillet : Béranger et la chanson engagée…

Est-ce à cause de mes dons pour le chant que Pierre m'a laissé un recueil de chansons populaires à commenter ? Je l'imagine... Le chant est un des attributs de l'homme. A sa naissance, il pleure, dès qu'il a une étincelle de raison, il rit et dès qu'il peut former quelques sons, il chante ! Certains sont plus gâtés par la nature que d'autres. J'ai, pour ma part, un timbre dit " Baryton approximatif " qui a fait le bonheur de nombreuses scènes nationales pendant quelques lustres. Le manque de partenaires à ma hauteur m'a fait négliger cette disposition… En effet, je m'étais spécialisé dans les rôles de jeune premier à l'opérette et le temps passant, elles devenaient vraiment trop juvéniles !


Une question vous taraude : Peut-on découvrir les origines de la chanson populaire en remontant à la source des ages ? Jusqu'ici personne n'y est parvenu et les esprits les plus érudits attendent encore mon opinion. Puisque vous insistez, je peux vous informer que les hiéroglyphes ne se lisent pas mais se chantent ! C'est un des points auquel Champollion n'avait pas pensé ce qui n'enlève rien à ses petites trouvailles, par ailleurs…

C'est lors de la Révolution Française que la chanson engagée apparaît comme un genre musical à part entière. Auparavant, l'engagement dans les chansons populaires était rare ; la musique n'était souvent que pur divertissement. On ne sait d'ailleurs pas comment naît une chanson à succès ! A de très rares exceptions près, le refrain à la mode n'est le résultat ni d'un fait politique, ni d'une satire. Il s'envole au théâtre, au travail ou dans la rue. C'est le plus souvent, un couplet banal qu'une heureuse phrase musicale met en évidence. C'est un mot, une rime, un rien…Mais, explosif, prompt comme l'éclair et surtout communicatif.


Aujourd'hui, on nous distribue, on nous impose jusqu'à l'obsession, ce que l'on appelle nos divertissements, nos plaisirs. Le lancement d'une chanson est devenu une opération commerciale et le tirage d'un exemplaire est prêt à livrer avant même sa diffusion. C'est ainsi ! C'est pourquoi je reçois tant de courriers de lecteurs du blogue qui m'informent d'une excessive indulgence pour les chansons uniformes et sans esprit. Tout le monde s’accorde à penser que la chanson n’est fille exclusive ni du texte, ni de la musique ; qu’elle est enfant de leur union ; on accordera à Béranger la paternité de l'écriture. Il existe, parait-il, un libraire réputé qui se régale des œuvres de ce chansonnier lorsqu'elles sont présentées dans un maroquin signé de belle provenance. Si ce n'est pas une preuve de son talent, ça !


Pierre-Jean de Béranger (1780 -1857) est un chansonnier français qui fut l'égal de Victor Hugo dans la renommée à son époque. Courant Paris à la recherche d’un « protecteur », il s’adresse en 1804 à Lucien Bonaparte. Il joint à sa lettre quelque cinq cents vers, dont Le Déluge. Bonaparte lui donne procuration pour toucher son traitement de membre de l’Institut. En 1809, il devient attaché comme expéditionnaire aux bureaux de l’Université. Tout en s’acquittant de sa besogne de copiste, il fait de joyeuses et piquantes chansons. Au début des années 1810, il est déjà célèbre. On l’appelle pour présider des banquets et égayer le dessert par ses chansons. Après le retour du roi Louis XVIII, Béranger va exploiter les thèmes du respect de la liberté, de la haine de l’Ancien Régime, de la suprématie cléricale, du souvenir des gloires passées et de l’espoir d’une revanche. Alors que la presse n’est pas libre, il renouvelle la chanson dont il fait une arme politique, un instrument de propagande : Il attaque la Restauration et célèbre les gloires de la République et de l’Empire. Béranger était la voix du peuple ou " l’homme-nation "comme le disait mon confrère Lamartine !

