lundi 23 novembre 2009

Causerie du lundi de Philippe Gandillet. Contribution à l'estimation du prix d'un livre ancien. Oeuvres de Boileau.




Saperlipopette ! Pierre m'a laissé comme à son habitude les clefs de la librairie en début de semaine, m'a donné le livre à commenter mais il a oublié de m'indiquer le prix auquel il espérait vendre l'ouvrage !

Vous savez que je suis détaché des choses matérielles de ce monde. Vous allez donc m'aider, en l'absence de Pierre, à faire l'estimation de ces œuvres complètes d'un écrivain que je vais vous présenter maintenant mais que vous connaissez sûrement.

Né à Paris le 1er Novembre 1636, Nicolas Boileau ou Boileau-Despréaux s'illustra d'abord dans le genre satirique. A partir de 1669, cependant, il évolua et se mit alors à travailler à la composition d'un art poétique, inspiré d'Horace.

Ces années d'intense production littéraires furent récompensés: En 1677, Boileau reçut avec Racine la (très lucrative) charge honorifique d'historiographe du Roi puis, en 1684 il fut élu à l'Académie Française. Boileau devint également le chef de file des anciens dans la célèbre Querelle des Anciens et des Modernes qui l'opposa à Charles Perrault.

Il défendit âprement les écrivains de l'Antiquité qu'il considérait comme des modèles indépassables. Il publia son art poétique un an après la mort de Molière et à un moment où Racine avait déjà écrit la majorité de ses pièces. Cet ouvrage, le plus célèbre de Boileau, est une excellente description des principales mises en pratique des écrivains classiques. Le génie de Boileau réside, en effet, dans son oeuvre de critique et de théoricien. Justesse, clarté, naturel de l'expression, pureté de la langue et économie des moyens sont les principales valeurs esthétiques de ce classicisme.

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément
Pierre a cet ouvrage qu'il aimerait bien vous vendre
Mais il ne sait, en fait, vers quel prix il doit tendre…


Cela tombe bien. Je viens de trouver la facture d'achat - 90 € réglés par chèque le 07.07.2009 - Pierre a fait un "chopin" ce jour là mais d'autres achats au même endroit me semblent moins judicieux… Un jour, "oui", un jour, "non" dirait Pierre.

A ce propos, pensez-vous que c'est le prix à l'achat ou la qualité que vous reconnaissez à l'ouvrage qui détermine le prix de vente final espéré ? C'est peut-être un détail, mais y a-t-il en ces temps de transparence des coefficients de culbute qu'il ne faut pas dépasser sous peine d'être cloué au pilori de l'indignation bibliophile ? Conséquence, si l'ouvrage a par sa rareté ou sa qualité une valeur que vous supposez élevée, devez-vous vous astreindre, par pudeur, à un bénéfice contingenté ? Corollaire, Si vous estimez que l'ouvrage doit par ses qualités être estimé à un prix très supérieur à celui demandé par le 1er vendeur, considérez vous que la vente doit être annulée pour "dol" (défaut - dans ce cas excès - sur la qualité de la chose vendue) ou la morale sera-t-elle sauve si vous envoyez un chèque supplémentaire au 1er vendeur, l'affaire conclue ?


Mes questions sont un peu naïves, peut-être, mais vos réponses vont aider au repos de l'âme de Pierre dont les scrupules envahissent les nuits sans sommeil... Ils peuvent, par là même, valoriser une profession qui s'interroge et permettre de voir les libraires lutter à armes égales avec les commissaires-priseurs dont le désintéressement financier et l'intégrité morale font écoles.

Je ne suis pas pour la polémique (un peu tout de même si elle reste dans les limites de la courtoisie) mais je serais curieux de connaître le chiffre que vous auriez écrit sur la page de garde de ces livres s'ils vous appartenaient. Ces quatre volumes in 8 sont en pleine peau violine (veau), présentent des motifs dorés d'inspiration romantique sur leurs dos et des filets et motifs dorés sur les marges des contre-plats et les coupes de la couvrure. Les plats sont estampés de jolis motifs en relief et l'ensemble est en parfait état. Les 3 tranches sont dorées et les cahiers présentent des taches de rousseur modérées. Les gravures sont assez nombreuses mais leur nombre est différent selon les volumes. Il y a un joli frontispice représentant l'auteur au tome I. Pour information, il vous en coûterait plus de 250 € chaque volume à relier de cette façon, aujourd'hui.


Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.
Vous obtiendrez ainsi sans l'avoir demandé
Le prix tant espéré si vous l'aviez acheté.

