lundi 7 juin 2010

Causerie du lundi de Philippe Gandillet, Fils : La Philosophie, ou la non connaissance.




En ce lundi, j'ai réussi à subtiliser l'ordinateur de votre chroniqueur habituel en lui collant dans les mains un ouvrage de Bergson… Malgré son habitude des syntaxes dérangeantes, des grammaires tordues, et des métaphores filées (et défilées), chaque phrase et chaque mot de cet ouvrage lui présente un mur qu'il doit sauter, tout simplement parce que le fond lui échappe… Et comme cela lui prend du temps, j'en profite assez lâchement !

N'avez-vous donc pas remarqué que Philippe Gandillet ne traite jamais de philosophie ? Tous les ouvrages présentés d'ordinaire manquent assez, à mon goût, de sens, de sensibilité, de matières à penser. Or, à l'instar de ce grand personnage, je me dois de défendre la seule culture qui se suffit à elle-même, qui permet de pallier le manque d'ouvrages en main à étudier, qui a fait naître la plupart des grandes vérités ; c'est encore la preuve la plus flagrante de l'existence de l'humanité… Je ne parle pas là de "Qu'est ce que l'Homme?", mais tout simplement de ce procédé de réflexion, la question, la recherche, et la tentative du développement moral…

Bien évidemment, il y a tout un contexte à pratiquer la philosophie, et notre fugace immortel n'a malheureusement pas, ou trop peu, d'occasion : C'est bien connu, les minutes "toilette", les soirées bien arrosées sont les lieux privilégiés de ces gymnastiques créatrices mais Philippe Gandillet ne porte aucun intérêt à ces situations, pourtant si simples et appréciables.

Je n'ai aucun doute concernant les capacités humaines ; chaque personne qui pense est capable de philosopher sur tout et n'importe quoi ; mais il semble assez évident que, quitte à philosopher, autant philosopher pratique, utile, et précis ("Ce qui a le plus manqué à la philosophie, c'est la précision" dit Henri Bergson…).


N'attaquez donc pas Platon trop vite, et commencez simplement par Plotin, dont la philosophie (enfantine) vous inculque les bases de la pensée occidentale (y compris la base de la philosophie platonicienne) et biblique… Quintilien vous permettrait de posséder le style oratoire, force non négligeable pour structurer la pensée, pour exprimer au mieux vos trouvailles, et l'étude de son œuvre par Jean Cousin vous rendrait capable de déconstruire l'éloquence superflue et abusive de politiques ou de grands manitou malveillants pour mieux voir leurs buts. Oppenheimer incarne, quant à lui, un personnage tragique, dans un certain sens, s'entend ; ayant participé à la création de la bombe atomique, il cherche à rattraper son action en écrivant des traités sur l'utilisation de la bombe. Ses réflexions sont exprimées sous forme de discours, où il mélange philosophie, morale, science, et quelques notions de religion… dans la pure tradition Américaine, aurais-je tendance à penser.

Alain "a écrit sur tout"; il traite de nombreux sujets, trop nombreux pour en parler ici, mais sa force reste, à mon sens toujours, de faire des liens sur tout, de rester à portée de tous les thèmes possibles. Cependant, si vous voulez un cour accéléré sur la philosophie en général, Albert Jacquard ("cet homme n'est pas n'importe qui" a admis Philippe Gandillet) vulgarise efficacement les thèmes philosophiques, histoire de ne pas paraître ignorant dès qu'un effort de pensée est faite par l'un de vos congénères.


Oh ! Bien sûr, nombre de personnes sont convaincues que la philosophie n'est qu'une illusion, de la poudre aux yeux. Cependant, l'effort est là, et, si le maquillage n'est là que pour déguiser la réalité, n'oublions pas que, grâce à ses artifices, celle-ci est plus facilement supportable et "belle" (simplifions le langage), ô combien plus aisée à accepter (puisque plus explicable et explicite).

Grands dieux ! Philippe Gandillet vient juste d'atteindre le bas de la première page de "La Pensée et le Mouvant". L'apocalypse est là…. Pour conclure, je vous recommanderais de ne pas vous empêcher de réfléchir (oui, stupidité inutile qu'il faut dire), et ceci quelque soit la philosophie que vous prônez… Personnellement, c'est l'Hédonisme qui me va le mieux ! A bon entendeur, bonne journée !

Dans la famille Gandillet… Le fils.


