samedi 6 mars 2010

Jérôme et Jean Tharaud. Édition originale avec envoi et lettre manuscrite.

Personne n'y pense plus aujourd'hui mais, dans le passé, il était possible d'envisager l'achat d'un livre comme un placement d'argent.

Le livre, valeur de placement ? Je ne connais pas un seul libraire qui oserait publier, de nos jours, un article de ce genre sur un blogue. Tout d'abord, tout le monde sait que les livres n'enrichissent que les personnes qui les lisent, que les professionnels qui font ce métier ne le font pas pour de l'argent et qu'il serait indécent de mélanger le profit et la bibliophilie qui ne sont pas miscibles dans le dollar. Mais, bon ! Cette plaquette a été écrite à une période où les gens étaient aveuglés par le bas de laine. 1943 n'est pas une année qui a laissé le souvenir d'une grande stabilité monétaire…


Dans son préambule l'auteur nous indique d'ailleurs qu'un bel ouvrage possède, lui aussi, un sens artistique au même titre que toute pièce digne de figurer dan la collection d'un amateur éclairé. Plus il est rare, plus il est recherché et moins il peut se déprécier. L'argument tient la route. Alors pourquoi beaucoup d'acheteurs, de lecteurs et même de bibliophiles poussent des cris d'orfraie (ou d'Orfrais) quand on insinue que l'on puisse acheter un livre, aussi, parce que l'on espère en tirer un profit ou en escompter un placement judicieux ? L'image d'Epinal du poète est celle d'un miséreux alcoolique. Pourquoi celle du bibliophile devrait être celle d'un acquéreur désintéressé ?


Investir dans les beaux livres anciens peut être une très bonne source de diversification pour son patrimoine. On se rappelle que Dominique de Villepin a vendu aux enchères des livres anciens et notes manuscrites consacrés à Napoléon qu'il avait réunis pendant près de trente ans. Le résultat de la vente a battu toutes les estimations puisque les 335 documents ont rapporté 1,12 million d'euros. Le double de l'estimation initiale. Un almanach dédié à l'impératrice Joséphine, décoré aux armes de Louis Bonaparte s'est, par exemple, vendu 18500 euros soit trois fois plus que l'estimation haute.


D'après une étude sur les livres anciens, qui avait été réalisée en 2005 avec l'aide des services de la Banque Lazard, une édition originale de 1697 reliée en beau vélin du «Discours de la méthode» de Descartes est passée de 6 800 dollars à 290 000 dollars entre 1977 et 2004, soit une appréciation de 4260%. Dans le même temps, l'indice Dow Jones était passé de 831 points à 10783 points, soit une hausse de 1290%. Ce qui serait amusant de faire, aujourd'hui, ce serait de réactualiser cette étude avec les chiffres de 2010 pour savoir si l'affaire est toujours aussi bonne que semblait le laisser croire cette étude (prix de dollar en baisse, indice Dow Jones Idem et valeur d'un même exemplaire de Descartes en vente, demain). A vos calculettes !!

Pour les spécialistes qui ne se trompent jamais, les livres anciens autour de la science (bravo Bernard !) et les œuvres littéraires originales des grands auteurs français, anglais ou allemands vont poursuivre leur appréciation dans les décennies à venir. C'est pourquoi, je vous propose un très bon placement…


Quel que soit l'objectif de l'acheteur, par passion ou par recherche de valorisation, il est quand même recommandé de se renseigner. " Il faut se rendre à des ventes publiques, questionner les commissaires et les experts, étudier les ventes précédentes " vous diront les professionnels. Il est également intéressant de consulter des libraires spécialisés. Ce n'est pas pour me vanter mais, par exemple, tous les livres que j'ai vendus cette année ont pris de la valeur ! Pierre


THARAUD (Jérôme & Jean). Notre cher Péguy. Plon-Nourrit éditeur, Paris. 1926. Edition originale tirée sur papier Alfa. Deux volumes, petit. In-8°, 273 & 255 pp, reliure demi chagrin rouille à coins. Chiffre du propriétaire au coin supérieur du premier plat, dos à 4 nerfs, pièce de titre et auteur en lettres dorées. Couvertures jaunes imprimées conservées. Bel envoi manuscrit des auteurs. Ex-libris charmant. On joint une lettre personnelle de l'auteur au destinataire des ouvrages. 180 € + port

MITTON (F.).- Le Livre valeur de placement. Le Prat, 1943, in 12 broché, 63p, papier légèrement bruni. Vendu

17 commentaires:

Bertrand a dit…

J'aime bien quand nos blogs se répondent en écho Pierre ! On dirait une partition de piano jouée à quatre mains.

