lundi 11 avril 2016

La plume sous le masque : Pensée du 7eme jour…




Nous sommes assez insensés, quand tout va bien, pour croire que nous pouvons impunément nous passer de la conversation de nos amis...

Avant, quand un ami me demandait : « Comment ça va », je répondais généralement « Bien, merci » et j’enchaînais aussitôt par le récit de mes préoccupations du moment. Ce « Bien, merci » ’était une formule de politesse qui me fit ; je le réalise maintenant ; oublier qu’on ne connaît vraiment le prix d’un ami qu’au moment de risquer de le perdre… Je m’en explique : Le fâcheux hasard de la vie a fait que deux très proches confrères (véto) ont eu des problèmes de santé très similaires aux miens à peu d’intervalles ! Et cela m'a bouleversé.

Alors, aujourd’hui, à ce « Comment ça va ? » d’un ami, Je réponds maintenant « Et toi ? ». Bien évidemment, il peut ne pas me répondre mais cette question nous rappelle que l’amitié est un échange qu'il faut privilégier dans les deux sens. C'est vrai que l’on n’a pas toujours sur les lèvres quelque chose d’intéressant à répondre à cette formule ; on ne le trouve pas toujours sur le champ ; quelquefois même, on ne trouve rien du tout à dire ! On a donc imaginé un certain nombre de tournures toutes prêtes et qui viennent à votre secours pour vous sauver de l’ennui de rester bouche close.

Notez qu’avec la situation dans laquelle je me trouve, il me serait dorénavant facile de broder sur le sujet. « Comment ça va ? » : « Et bien vois-tu, je supporte assez bien les traitements médicaux qui sont nécessaires à ma guérison mais j’ai quelques nausées et certaines nuits sont bien plus longues que les jours, bla bla bla… » Je préfère néanmoins dire « Plutôt que de parler de moi, dis-moi comment tu vas, toi ? ».

Hier, je parlais du temps qui passe, des ouvrages que j’avais achetés, des billets que j’avais écrits, des curiosités du moment… Je parlais de moi ! Bien sûr, cette espèce de monologue est fort utile car il permet aux gens de ne pas rester l’un devant l’autre sans rien dire ; il y a des personnes qui sont très heureuses d’avoir ces types de conversations toutes faites prêtes à servir. Ce ne devrait pas être le cas entre amis. Quand tout va bien, leur conversation devrait rouler tout entière sur leurs meilleurs souvenirs mais aussi sur leurs plaisirs et leurs peines. Peut-être, ai-je trop parlé de moi sans écouter les autres ? Étant, par nature très causeur ; certains diront même bavard ; ce « comment ça va ? » m’a permis de me mettre en lumière en occultant tout le prix que j’attachais à mon interlocuteur. Cette logorrhée verbale n’avait qu’un seul but : créer de l’esprit, élever l’âme, stimuler l’intelligence. Elle planait au-dessus des réalités vulgaires de la vie mais oubliait l’essentiel ! L'art de la causerie a eu ses modes et son utilité ; je l’utilise aujourd’hui à bon escient. Cette maxime morale, fruit d’une méditation obligée, est le sujet de mon billet du jour. Les causeurs du XVIIIe siècle condensaient la vérité dans un trait d’esprit ; ils aiguisaient la raison. C’est cette même raison qui me rend aujourd’hui clairvoyant sur l’importance du cœur… Pierre

9 commentaires:

Daniel a dit…

Bonjour Pierre,

Cette question comment ça va ? Me rappelle un mot d'enfant de mon fils qui avait pas mal de fièvre, et avait répondu à cette question "ça va bien ; pas" avec un temps d'attente entre bien et pas une moue très expressive. Ce "ça va bien ; pas" est maintenant rentré dans notre langage familial. En lisant ces derniers jours tes lignes empruntent de ta sage philosophie, et de ton humour légendaire, je me suis souvent dit Pierre "ça va bien, pas"
Merci pour tes conseilles du 5eme jour, tu as totalement raison.

