dimanche 10 novembre 2013

Salons de livres anciens : chronique d'une mort annoncée...


Je dois reconnaître que le billet du  " Bibliophile D'Evian " paru sur le blog du bibliophile, la semaine dernière, ne m'a pas laissé indifférent. Annoncer la mort programmée d'un grand salon du livre ancien à Champerret, c'est envisager avec lucidité la disparition du petit que j'organise à Tarascon… Pourquoi, me direz-vous ? Car les augures présentés pour l'un sont valables pour l'autre.

Le salon de Tarascon, tel qu'il devrait être...
Un ami m'écrivait d'ailleurs : Je viens de lire avec tristesse le dernier article du Blog de H sur le Salon de Champerret. […] Les raisons de cette mort annoncée sont certainement multiples mais je pense que le manque de dynamisme des libraires y est pour beaucoup. La seule motivation, certes légitime, est le chiffre d'affaire, mais il ne peut venir qu'après les clients et pour avoir des clients, il faut les attirer. La publicité n'atteint généralement que ceux qui sont déjà conquis. Ce qu'il faut, c'est susciter de nouveaux acheteurs et je suis persuadé qu'il y en a {….]. Je ne suis pas commerçant et n'ai probablement pas la bosse du commerce mais c'est au vendeur à savoir s'y prendre ; il est beaucoup plus facile d'acheter que de vendre.

Cimetière pour livres
Un autre surenchérissait : Vous avez parfaitement raison, et c'est ce que j'écrivais ce matin à la librairie *** ce matin.  Il faut reconnaître que collectivement nous sommes nuls pour vendre des livres anciens ! Le goût pour l'histoire et le patrimoine n'a jamais été aussi fort en France. Émissions et livres sur l'histoire font toujours des scores importants. Idem dans le monde, la France est une "marque" qui se vend bien. Et, comme vous, je suis souvent confronté à l'étonnement quand je dis que je vends des livres qui ont plusieurs siècles. Ce n'est pas que le public n'a plus le goût pour le livre ancien c'est surtout qu'ils ne savent même pas qu'ils peuvent en acheter! La raison : un marché qui s'est endormi sur ses acquis, qui comme le décrit bien l'article du blog d'Hugues s'est habitué à fonctionner en milieu fermé. Est-ce un système qui a beaucoup d'avenir ? Il est sain que les bibliophiles nous aiguillonnent, à nous de réfléchir pour proposer des solutions...


Un autre encore ajoutait : Internet c'est très bien surtout quand les genoux commencent à se gripper, Ok pour le virtuel mais rien ne vaut le contact physique ! Internet est un merveilleux outil, c'est certain, mais c'est aussi une mode qui passera quand elle aura été remplacée par autre chose. On assiste à un désintérêt pour la TV, ma petite fille ne la regarde pour ainsi dire jamais…


C'est quand même Léo, de Bibliomab, qui a porté l'estocade avec quelques clichés qui collent aux libraires d'ouvrages anciens, sans qu'ils soient d'ailleurs justifiés ; ne nous plaignons pas, les syndicalistes, les gendarmes et les blondes ne sont guère mieux lotis : Le jeune amateur de livres anciens a du mal à entrer dans une librairie d'ancien habituelle .
- décor impressionnant très ancien régime (à dépoussiérer peut-être ... mais pas trop. Un peu de décorum ne nuit pas)
- horaires réduits (à comparer aux 35 heures, quand même)
- prix impressionnants  (on le croit mais ce n'est pas toujours vrai)
Après, j'ai l'impression que dans la bibliophilie, il faut être accepté, on ne rentre pas dans le cercle fermé de suite...

Plus intimidant qu'une bibliothèque ?
C'est Daniel qui m'a semblé le plus coller à la réalité du jour : La réalité est dans les chiffres de visites. J'ai fait du marché hebdomadaire, quelques salons et marchés régionaux, je reçois avec plaisir mes clients sur rendez vous et de manière assez cordiale, j'espère. Mais sur internet, vous mettez un bon livre en vente sur un site hébergeur bien référencé et en une semaine vous avez entre 400 et 800 visiteurs différents sur l'annonce de ce livre et au bout de la semaine le livre est vendu (pas toujours quand même). Internet permet avec une moindre énergie, la découverte d'une nouvelle clientèle, et vice versa permet à la clientèle de découvrir des nouveaux libraires. Si le libraire fait simplement son travail de manière fiable, honnête et correcte, cette clientèle est assez fidèle sur le net, et peu basculer ensuite vers la librairie physique en venant parfois de loin vous rencontrer, échanger et bien sur acheter en avant première des livres qui ne sortiront jamais sur le net !

Actualiser les textes anciens...
Ces quelques opinions traduisent la grande diversité des situations du commerce du livre ancien. Nous sommes des professionnels vieillissants avec une clientèle vieillissante, c'est évident. Mais cela l'a toujours été, contrairement aux amateurs du 100 mètres plats qui sont plutôt jeunes et athlétiques… Dans le magazine du Bibliophile, un confrère nous indiquait que, dans sa ville, la moitié de ses concurrents étaient d'ailleurs, eux aussi, des retraités !