Ma position sur le sujet est on ne peut plus simple voire simpliste.

Tant que la bourse aura ses portes ouvertes et que la loi du marché fera sa loi sur le monde, je serai obligé de vendre des (mes) livres pour nourrir ma famille. Je promets solennellement ici que du jour de l'abolition de la loi de marché que j'appelle de mes vœux, je donne mes livres !

En même temps, je sais pas trop pourquoi, mais je crois que je ne prends pas trop de risques...

B.

Pierre a dit…

La gratuité n'enlèverait pas la convoitise.

J'aime assez l'idée que l'on puisse considérer le livre comme un placement à court ou long terme. Cela prouverait que ma reconversion est à la fois passionnelle et rationnelle.

Je ne peux assurer, malgré tout, que ce soit un placement rentable... On peut tomber également dans un manichéisme facile qui ferait dire que l' investisseur gagne systématiquement de l'argent sur le dos d'un bibliophile désintéressé. C'est comme dire que l'on gagne systématiquement de l'argent en bourse. Un peu court ! Et si cette plus-value ne nuisait à personne ? Où serait le mal ? Pierre

Bertrand a dit…

"Et si cette plus-value ne nuisait à personne ?"

Là, il faudrait demander à un mathématicien tel qu'Eric, peut-être une suite logique de la théorie des Ensembles appliquée à la bibliophilie. Intéressant non ?

"La gratuité n'enlèverait pas la convoitise."

Où serait l'intérêt de convoiter quelque chose que tout le monde peut avoir pour rien ?

C'est plutôt à la notion de rareté que cela nous fait revenir.

Car la rareté engendre nécessairement la frustration et l'envie, et ce, il est vrai, même sans la loi du marché.

Bouhhh ! Que c'est compliqué tout ça.
Je crois bien que je vais continuer à vendre sans trop me poser de questions...

B.

Pierre a dit…

Ok. Je fais pareil ! Pierre

Pierre Bouillon a dit…

J'aimerais acheter la plaquette " Le Livre Valeur de Placement " si elle est encore disponible. Elle me permettra peut-être de mieux jauger la valeur de mon vieil exemplaire dédicacé du De Revolutionibus Corporum Coelestium (1543). :)
Écrivez-moi à pierrebouillon1@gmail.com

Pierre a dit…

Merci Pierre pour votre achat.

Et Bravo au Canada pour ses médaillés aux derniers jeux ! Le Canada est donc la plus grande nation sportive de saison hivernale.

Je profite de l'occasion qui m'est donnée pour remercier ceux qui font que ce blogue est un blogue marchand. Nul doute que cette plaquette sera le sésame qui vous conduira à la fortune. En tout cas, pour moi, ça a marché ! Pierre

Jeanmichel a dit…

Bertrand, "convoiter une chose que tout le monde peut avoir pour rien", n'est-ce une définition possible de tomber amoureux ?
Pierre, au fait, comment est-ce que ça crie une orfraie ?
Car il semblerait selon les puristes qu'il existe une confusion et que la seule expression valable soit "des cris d'effraie", confusion créée depuis longtemps par l'Académie qui décrit - à tort - l'orfraie comme un oiseau nocturne.

Pierre a dit…

Tout à fait d'accord Jean-Michel et c'est pourquoi l'orthographe avec un "e" me parait préférable.

Il y a aussi les cris "d'or frais" que poussent les spéculateurs en valeur de placement !

Jeanmichel a dit…

Néanmoins rien de plus terrifiant, comme le disait Raymond Devos, que le cri du percepteur le soir au fond des bois : "Des souuuuus...!"

Anonyme a dit…

Les editions Guy Le Prat ont publié en 1970 ( 2° édition en 1974) sous le même titre "Le livre Valeur de Placement " mais Michel Vaucaire comme auteur complété par "L'autographe Valeur de Placement" par Patrice Hennessy . 174 pages. cartonnage d'éditeur. Il donne beaucoup de connaissances sur le livre en général mais en fin de compte très peu sur la valeur de placement. Il est très prudent sur le sujet.
Patrick C.