Amicalement
Daniel B.

Patrick a dit…

Ce billet me rappelle cette rencontre entre deux chefs d'orchestre : le premier raconte au second ses concerts , ses enregistrements, ses voyages pour diriger à travers le monde etc ... puis dit excuses moi je ne fais que parler de moi, si on parlait un peu de toi maintenant : Qu'as tu pensé de mon concert d'hier soir ?"

Pour vous donner un petit sourire après une nuit que j'espère pas trop mauvaise.

patrick C.

Pierre a dit…

Cher Daniel, et néanmoins confrère,

Cette pensée du cinquième jour se devait d'interpeller tous les libraires tellement accaparés par leurs passions des livres anciens qu'ils en oublient à la fois leur propre santé et la sécurité matérielle de leurs proches. Je ne dis pas qu'il faille toujours penser au au pire mais un peu de prévention des risques est envisageable sans gâcher notre enthousiasme... Que mon triste exemple serve aux autres ; cela aura au moins servi à ça !

Es-tu passé de la librairie virtuelle à la librairie réelle ? Il y avait beaucoup de choses à terminer dans ce local quand je suis passé te voir. Mais il avait un fort potentiel et la bibliothèques vitrée était très jolie… Tes ouvrages méritaient cet écrin. Dès que « ça va bien, bien », je compte te rendre visite.

Amitié. Pierre

Pierre a dit…

Voyons le bon côté des choses, Patrick.

Je deviens un professionnel du logiciel de reconnaissance vocale et ces petits billets non bibliophiles stimulent mon esprit encore un peu anesthésié. Comme pour la kinésithérapie qui réveille mon bras gauche, la récupération cérébrale par la blogothérapie est plausible sinon certaine…

Amitiés. Pierre

Nadia a dit…

Je suis heureuse de lire juste au dessus que la kiné réveille ton bras gauche. Voilà déjà quelque chose de très positif. Dragon sera bientôt au chomedu !

Pour le contenu de ton billet... je souris un peu. Te souviens-tu de notre dernier déjeuner à Beaucaire ? et notre discussion animée quand tu me disais ne pas questionner du tout ton ami qui avait été opéré, faisant presque "comme si de rien était" ? et moi qui trouvais cela hallucinant que tu ne veuilles pas t'inquiéter plus de ce qu'il pouvait ressentir, des suites du traitement, bref, de tout ce que tu es en train de nous expliquer, que tu vis en ce moment, que nous écoutons attentivement et que, j'espère, nous t'apportons en retour de l'attention et de l'écoute.

Pierre a dit…

Cette sacré pudeur qui nous permet de survivre...

Je ne voulais pas l'ennuyer avec des détails dont je savais qu'il me bouleverseraient, c'est vrai. Mais déjà, J'essayais d'analyser mon comportement face à la maladie. Peut-être parce que je voyais déjà poindre les premiers symptômes de la mienne. Je ne savais pas encore que nous avions la même affection et que nos traitements se ressembleraient à ce point. J'ai donc bien fait de ne pas insister pour en savoir plus, cela m'aurait peut-être dissuadé d'entreprendre mes propres traitements aujourd'hui ;-))

Par contre, je m'inquiétais de lui et essayait d'engager des sujets de conversation tout autres pour faire diversion… Il n'est pas facile de savoir comment on doit réagir face à la souffrance d'un ami. Les réponses sont différentes et varient, à la fois, en fonction de l'interlocuteur et du malade. Ça, maintenant je le sais !

Jean-Paul Fontaine, dit Le Bibliophile Rhemus a dit…

Ah ! que je suis heureux ce matin que tu me dises comment tu vas, toi ! A demain !

Anonyme a dit…

Heureusement, la philosophie nous aide à supporter avec patience les malheurs des autres ...

René

Jean Michel Poulain a dit…

Ah ! Le bougre de Pierre ! Comme il a raison, nom d'une pierre dans la tête !