PLOTIN (Plotinus). Enneades. 6 volumes en 7 tomes. Edité par Emile Brehier. (Collection des Universités de France) Paris. Société d'édition des belles lettres, 1954. Texte en français et en grec. Bel état. 90 € + port

COUSIN (Jean). Etudes Sur QUINTILIEN. Tome 1 – 872 pp ! Index et errata (Le tome 2 absent, ici) est beaucoup plus modeste dans sa pagination. Contribution a La Recherche Des Sources De L'institution Oratoire. Paris, Boivin éditeur. 1936. Grand in 8. Bel état, non coupé. Texte assez rare à trouver dans son édition originale. 100 €+ port

OPPENHEIMER (J. Robert) La science et le bon sens - traduit de l'anglais par Albert Colnat Gallimard, 1955. Très Bon broché In-8, 195 pages Contents, Chapitres : Newton, le rayon de lumière - La science comme action, monde de Rutherford - Une cience en évolution - L'atome et vide au troisième millénaire - Insuffisance du bon sens - Les sciences et la société - Appendice, extraits traduits : Sir Isaac Newton - Thomas Sprat - Thomas Jefferson - Thomas Hobbes - - Inscription sur le bouton du clocher de l'église Sainte-Marguerite à Gotha - Alexis de Tocqueville 10 € + port

OPPENHEIMER J. Robert L' esprit liberal. Composé de huit conférences faites par l'auteur, le livre traite de deux sujets : Les armes atomiques et les relations entre la science et la culture. Paris, Gallimard, 1957. In-8, broche, 228 pages. 10 € + port

ALAIN. Propos sur le bonheur. Gallimard, 1962. In 8, 279pp. Un incontournable. 10 € + port

JACQUARD (Albert). Petite philosophie à l'usage des non-philosophes. Paris, Calmann-Levy. 1997. 10 € + port

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Avez-vous remarqué comme on se sent bête quand des gens parlent philosophie à côté de vous ? Seul, Iles Antila pourrait répondre à ça... Philippe Gandillet

Bertrand a dit…

Essayez de parler bibliophilie à un philosophe et vous verrez combien parfois (souvent), il se sent bête, alors...

PS : Je rassure les autres corporations, cela marche aussi avec les hommes politiques, les ménagères de moins de 50 ans et les explorateurs.

B.

Pierre a dit…

Voilà qui est rassurant !

Il n'empêche. Y a t'il un philosophe dans la salle ? Questions :

Pourquoi les philosophes ne sont jamais concis dans leurs propos ? Pourquoi utilisent-ils des références qui n'appartiennent qu'à eux et pourquoi la philosophie est-elle si éloignée du bon sens ? 1000 pages en format in 4 pour le tome I sur Quintilien, cela m'inquiète. Pierre

Pierre a dit…

Et puis enfantine quand il s'agit de définir la philosophie de Plotin... Imaginez que quelqu'un m'achète ces ouvrages ! Que se passerait-il s'il trouvait la terme erroné ? Il se vengerait ;-)) Pierre

Bertrand a dit…

En même temps, Plotin comme nom de philosophe... moi j'y vois autre chose... (mais le printemps n'est pas achevé c'est vrai...)

B.

Anonyme a dit…

La philosophie fait usage d'un vocabulaire ésotérique : peut-on le lui reprocher ? A priori je répondrais oui, mais en ai-je le droit ?
Si le Physicien énonce que 2 phénomènes périodiques - sous-entendu de même fréquence - sont en phase, sera-t-il compris par le Philosophe ? Et pourtant comment le Physicien pourrait-il s'exprimer de manière plus simple ?
Comme le dit Bertrand, le Philosophe est sans doute ignare aussi en ce qui concerne la bibliophilie.

René de BlC

Pierre a dit…

Belle démonstration, René, avec cette utilisation de termes scientifiques qui me sont plus familiers. Il en va de même pour le droit ou la médecine...

Je réalise que la philosophie, même si elle est adossée au français pendant nos études, est une matière à part avec son jargon propre, c'est tout ; qu'elle s'adresse à des initiés et que pour ces raisons elle est souvent associée à l'ésotérisme !

Il n'est pas inutile de réfléchir dès le matin ;-)) Pierre

Anonyme a dit…

Un bel exemple : lire la définition du terme Phénoménologie dans Wikipedia. Une boîte d'aspirines à portée de la main !

René