samedi 14 novembre 2009

Un bel exemple de callitypographie.


Bon ! Dans un premier temps, rappelons ce qu'est la callitypographie : C'est l'imitation de l'écriture manuscrite dans les imprimés anciens.

La technique parait simpliste à nous qui utilisons nos claviers pour remplacer nos pattes de mouches par une belle présentation italique à l'anglaise. Elle était, par contre, d'une mise en œuvre complexe au début de l'imprimerie car l'écriture cursive qui simule l'écriture à la plume, étant faite de chevauchements et d'irrégularités, elle était incompatible avec une écriture typographique par essence discontinue (caractères mobiles).


J'utiliserai pour vous présenter cet ouvrage un article tiré de la "N.R.L.A" , la nouvelle revue des livres anciens, signé par Rémi Jimenes (alias "Gonzalo" sur les sites bibliophiles, je crois).

L'ouvrage que je vous présente, parmi tous les procédés utilisés pour reproduire l'écriture à la plume, a ceci d'original qu'il utilise le principe de la calligraphie gravée. Si au 15eme siècle la gravure a d'abord été faite sur bois, dès la seconde moitié du 16eme siècle, c'est la gravure en taille douce sur cuivre qui a été utilisée. La plaque de métal tendre, facilement accrochée par le burin permettait au calligraphe d'écrire avec une certaine aisance et avec une belle finesse de trait que n'autorisait pas le bois.


La calligraphie gravée en taille douce nécessite cependant des compétences particulières. Outre le fait qu'il ne travaille pas sur son support habituel, le calligraphe doit écrire dans le sens contraire à la direction ordinaire de l'écriture. Les lignes se gravent de droite à gauche et la main qui tire habituellement la plume doit ici pousser le burin ! Ce spécialiste "callitypographe" sera d'ailleurs également précieux quand il faudra prévoir des légendes sous les gravures des atlas ou dans les cartes géographiques des ouvrages de l'époque.

Mais pour les typographes, cette technique n'est pas la solution idéale parce quelle nécessite des compétences et des matériels particuliers et qu'à cette époque les corporations des "typographes" et des "taille-douciers" étaient concurrentes… Rémi Jimenez, dans son article, précise qu'en dehors de quelques cas, les tentatives pour reproduire l'écriture cursive par la callitypographie ont été décevantes.

L'exemplaire que je vous présente semble être une exception… Pierre


J'en profite pour vous informer que le deuxième numéro de la "N.R.L.A" sera bientôt sous presse. Je le sais car j'ai fait insérer un petit encart publicitaire pour ma librairie en page intérieure de cette excellente publication à l'attention des bibliophiles. L'amour des livres, seul, peut expliquer l'investissement que cette revue doit coûter. Encore bravo aux rédacteurs, aux initiateurs et aux lecteurs qui la font vivre !

JANIN (Jules). L'Amour des Livres. Brie-Comte-Robert, les Bibliolâtres de France, 1937 ; plaquette brochée in-4 étroit de 42 pages et 8 planches h.t, couverture illustrée d'une vignette. Exemplaire commun sur pur chiffon, après les tirages de tête. Première réédition de ce livre très rare initialement tiré à 204 ex. en 1866. Une initiation à la grande bibliophilie par l'anecdote et par l'image. 37 € port compris

7 commentaires:

Jeanmichel a dit…

Il ne faut pas oublier que, longtemps après l'arrivée de l'imprimerie, le "beau livre" continua à être manuscrit, le seul qui eut quelque prestige, et que les livres imprimés étaient souvent retouchés pour leur donner l'aspect du manuscrit.
C'est au moins ce à quoi se raccrochèrent les copistes jusqu'à - commerce oblige - réussir à faire céder François Premier qui, en 1534, publia un édit interdisant la presse à imprimer à Paris, édit qui finalement ne sera pas appliqué.

Bertrand a dit…

A ne pas confondre avec la phallotypographie...

Je vous laisse deviner.

B.

Pierre a dit…

Jean-Michel,

Vous êtes un puits de sciences. Je vais essayer de retrouver ce document. Les copistes avaient, en effet, beaucoup de soucis à se faire car je peux vous assurer en feuilletant cet ouvrage que l'illusion est réussie. Pierre

Pierre a dit…

Bertrand,
Je ne sais ce qu'est la phallotypographie. Une écriture avec des caractères bâtons ?

Lauverjat a dit…

"La luxure est une affection effréné et une pante volontaire..." est-il écrit ci-dessus!

Pierre a dit…

C'est vrai ! J'avais oublié de vous mentionner que l'ouvrage est très moralisateur.

A ce propos, je trouve qu'il y a bien longtemps que Dieu ne nous a pas infligé un châtiment collectif pour cela. Nous ne sommes peut-être pas si mauvais que ça ?

Pierre

Antoine a dit…

J'avais beaucoup aimé l'article de Rémi dans la Nouvelle Revue des Livres Anciens, ravi de savoir que le n°2, dans lequel vous êtes présent Pierre, si j'ai bien compris, va bientôt nous arriver!
A.