lundi 17 octobre 2011

Causerie du lundi de Philippe Gandillet : Quelques lettres d'amour…

Il y a des moments où une fidèle épouse, la plus désintéressée soit-elle, désire lire d'autres livres que Paul et Virginie ; où elle veut voir autre chose au théâtre que Polyeucte et Britannicus ; des jours enfin, où elle n'est pas fâchée, quand elle va se promener dans les rues de la capitale, de jeter un coup d'œil indiscret aux tables des grands cafés de Paris où de jeunes quinquagénaires aux tempes grisonnantes usent de tous les moyens légaux mis à leur disposition pour séduire leurs accortes assistantes à l'occasion d'un déjeuner de travail…

Faut-il sérieusement en faire un crime ? Non, certes. Comment les femmes "comme il faut" sauraient-elles qu'elles existent, si elles ne voyaient pas défiler sous leurs yeux l'escadron léger des femmes "comme il en faut" ? Comment la beauté morale brillerait-elle de tout son éclat, si la laideur - toute relative - du vice ne lui servait de repoussoir ?

On peine cependant à démontrer que tant d'hommes pourraient tromper si aisément leurs épouses puisque, selon les statistiques, on n'a jamais trouvé une seule femme qui ait pensé à faire de même avec son mari.


Voilà la réflexion tapée du bon sens qui m'est venue, ce matin, en feuilletant les quatre petits ouvrages que Pierre m'avait mis de côté pour que j'en fasse une présentation flatteuse. Qui voudrait, en effet, lui acheter ces petites odes à l'amour charnel ? Une épouse aimante prompte à en dénoncer la teneur mais curieuse d'en connaître le contenu ? Des bibliophiles attirés par des éditions à tirage limité ? Je ne vois que ça…


Le premier texte contient un choix de maximes consolantes sur l'amour de Charles Baudelaire. Cette petite édition, imprimée à 275 exemplaires pour Jacques Haumont est introuvable, bien sûr. Il s'agit surtout pour l'auteur, en 19 pages, de préciser sa vision de l'attirance entre deux êtres : "Je n'aurais pas fini de sitôt, si je voulais énumérer tous les beaux et bons côtés de ce qu'on appelle vice et laideur morale" (sic). 20 € + port


Le deuxième ouvrage Zoloé, publié en 1800, est un roman à clé. Sabar serait Barras, d'Orsec Bonaparte, et Zoloé la Beauharnais. Il faut mentionner que cette perfide publication porte la signature de Donatien de Sade, et qu'elle serait à l'origine de la dernière arrestation du sulfureux Marquis… Là encore un tirage limité chez Pauvert, évidemment ! 20 € + port


C'est cependant la lecture du troisième livre qui va enflammer l'imagination des femmes comme il faut ! Les lettres d'une religieuse portugaise de Marianna Alcoforado sont des déclarations d'amour passionnées pour le Comte de Chantilly qui se distingua dans les guerres de Hollande et du Portugal. Jusqu'à la rien de bien méchant, me direz-vous, mais je me dois de vous préciser que Marianna était une sœur cloîtrée (mais pas trop) et le Comte, un mari fidèle (mais pas trop)… En 1668 fut signée la paix d'Aix-la-Chapelle et le jeune Maréchal de France promit de revenir bientôt (sic)… J'entends déjà les commentaires, Elle au printemps, lui en hiver. Édition numérotée, cela va sans dire, de chez Hazan sur vélin royal de Vidalon (1933). 35 € + port


J'en terminerai par une lettre grivoise de Théophile Gautier qui nous retrace quelques unes de ses frasques lors d'un voyage en Italie, en langue "grasse et colorée". L'ouvrage est collationné sur l'édition originale de 1890 et a été réédité pour un groupe d'amateurs éclairés aux alentours des années 1960. Vous pourrez éventuellement soustraire l'exemplaire, proposé à 32 € + port, aux yeux des âmes pures mais curieuses en le laissant traîner sur votre bureau.


L'amour est un mystère coincé entre la pudeur et la malice. Est-ce que la vérité est si laide, si effrayante, si triste que l'illusion, l'erreur vaillent encore mieux ? J'ai peine à le croire. La société est-elle un pacte de tromperie réciproque, un échange convenu de fausse monnaie, un coupe-gorge et un ornement flatteur décoré de politesse et embelli de faux-semblants ? Je vous laisse à ces interrogations, chers lecteurs et chères lectrices, et vous prie de croire que, sans vous apporter de réponses salutaires, je reste néanmoins votre humble et dévoué serviteur. Philippe Gandillet.

9 commentaires:

Nadia a dit…

Serais-je la seule à me sentir frileuse à commenter sur l'amour ? il n'y a pas foule ici, ce soir...

Bertrand a dit…

l'amour ça ne se commente pas ! ça se vit ! (sourire)

B.

Anonyme a dit…

L'endroit est en effet désert. Mais prêcher dans le désert ne préjuge en rien de l’échec ou de la réussite de l'entreprise... Ph Gandillet

Pierre a dit…

Bertrand a raison. L'amour est muet. Il est même parfois aveugle ;-)) Pierre

Pierre a dit…

Je dirais même mieux. C'est un sujet consensuel ! Pierre

(je sais...)

pascalmarty a dit…

Le difficile de la chose est surtout qu'il ne s'agit pas tant de « commenter sur l'amour » comme l'écrit Nadia, mais de commenter éventuellement la vision qu'en affiche Philippe Gandillet, vision dont l'obsolescence aurait sans doute fait sourire même au dix-neuvième siècle. Les résultats auraient risqué d'être embarrassants pour notre ami Pierre, qui persiste fidèlement à confier sa plume et sa boutique à cet étonnant personnage. Comme quoi le mystère des simples affinités peut se révéler parfois aussi troublant que ceux de l'amour. (À moins qu'il n'y ait là-dessous quelque sombre histoire de chantage dont nous ne saurons jamais rien.)

Pierre a dit…

Très fine analyse de Pascal qui a mis à jour un des caractères particuliers au style de Ph Gandillet : L'obsolescence.

On peine à trouver une utilité, un sens à ce vieillissement du style et de la pensée sauf à subodorer qu'il ne soit programmé. Un côté "vintage" peut-être ...Pierre

pascalmarty a dit…

Personne ne doute qu'une caractéristique si flagrante ne soit volontaire. Je voulais juste attirer l'attention de l' (des) auteur(s) sur la difficulté qu'il y a du coup à trouver l'approche à adopter pour lui (leur) répondre.
;-)

Pierre a dit…

Je n'ai aucun doute sur la capacité que vous auriez à le brocarder de façon élégante ;-)) Pierre