Je fournis à la demande générale une photographie de l'ex-libris qui indique la provenance d'origine. Au 14 février 2011, ils sont proposés 300 € à la boutique


Répondez si vous l'osez. Votre dévoué. Philippe Gandillet


38 commentaires:

Pierre a dit…

Philippe Gandillet,

Ne profitez pas de mon absence pour jeter le discrédit sur ma boutique ! Le prix était marqué à la fin du quatrième volume. Je fais quoi, moi maintenant ?

Gommez le prix et mettez moins cher, s'il vous plait. Pierre

Anonyme a dit…

Mon conseil, somme toute bien neutre et bien banal, j'en conviens, sera le suivant, puisqu'hier soir même je l'envoyais par mail (il est toujours bien qu'un conseil serve deux fois) à une amie qui avait maille à partir avec un Ostrogoth humanoïde comme on en rencontre souvent depuis que les dinosaures ont été remplacés par un roseau pensant...

Conseil : l'humain est si compliqué... qu'il est plus que sage de s'en méfier...

Signé
Groupe Ravachol-Kropotkine

Anonyme a dit…

Merci, Cher Monsieur Groupe R-K, pour votre conseil.

Et votre avis, maintenant. Au vu des photos et de l'ouvrage, je marque quoi ? Philippe Gandillet

Bertrand a dit…

Bien belle série !

Personnellement j'en donnerais bien trois fois la mise, c'est à dire 270 euros.

Cependant, pour pouvoir se prononcer et acheter en connaissance de cause, c'est à dire savoir si le prix d'achat est celui qu'on veut bien mettre, il faudrait en savoir plus sur l'édition, l'illustration et les défauts éventuels, même minimes.

Si l'exemplaire est parfait, s'il s'agit d'un exemplaire sur grand papier vélin de l'édition que je subodore, si la reliure est parfaite (attention à la conception de la perfection, elle varie incroyablement selon les individus), alors un prix pourra être envisagé sereinement, sans le moins du monde se préoccuper du prix de départ qui n'a vraiment, mais alors vraiment aucune importance.

Anecdote : quand j'étais petit je croyais que les grands libraires avaient de cette décence qui fait qu'un livre acheté à Drouot 10.000 euros par un libraire au cigare et bien installé, avec pignon sur boulevard, ne peut guère finir à plus de 12 ou 13.000 euros c'est à dire vendu avec une marge de 20 à 30%, pas plus. Erreur ! J'ai depuis, changé mon fusil d'épaule et bien compris une chose, la moralité ne vient jamais d'en haut. Je sais maintenant qu'un livre acheté à Drouot (ou à un collègue libraire), peut débuter sa vie à 2.500 pour la finir à 10.000, et qu'un livre qui commence ses jours à 10.000 peut (doit) les finir à 25 ou 30.000.

Allez, encore une pour la route (en route pour la joie dirait Bertrand, ..., l'autre), il y a de cela quelques mois, j'ai eu la chance de rentrer pour rien ou presque (500 euros), un livre assez rare sur Madagascar et l'île de la Réunion, beaux livres, bien reliés, XIXe siècle, belle référence en librairie. Livre affiché sur les catalogues d'une grande librairie parisienne spécialisée dans les Voyages et les Atlas 7.500 euros ou une somme assez proche, selon la reliure. Je pensais raisonnable de contacter ce libraire et de demander pour mon exemplaire 2.500 euros (ce qui lui laissait de la marge et me permettait de bien vivre aussi). La réponse a été sans appel (attention, accrochez vos ceintures) :

"Mais cher Monsieur, vous savez, cet ouvrage se trouve facilement, et à Drouot, je ne le paye jamais plus de 1.000 euros"

Ah bon ? bien. La messe est dite. Dans un premier temps j'ai rayé ce contact de mon carnet d'adresses et dans un deuxième temps je me dis qu'il serait en effet, assez bête d'aller acheter plus cher quelque part ce qu'on peut aller acheter moins cher ailleurs lorsque les produits sont identiques.

Je vous rassure, il n'y a rien à conclure de tout ceci.

B.

Anonyme a dit…

Le mieux serait de ne prêter aucune valeur à ces ouvrages. Ils seraient ainsi à l'abri, et du dédain et de la convoitise réunis.

Vision peut-être extrémiste de l'amour des livres, mais qui sait si nous n'avons pas raison finalement ?

Signé
Groupe Ravachol-Kropotkine

Anonyme a dit…

Savez-vous que vos reliures me font penser à une production digne d'un Thouvenin ou d'un Simier ?

