mercredi 9 décembre 2009

Jean Rostand. Un grand moraliste du 20eme siècle.


Ceci est une première. Votre billet du jour est garanti "sans Wikipédia". La faute en revient à trois de mes enfants présents à la maison pour des raisons variées, ce soir (fâcherie avec la copine, CDI, examen) et qui ont squatté tous les ordinateurs connectés à l'intelligence artificielle du réseau. Il ne me reste plus que mon petit disque dur personnel, façon diencéphale, pour vous présenter le livre de ce jour. J'ai retrouvé un vieux 486 SX2 pourvu de Word dans le placard. Je le branche. C'est parti !

Il y a des gens dont le physique inspire la sympathie, Jean Rostand est de ceux-là. Avec lui, pas besoin d'ouvrir de fenêtres Internet pour se représenter le personnage. Même gamin, je savais qui il était. En fait, j'ai longtemps cru que Jean Richard et Jean Rostand étaient la même personne. Il est des approximations d'enfant qui ne trompent pas : Même pipe au bec, même environnement animalier, même bonhomie. Ils inspiraient le respect, surtout Jean.

On peut dire sans se tromper qu'il a été un des plus grands moralistes du vingtième siècle. L'objectivité de ses remarques, la sincérité de ses aveux et le raccourci de ses maximes m'ont marqué à jamais. On peut le dépeindre en disant : De la rigueur, du style mais sans ornement et du désespoir sans amertume. En comparaison avec lui, La Bruyère s'amuse et La Rochefoucaud égrène ses froides ironies au ras du sol. Seul Pascal réussit à élever l'homme dans l'univers comme Rostand et comprit que l'épouvante était précisément là !


Nourri aux disciplines de la science, Jean Rostand a levé les yeux de son microscope pour observer l'être humain dans ses comportements avec ses semblables et s'observer lui même. Quel défi ! C'était aussi l'époque où je lisais Konrad Lorenz. Vous imaginer bien que les deux bonshommes n'ont pas été sans influence sur l'attrait que j'ai eu pour le monde animal par la suite.

Jean Rostand n'était pas, à proprement parlé, un scientifique arraché à la nomenklatura universitaire, loin s'en faut. Il portait, de plus, un nom lourd du poids des succès et de la renommée artistique de son père. Cela lui a d'ailleurs valu un certain dédain de ses confrères scientifiques qui prirent l'habitude de voir Jean Rostand entretenir ses lecteurs de leurs progrès. Sous la froideur simulée d'un exposé objectif, Jean Rostand nous communiquait les nouvelles des dernières découvertes accomplies par la science dans les perspectives de l'éternelle question : Pourquoi sommes nous sur la terre, pourquoi la vie existe-t-elle ? Je crois qu'à ces questions, seul l'Abbé Moreux avait la réponse mais Rostand ne le savait pas. (Faites-moi penser à vous parler de l'abbé Moreux, un de ces jours !)


Comprenez bien que Rostand était l'exemple même du rationaliste aux antipodes de l'esprit religieux. Il était moraliste sans être moralisant mais, métaphysiquement parlant, les esprits religieux, les croyants sont des optimistes ; les incroyants sont des pessimistes. Ils n'ont pas d'espoir ! Jean Rostand était-il sans espérance ? L'a-t-il perdue ? C'est vraisemblable. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de lire les pensées de Jean Rostand en écoutant du Roberta Flack sur votre radio mais c'est hyper déprimant. Je vous livre quelques pensées prises dans l'ouvrage présenté :

" La science ne fait que donner à l'homme une conscience plus nette de la tragique étrangeté de sa condition, en l'éveillant pour ainsi dire au cauchemar où il se débat "

" L'homme, cet arrière-neveu de limace "

" La science nous enseigne notre néant "

Moi, j'ai toujours pensé que Rostand était un "pince sans rire", un faux pessimiste et qu'il se faisait un malin plaisir de choquer. Peut-être s'est t'il brûlé à la lumière de la vérité scientifique. C'est vrai qu'elle éblouit et déçoit à la fois.

" La biologie est arrivée au point de son évolution où les conséquences de ses découvertes vont atteindre l'homme lui-même ". Quel visionnaire !


Rostand (Jean). Ce que je crois. Grasset 1954. 10€, port compris
Rostand (Jean). La formation de l'être. Hachette, 1930. 10 €
Rostand (Jean). Inquiétudes d'un biologiste, Stock, 1967. 10 €
Rostand (Jean). Pensées d'un biologiste, Stock, 1947. 10 €
Rostand (Jean). L'homme. Gallimard, 1941. 10 €

5 commentaires:

Bertrand a dit…

De manière un peu grolandesque ou mufflinoise, j'ai envie d'écrire :

Jean Rostand : Pan !

B.

Pierre a dit…

Une salve d'honneur ou un tir tendu ?

J'ai du mal à imaginer que l'on ne puisse pas être indifférent. Pierre

Pierre a dit…

que l'on puisse être...

Bertrand a dit…

Pan comme Pouf ou Paf ou Pschitt ! (sourire)

B.

sandrine a dit…

Le dieu pan ,celui de la mythologie: la nature tout entière;
bien à vous;
Sandrine