Il y a dans l'œuvre de ce chansonnier du 19eme siècle un peu du duo " Ferrat-Aragon " du siècle suivant… Un beau sujet de philosophie au Bac, vous ne trouvez pas ? Votre dévoué, Philippe Gandillet, qui retourne à son do-mi-si-la-do-ré.


BERANGER (P.-J). Œuvres Complètes De P.-J. De Béranger. H. Fournier Ainé, Paris 1840 - Cet ouvrage contient 315 chansons de Béranger égaillées par 120 illustrations de Granville. Grand in 8. 1 f de faux-titre, 1 frontispice gravé par Wiesener d'après Clerget, 1 f de titre, XX-461 pp. Reliure en 1/2 basane brune, plats en papier coloré, dos lisse à caissons séparés par un filet doré. Pièce de titre en lettres dorées. Frottis sur les plats et coins. Rousseurs intérieures et traces de mouillures claires au début de l'ouvrage qui ne plaident pas en la faveur de l'ouvrage. Néanmoins cahiers très solidaires. Vous serez enchanté par son prix ! 55 € + port

9 commentaires:

Bertrand a dit…

Béranger ne se lit pas, il se déguste, un peu comme une pince de Homard un soir de pleine lune...

B.

Pierre a dit…

Si ce petit coup de pouce peut être bénéfique pour l'industrie du disque... On ne télécharge pas de chansons de Béranger sur des sites gratuits, SVP ! Pierre

Anonyme a dit…

Béranger était célèbre pour ses pamphlets anti-cléricaux et ses violentes attaques contre les prêtres, et les Jésuites surtout. Le savoureux article de Mr Gandillet est à ce sujet ambigu, la faute à une virgule en trop :
" Béranger va exploiter les thèmes du respect de la liberté, de la haine de l’Ancien Régime(ET) de la suprématie cléricale, du souvenir des gloires passées et de l’espoir d’une revanche"
Je marche sur des oeufs en soulignant cette coquille, on a guillotiné pour moins que ça.

Romain C.

Pierre a dit…

Il se regarde mais ne se relit pas, notre chroniqueur du lundi !

Évidemment ce Beranger est à classer dans l'infâme fourgon des anticléricaux qui bâtiront la troisième république et ses lois iniques adoptées en 1905. ;-))

La France cléricale laisse la place à la France républicaine et laïque qui ne sait plus, aujourd'hui, comment gérer les débordements de quelques dangereux prosélytes religieux... Les hoquets de l'histoire, dit-on. Pierre

Bertrand a dit…

Oublions deux minutes le Béranger pamphlétaire, animal anti-monarchiste, chantre de la république révoltée, ouvrons une parenthèse hautement poétique avec ce vers des Poésies érotiques :

"Leste et gai, j'enfile, j'enfile, j'enfile (...)"

et croyez-moi, dans son idée de gredin, ce n'était pas de perles dont il était question...

Vive Léo Taxil !

Hommages anticléricaux mais néanmoins amicaux !
B.

Pierre a dit…

Oublions deux minutes le Béranger potache, chantre de la jupe relevée et ouvrons une parenthèse sous forme de question.

Que reprochait Béranger (et les républicains) aux curés à cette époque ? De faire leur métier de prêtre, d'avoir une Foi qui dépassait son entendement, de posséder de grandes richesses ? Parce que l'indifférence a remplacé la haine, aujourd'hui, j'ai du mal à comprendre sa motivation.

Ce qui ne veut pas dire que les pamphlets de Beranger ne soient pas sans talent, par ailleurs. Pierre

Bertrand a dit…

Ouh la ! Il est tard...

je vous ferai la biographie des motivations de Béranger demain.

J'ai dans ma collection quelques lettres autographes dans lesquels il s'épanche en longueur et en largeur sur son métier de pamphlétaire-chansionnier.

d'ailleurs avis au peuple : j'achère toute lettre autographe de Béranger (à prix non belge...)

B.

calamar a dit…

ah, ces commentateurs qui digressent !
il faudrait pouvoir enlever aussi le "nom" du "commentateur"... le lien est toujours actif !

Pierre a dit…

J'ai trouvé ! Pierre