Mais elles ne sont pas signées puisque vous ne l'indiquez pas. La réponse est donc sans appel, cela ne vaut rien.

Brice (de Nice)

Anonyme a dit…

Un exlibris imposant de belle provenance recouvre entièrement les quatre contre-plats. Simier indiquant en bas du dos son nom, la reliure n'est pas de lui. Mais, en effet, le travail est de qualité.

+ 20% pour la reliure. Philippe Gandillet

Anonyme a dit…

Je crois discerner quelques frottements qui déparent le tout. Quel dommage !

Brice (de Nice)

Jeanmichel a dit…

Je rajoute l'avis d'un candide, côté acheteur :
S'il est un domaine où l'acheteur sort insatisfait d'avoir effectué une bonne affaire si rien d'autre ne s'y rattache, c'est bien la bibliophilie.
C'est différent vu du côté du vendeur, et se débarrasser d'un malaise qu'il sent poindre en rétrocédant une partie de l'énorme bénéfice qu'il vient de faire au vendeur qu'il estime dès lors floué, c'est nier sa qualité. Il ne peut y avoir de dol pour ce vendeur puisque celui-là est l'essence même de son métier, et que ce qui accompagne l'acte d'achat (la plus-value du bavardage inspiré) n'est pas quantifiable.
Quoi que le vendeur ait à vendre et à quelque prix qu'il le propose, il y aura toujours un client à qui cela conviendra. Le tout est de le débusquer.
De plus, vouloir absolument trouver un juste prix qui soit le plus bas possible inciterait les Chinois à inonder le marché de faux incunables.
Il n'est de bon marché que celui qui se conclut par un sourire de satisfaction, et j'imagine mal Pierre promettre de rembourser la différence si moins cher se trouve ailleurs.

Bertrand a dit…

Je vous invite à suivre en parallèle la discussion sur le nombre de bibliophiles "sérieux" en France et dans le monde qui se déroule sur le non moins sérieux et révolutionnaire (des fois...) Bibliomane moderne que vous pouvez bigler ici :

http://le-bibliomane.blogspot.com/2009/11/nouveau-mini-sondage-combien-estimez.html

et voici ce qu'on y dit notamment :

"Un bibliophile commence à réfléchir lorsque son achat dépasse son salaire mensuel m’a-t-on dit quand je suis entré en librairie, est-ce vrai ?" (Vincent P.)

Participez ! Participez ! Il en restera toujours quelque chose !

B.

Anonyme a dit…

On comprend alors que certains bibliophiles soient "limités", mais les autres alors ?

Ceux qui pourraient mais n'achètent pas ?
Ceux qui regardent passer le train les poches pleines ?
Ceux qui s'amusent à petiter alors qu'ils
pourraient granditer ?

Décidément, je ne comprends pas l'homme !

Brice (de Nice)

Anonyme a dit…

Philippe Gandillet ressortira grandi de tout ceci !

Foi(e) de bibliophile addicté !

Hubert F. T.

Anonyme a dit…

Lorsque l'achat est effectué aux enchères ou à un professionnel, il n'y a pas lieu de se sentir coupable en quoi que ce soit de la plus value réalisée.
En effet, le professionnel fixe sont prix en connaissance de cause et les enchères fixent presque par définition le "prix du marché" (même si nous savons bien qu'un même livre peut, dans deux ventes aux enchères voir sont prix varier du simple au triple).

Eric

Pierre a dit…

Je rentre ce soir et ferais un petit tour à la librairie pour rechercher une signature sous l'ex-libris.

La plus élémentaire dignité autorise, au vu de la reliure qui me semble faite avec précision et gout et de la qualité du texte, qu'on affiche sans honte un prix de 300 € (négociable) pour l'ensemble de ces ouvrages.

Merci pour les conseils.

Pierre Brillard

Anonyme a dit…

Vous finirez heureux Pierre !

Mais pauvre en librairie (sourire)

Brice (de Nice)

Martin a dit…

La qualité du texte???

Pierre a dit…

Martin,

Je veux bien transiger sur le prix des livres mais pas sur la qualité du texte qui n'est pas négociable !

Boileau reste pour moi un modèle dans l'élégance de l'écriture. Mais je dois reconnaitre que je suis un peu démodé aussi...

Pierre

Bertrand a dit…

Ah non ! Ne touchez pas Boileau !

Boileau est un modèle à suivre.

B.

martin a dit…

Oui, mais...
C'est la qualité de l'édition qui compte.
Et après, la qualité de l'exemplaire, non?

