mercredi 19 octobre 2011

L’Odyssée de Maître Louis par Maurice Cartoux et par Maître Louis Jou, lui-même…

Voici un livre que vous n'aurez jamais chez vous ! Vous êtes bien présomptueux, jeune homme, me direz-vous ;-))

Et vous auriez tort… Cet ouvrage a été tiré à 10 exemplaires. C'est un bel in folio sous étui et chemise qui nous relate un voyage en Italie fait par deux copains (accompagnés, quand même), dans la grande tradition des voyages initiatiques de la Renaissance. Mais ce voyage est culinaire, c'est ce qui en fait son charme !


Pourquoi un livre exceptionnel ? C'est que son concepteur, Maître Louis Jou en personne, en a assuré seul, sur ses presses, dans son atelier, avec ses caractères, la composition, l'illustration et le tirage le jour de Noël 1958. Il faisait évidemment partie de l'équipe de joyeux lurons qui ont participé au voyage, vous vous en doutiez… Le texte est de la plume de Maurice Cartoux. Ce nom ne vous dit sûrement rien. Il faut préciser qu'il a vécu à une époque où on pouvait être à la fois un industriel respecté et un homme cultivé, un rien potache. C'est ce sens de la dérision qui manque aux grands de ce monde, aujourd'hui.

Un détail : Le texte est en alexandrin. En voici un court extrait qui doit vous mettre l'eau à la bouche…

Dès que fut commandé le plat de fettuchines
Le ballet commença. Giclant de la cuisine
Un serveur empressé, le masque fort sérieux
Disposa saintement son plat sur une table ;
Et comme accomplissant un rite religieux
Se mit à travailler sa masse respectable
Juste le temps qu'il faut comme pour fatiguer
Tout le gluant amas de ces nouilles fumantes.


Puis tel Sancho Pança préparant Rossinante
Pour son Maître impatient, par gestes calculés
Façonna bien le tout. Des serveurs se groupèrent,
C'est alors qu'Alfredo d'une allure princière,
Vers le plat s'avançant, le fixa, l'œil ravi ;


L'orchestre s'arrêtant le silence se fit.
Les dîneurs empêtrés dans l'assiette de nouilles,
Que sans entraînement leurs fourchettes farfouillent,
Cessèrent de manger. Le calme était total.
Mais lui très souriant d'un geste monacal
Fourchette en une main, et la cuillère dans l'autre
Comme en officiant marmottant patenôtres,
Paru bénir le tout et sur le plat fumant
Ses mains semblant flâner, c'est très dévotement
Qu'il les frôla d'abord puis caressant du geste,
Se servant de ce plat comme d'un palimpseste,
Inscrivit de nouveau de son art les desseins ;


Les bras très arrondis, onctueux par ses mains
Les spaghettis frisaient, se tordaient en figures,
Et sur l'éclat doré de cette chevelure,
Le Maître se penchent, orgueilleux et ravi,
Balançait tout son corps qui paraissait grandi…


L'ouvrage est remarquablement illustré par Louis Jou, comme vous pouvez le constater sur les clichés. Un autre exemplaire a été présenté quelquefois lors d'expositions. J'ai quelques catalogues édités par Louis Jou, si cela vous intéresse. Passez à la boutique ;-)) Pierre


CARTOUX (Maurice). L’Odyssée de Maître Louis. Les Baux : [Chez l’artiste], 1958 - In-folio (290 × 430) - [14], 76 p., [3]. Tirage à 10 exemplaires sur montgolfier. Couverture à large encadrement noir (monogramme LJ en tête, monogramme MC en pied), titre en rouge : L'odyssée de Maître Louis, monogramme LJ en noir. Sur le deuxième plat, vignette noire (80 × 110). Deux feuillets blancs. Une page : Exemplaire № (c'est un secret) surmonté d’un dessin ; verso blanc. – Faux titre avec autoportrait (100 × 135) - Page de titre : Entre un bandeau et un cul-de-lampe noirs, titre rouge ; verso blanc. — Une page : Épigraphe ; verso blanc. - Préface (1 p.) encadrée. Pas à vendre. Pas à moi. Je me demande quelle estimation de départ j'en ferais si j'étais expert dans une salle des ventes…

8 commentaires:

calamar a dit…

comment ça que 10 exemplaires ? à mais ça ne va pas du tout !
il faudra dire à ce Môssieu Jou qu'il serait bien inspiré de s'inspirer (justement) de Cyral, Mornay et autres Piazza, ou même de Crès, qu'il a pourtant bien connu, et dont il s'est empressé d'oublier les leçons.

Pierre a dit…

En fait, cette édition est un gage d'amitié. Les dix exemplaires sont dédicacés aux membres d'une toute petite famille d'initiés. Je ne crois pas, d'ailleurs, qu'un seul soit sorti de la famille et c'est encore par amitié qu'on me l'a prêté pour le lire et le faire découvrir.

Il fera très bien dans la future exposition des œuvres de Louis Jou que je vais tenter de mettre en place l'année prochaine.

Pourvu que les cours ne flambent pas trop à cause de moi ;-)) Pierre

Anonyme a dit…

Etonnant ce jou, maitriser la chaine graphique n'est pas donné au premier venu. Merci de nous le faire découvrir !

Textor

Bertrand a dit…

A-t-on le droit de dire qu'on n'aime pas ? (sourire)

B.

Anonyme a dit…

Ce livre est incomparable, il n'a donc aucune valeur. :-)
Contrairement à ce qui est annoncé avec humilité dans la préface les vers possèdent leur orthodoxie, du moins si on se fie au seul extrait cité dans la présentation, puisqu'ils usent de l'enjambement avec rejet, procédé traduisant la précipitation et l'impatience.
Ah ! Ce "d" dans le "o" de "odyssée" !...

Jean-Michel

Pierre a dit…

On a évidemment le droit de ne pas être sensible au style de Louis Jou, Bertrand, d'autant que son œuvre de typographe, d'illustrateur, d'imprimeur et d'éditeur étant très cohérente, il ne permet pas d'échappatoire !

Comme disait ma grand-mère qui avait du bon sens "Les goûts et les couleurs,ça ne discute pas !" Pierre

Pierre a dit…

Livre incomparable, Jean-Michel ! Il me rappelle, toutes choses égales par ailleurs, une facétie d'étudiants potaches comme nous avons pu en composer par le passé (lointain).

Je ne me rappelle plus qui a été notre éditeur ;-)) Pierre

Bertrand a dit…

Oui Pierre, ma grand-mère disait ça aussi ! (sourire). C'est amusant car pourtant j'aime beaucoup la technique de la gravure sur bois et la belle typographie, mais je ne sais pas pourquoi, avec Louis Jou je fais un blocage (sourire).

Je file voir mon psychanalyste...

B.