lundi 7 décembre 2009

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : Discours sur la méthode de Legris.


Quand le hasard me fait tomber sur un collègue au génie étincelant, je l'accueille toujours avec plaisir dans le cénacle des bienfaiteurs de l'humanité auquel j'ai l'insigne honneur d'appartenir depuis que j'ai inventé le moteur perpétuel. Vous l'avais-je dit ?

Qu'importe. Je vais donc vous présenter mon excellent confrère L. Legris qui prendra, une fois n'est pas coutume, la plume après ma petite introduction. Vous pourrez lui poser quelques questions en fin d'exposé mais notre temps sera compté car je dois, ensuite, l'amener au Panthéon pour l'éternité.

L. LEGRIS (Léon ? Ludovic, celui qui est inscrit sur copain d'abord ?) est né à Celle-sous-Chantemerle dans la Marne en 1786 et était ingénieur-géomètre. Deux seuls exemplaires de l'ouvrage qu'il va nous commenter aujourd'hui sont indexés au catalogue général de France et la B.N.F n'a pas pu nous informer sur l'année de son décès ni nous confirmer s'il était toujours mort d'ailleurs… Il est aussi l'auteur d'un ouvrage de génie militaire. Il indique dans cet ouvrage qu'il était auparavant expatrié aux Etats Unis d'Amérique et que c'est l'Ambassadeur de France, lui-même, qui a demandé à ce qu'il soit renvoyé en France pour faire bénéficier son pays natal de ses inventions. A cet effet, il précise qu'il se propose d'offrir au peuple ses brevets.


Ce volume décrit de nombreuses machines à eau, à vent ou actionnées par des animaux ou des humains. L'originalité de ce livre, outre la description des machines, réside dans le fait qu'elles vont modifier complètement notre société. C'est le thème de la communication que va maintenant nous présenter Monsieur L. Legris. Je vous demanderai pendant cet exposé d'éteindre vos téléphones portables pour ne pas perturber l'attention de votre voisin. Chuttt…

" Mesdames, Messieurs,

Comment a-t-on pu ignorer que le plus grand pouvoir qui puisse être sur la terre est la mécanique ; peu employée, elle sert à faire la guerre ; mieux appréciée, elle peut la rendre impossible. (murmures)

C'est donc dans cette science seule que l'homme peut puiser la plus grande somme de bonheur ; car s'il veut boire et manger tout ce qu'il y a de plus exquis, être logé, chauffé, habillé le plus magnifiquement du monde, avoir de nombreux et magnifiques spectacles en tout genres, le temps d'y assister, celui de s'instruire sur toutes sortes de choses, et à bon marché, pour être plus civilisé, il est bien certain qu'il cherchera tout cela en vain ailleurs que dans la mécanique !

Pour détruire tous les préjugés qui veulent que la mécanique enlève le travail des ouvriers, et par conséquence leurs moyens d'existence, je vais démontrer au contraire, que plus il y aura de mécanique, plus les ouvriers auront d'ouvrage, plus ils gagneront d'argent, et moins il leur en faudra pour pouvoir assurer leurs besoins. (Il tourne une page)

Supposons donc qu'au moyen de la mécanique l'agriculture soit rendue une fois plus productive avec moitié moins de travaux de la part des hommes ou avec moitié moins de dépenses ; ses productions pouvant alors se vendre une fois moins cher, rendront la consommation beaucoup plus grande et par conséquent les ouvriers une fois plus riches, en diminuant de moitié la dépense nécessaire à leur existence ; d'où il suit que la plupart d'entre eux passeront inévitablement dans la classe des rentiers, où ils augmenteront l'ouvrage des ouvriers restants en ne travaillant plus, et bien plus encore par la grande consommation qu'ils feront des objets d'utilité factice. (Une main se lève au fond)

- Pardon, Maître, mais ne pourrait-on pas imaginer, alors, une sorte d'impôt négatif prélevé sur la machine qui rétribuerait l'ouvrier qui accepte de ne pas travailler ?

- C'est envisageable. Il faut espérer que bientôt les hommes sauront qu'ils ne doivent pas être employés à aucun travail de corps pénible ; qu'ils ne devraient jamais y avoir de malheureux. Oui, la mécanique appliquée à tout peut aplanir toutes les difficultés ; par elle la culture n'est bientôt plus un travail ; les éléments lui obéissent, l'air, le feu, l'eau et la terre sont ses auxiliaires et vont assurer son bonheur ! (Applaudissements et du fond de la salle un adolescent, du nom de Proudhon, s'exclame…)

- Alors, M'sieur, ce sera "le grand soir" ?

- Oui, mon Bonhomme. " Le Grand Soir " !


Avant de revenir à la librairie de Pierre où m'attendaient quelques clients pressés, j'ai raccompagné mon collègue en voiture jusqu'à sa dernière demeure. Avant de monter les marches, il m'a dit " Je meurs rassuré sur l'avenir de l'homme". Je n'ai pas osé le contrarier. Philippe Gandillet


LEGRIS (L.) La mécanique des gens du monde ou les moteurs rendus plus puissants, plus nombreux, plus économiques, plus utiles et plus faciles à utiliser.... Ouvrage contenant 54 inventions illustrées et commentes. Paris, chez A.J Sanson , 1824. - in-8, 68pp.- 1 planche dépliante en début d'ouvrage contenant 54 dessins. Broché bleu d'attente de l'époque. Édition originale. Trous de vers n'empêchant pas la lecture mais la contrariant quand même. Ouvrage digne d'intérêt. Vendu

8 commentaires:

Bertrand a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Bertrand a dit…

Je ne voyais pas le Grand Soir comme ça, mais après tout, pourquoi pas !

B.

Pierre a dit…

Philippe Gandillet vous appâte avec le "Grand Soir" pour nous vendre "l'Apocalyse"...

Méfiez-vous c'est un malin ! Pierre

Pierre a dit…

Apocalypse, bien sûr .

Bertrand a dit…

Apocalypse est la transcription d’un terme grec (ἀποκάλυψις / apokalupsis) qui lui-même traduit l’hébreu nigla, lequel signifie mise à nu, enlèvement du voile ou révélation.

Le Grand Soir et l'Apocalypse ne sont donc pas si antagonistes que cela.

Cela me fait toujours penser à Jesus lorsqu'il houspille les marchands du Temple.

Que ferait-il aujourd'hui ?

On l'enfermerait pour fou afin qu'il ne sorte jamais plus.

B. (Athée mais mystique)

Pierre a dit…

Jesus était un brave homme mais un peu "soupe au lait" !

Ce trait de caractère l'a desservi et on se demande, en effet, ce que l'on porterait autour du cou s'il avait fini derrière les barreaux...

Pierre

Bertrand a dit…

Pour le savoir, Pierre, rien de plus facile, il vous suffit de voir ou revoir l'excellente comédie musicale des Who. Et vous saurez... non pas ce que les chrétiens porteraient autour du cou s'il avait été en prison mais s'il était devenu "Pinball Star" !!

Ah Culture ! Ou vas-tu te nicher ?

B.

Bertrand a dit…

"Tommy" cela s'entend... il n'y a pas cinquante comédies musicales des who me direz-vous.

B.