Bernard a dit…

Mon plaisir essentiel de bibliophile est la découverte d'un ouvrage recherché ou inconnu mais pas le fait d'avoir fait "une bonne affaire". Par contre,comme tout le monde, je n'aime pas avoir été trompé intentionnellement ou pas lors d'un achat.Les plus-values supposées passent au second plan.

Pierre a dit…

Je suis du même avis que vous, Patrick. On aurait aimé plus de conseils pour faire un bon placement et moins de conseils pour apprécier un ouvrage. La bonne affaire reste, malgré tout, de posséder le livre désiré...

Après un peu plus d'un an de commerce du livre ancien, je peux néanmoins assurer une chose : Le bibliophile est fréquemment, beaucoup plus exigeant que n'importe quel autre client sur le prix d'un ouvrage. Il ne désire d'ailleurs pas discuter de l'ouvrage avec le libraire puisqu'il le connait souvent mieux que ce dernier. Tout le palabre se fait sur la négociation financière. Cela peut d'ailleurs être déprimant car le libraire sait qu'il a quelqu'un d'érudit en face de lui...

Le bibliophile ne fait peut-être pas de bons placements mais il sait faire de bons achats. Et c'est mérité !

Pierre

Anonyme a dit…

Non ! Pierre, j'ai été très heureux à l'époque de trouver cet ouvrage qui m'a apporté un certain nombre de connaissances qui me manquaient dans le domaine du livre. J'aimais les livres pour leur texte et leur beauté intrinsèque mais ne connaissait rien à la bibliophilie. Cela m'a permis de me rendre compte que je m'étais fait embobiner et grugé par un jeune libraire débutant mais au dents déjà très longues qui m'avait vendu très chers quelques beaux livres ( que je trouvais tels) mais qui possédaient des défauts rédhibitoires aux yeux des bibliophiles avertis. Je ne l'ai découvert que plus tard.
Vicaire précise (p.118) : "en bibliophilie...on commence toujours mal....on est sûr de perdre au moins cinquante pour cent sur ses premiers achats....c'est plus tard qu'on achète bien, car l'apprentissage est long et il faut le payer!.
Le libraire en question est moins jeune mais vend toujours très cher en publiant les plus gros et les plus beaux catalogues mais pas toujours les mieux renseignés et persuade toujours ses clients que le "Livre est une valeur de placement"

Patrick. C

Pierre a dit…

Je suis passé par ce même chemin, Patrick. J'appelle cette période, "le chemin initiatique" . Comme j'ai toujours été très raisonnable (4 enfants !), je m'en suis relevé sans mal.

Un achat un peu trop onéreux, bien mis en valeur dans la bibliothèque est comme le fanal qui nous rappelle à la prudence. J'en ai de magnifiques dans ma librairie !

Ce qui me gène, aujourd'hui, c'est que je suis devenu libraire... Je pense être honnête mais je ne suis pas à l'abri de surestimer un ouvrage par amour ou plus souvent par incompétence. J'appelle ceci "défendre" un ouvrage comme on défend un auteur. J'aurai surement dans l'avenir des clients qui se croiront grugés sur un achat. J'aime mieux ne pas trop y penser. J'aurai aussi quelques bibliophiles qui riront sous cape de la bonne affaire que j'ai laissé passé. J'aime mieux ne pas trop y penser, non plus ! Pierre

Bertrand a dit…

et là d'un seul coup, j'ai comme une réticence à cataloguer une Semaine Sainte...

Allez, je vais dire deux Pater et trois Ave et normalement la honte devrait passer.

B.

Pierre a dit…

Bertrand,

Un bon achat, c'est quand les deux parties sont satisfaites ! Il n'empêche que deux Pater et un Avé ne feront de mal ni à l'un, ni à l'autre. Et puis, vous comme moi devons vivre de notre métier, n'est-ce pas ? ( Mettre de l'essence dans notre gros 4/4, entretenir nos maitresses, s'acquitter de nos pensions alimentaires, aller en vacances dans les iles, s'acheter de jolies montres, etc...) Pierre

Bertrand a dit…

L'absolution, même lorsqu'on est un vil parpaillot comme moi, a toujours cela de bon qu'elle soulage même les consciences les plus légères.

Merci.

B.