Bertrand a dit…

Pas forcément. C'est un tout. Un mélange un peu alchimique de beau et de bon.

A mon humble avis.

B.

martin a dit…

Et "le bon" de cette édition?

Bertrand a dit…

Je n'ai pas dit que c'était le cas ici.

Peut-être. Manque de détails sur l'édition dans la fiche du néo-libraire qui s'est focalisé sur le veau glacé...

B.

martin a dit…

D'accord.

Pierre a dit…

Martin,

Il s'agit de l'édition Lefevre 1821 commentée par Amar. Avec les gravures et le frontispice.

Vous avez néanmoins raison. Le texte ne suffit pas à lui seul et l'édition est importante. Autrement nous conseillerions les livres de poche.

Pierre

Lauverjat a dit…

1 portrait d'après Rigaud par Lignon, 6 planches de Desenne. format in-8 environ 23 cm? Pour les fers je cherche, mais inutile de soulever l'ex-libris à cette époque la signature du relieur est en bas du dos, sauf peut-être une étiquette?
Joli livre, petits accidents, j'aime bien aussi l'édition 1747 in-8 en 5 volumes.
Lauverjat

Lauverjat a dit…

J'oubliais, oui Pierre, "le prix ne me semble pas honteux"

Lauverjat a dit…

Il existe des exemplaires sur grand papier velin avec des figures avant la lettre.

Bertrand a dit…

Je disais justement en off à Pierre que je possédais un exemplaire de cette même édition sur grand papier vélin mais curieusement sans les figures !!! Mais dans une belle demi-reliure maroquin à coins signée de Thouvenin (pas du meilleur Thouvenin je dois le dire),
comme quoi, rien n'est jamais parfait en bibliophilie.

B.

Pierre a dit…

Rassurez-vous, Gilles, je ne souleverai pas l'ex-libris.

Pour une reliure impersonnelle, je suis quand même ébahi du travail du doreur allant jusqu'à mettre des roulettes différentes sur les chants des plats en coin et bordure. Pierre

Bertrand a dit…

A l'époque la valeur du travail manuel et le temps passé devant l'ouvrage voulaient dire quelque chose, mais aujourd'hui nous avons les réunions... une autre notion de l'utilité du temps des hommes.

B.

Lauverjat a dit…

"mais curieusement sans les figures !!!"
Comment Bertrand? un incomplet? les mânes des martyres rémois doivent se retourner dans leurs tombes! Décidement l'exemplaire de Pierre, bien que non signé à du charme.

Lauverjat

Bertrand a dit…

C'est en effet curieux ces gravures qui n'ont jamais été reliées par Thouvenin dans cette édition qui doit les comporter ??? J'avoue que cela m'a laissé perplexe à mon heure.

Mon exemplaire est en plus dans du mauvais Thouvenin (si si ça existe !!), et j'aurais préféré mille fois le même tirage (papier vélin) dans la reliure de Pierre, non signée.

Mais voilà, on fait avec ce qu'on a...

B.

Bertrand a dit…

Pierre pourriez-vous mettre un widget "derniers commentaires" en tête de votre blog !! car si je ne retourne pas voir sans cesse les anciens messages... je ne les vois jamais.

Allez, un petit effort !

B.

calamar a dit…

finalement,ce Boileau a-t-il été vendu ? et avec le sourire ?

Pierre a dit…

Finalement, ce Boileau n'a pas été vendu mais la présentation que j'en avais faite en novembre et les réflexions qui en ont découlé m'ont été très profitables.

Je le vendrai, un jour, c'est certain car à 320 € (c'est le prix que j'ai fixé), je considère que c'est un bel exemplaire.

A quel prix partira-t-il ? Il n'y a que le futur acheteur qui pourra le dire ;-)) Pierre

Bertrand a dit…

Je confirme, pour l'avoir vu et touché, que l'exemplaire est très joli.

B.

calamar a dit…

je relis avec plaisir cette chronique, et les commentaires adhoc. A la relecture, quelque chose me chiffonne : vous n'indiquez l'ex-libris qu'en passant, dans un commentaire, "de belle provenance", sans en mettre de photo. Ce serait pourtant un argument de vente supplémentaire, surtout si vous (ou un commentateur bénévole) retrouviez la dite provenance ?

Pierre a dit…

Voilà qui est fait, calamar. Amusant, d'ailleurs, de constater que mes billets sont perfectibles. La bonne provenance était un argument que j'aurais du mettre en avant, dès le début, lors de la présentation de l'ouvrage.

Je m'améliore... je m'améliore... Pierre