Les petits rats du Grand Palais...
J'avoue, de mon côté, que si je n'avais pas fait une carrière professionnelle précédemment, je ne serais sans doute pas libraire, aujourd'hui. C'est tout le problème de la bibliophilie, domaine qui nécessite de l'expérience et aussi un peu de liquidités ! Je crois que les salons répondaient à une attente lorsque les moyens d'échanges sur la toile (sites ou SVV) n'existaient pas. Ils disparaîtront, je le crains, ou ne seront plus que de belles vitrines comme celle du Grand Palais à Paris. La seule raison de leur survie reste liée au plaisir qu'ont les libraires et les bibliophiles à se réunir entre eux, de temps en temps, pour parler livres… Pierre

10 commentaires:

Anonyme a dit…

Oserai-je...?

Avec le temps on préfère nos livres à nos clients.
Il n'est pas impossible que ces derniers en aient pris ombrage...

MichelP

Hugues a dit…

Bonne remarque de Michel, je trouve.
Je reste surpris du mépris souvent affiché par certains libraires pour les bibliophiles.
On sent, et c'est paradoxal, que ces libraires préféreraient n'avoir affaire qu'à de simples clients... alors que le bibliophile est exigeant, connaisseur, difficile, etc.
Enfin, il reste encore très fréquent que les prix ne soient pas affichés dans les librairies.... Ce qui ne rassure pas le débutant.
Hugues

Pierre a dit…

J'apprécie la remarque faussement désinvolte de Michel. Quelle élégance... Il ne faut cependant pas y voir du mépris mais de la légitime défense.

Parfois, quand le bibliophile se croit exigeant, il peut être blessant, quand il se croit connaisseur, il n'est que spécialiste et quand il s'avoue difficile, il se peut qu'il le soit vraiment ;-))

En contrepartie, cette joute entre bibliophiles et libraires n'est pas désagréable du tout. Aimeraient-ils un supermarché du livre ancien où les produits seraient simplement étiquetés ? Pierre

Hugues a dit…

Ne pas afficher un prix, c'est perdre toute chance d'ouvrir un débat, un échange.
C'est absolument nécessaire pour venir aux livres de nouveaux amateurs.
Personnellement: pas de prix sur le livre, je sors de la librairie.
:)
Hugues

Anonyme a dit…

Pierre, en effet nul mépris mais une certaine lassitude pour les raisons que tu donnes. Plus quelques autres dont l'essentielle étant qu'il faut tenir compte de l'exigence triviale du commerce et que ce n'est pas toujours compatible avec une image romantique du métier.

Le souci est que les "clients" qui ont cette vision du libraire ne sont pas des acheteurs, je l’ai souvent constaté. Pourtant nous aurions tord de ne pas rester sincère dans ce cadre d’image d'Epinal.


Le présent est si préoccupant que l’attention au passé, s’il n’est pas « ludique » ou "participatif", ne retiens guère l’intérêt.


Michelp

Anonyme a dit…

Je rejoins le constat posé par Hugues : pas de prix, je tourne les talons.
Pourquoi ? Me croirez-vous si je vous raconte qu'il y a 4 ou 5 ans dans une grande maison de la place parisienne (que je fréquentAIS régulièrement et où je faisAIS des achats réguliers -à hauteur de mes moyens), j'ai osé demander le prix d'un ouvrage dont je me doutais bien qu'il serait inabordable pour ma bourse de petit universitaire mais on peut rêver... Réponse du maître des lieux -jamais très sympathique au demeurant : "Professeur, je pense que ce n'est pas dans vos prix habituels". Elégant ! J'ai posé l'ouvrage, j'ai dit au revoir très poliment et je n'ai jamais remis les pieds dans cette échoppe... j'ai été me consoler juste en face chez un libraire bien moins select mais ô combien plus sympathique !
Xavier

Anonyme a dit…

Pierre ! des légendes sous les photos SVP.
Bien cordialement

Patrick C.

Anonyme a dit…

En réponse à Xavier.
Manque de psychologie et aussi simplement manque de jugeote de ce libraire parisien : le livre n'était peut-être pas dans les prix habituels du client, cependant le dit client peut avoir des raisons que le libraire ignore et être prêt à faire une petite folie ... qu'il n'osera pas avouer à son épouse.
Le prix est un critère capital sauf pour qui dispose d'un budget illimité et il doit être visible, même s'il est un peu dissimulé. Il m'est arrivé plusieurs fois d'ouvrir un livre que je croyais bien au-delà de "mes prix habituels", d'être agréablement surpris et de l'acheter.
Bien d'accord qu'Internet permet de toucher beaucoup de clients potentiels, et j'en suis : il faut pêcher là où ça mord. Je reste néanmoins un inconditionnel de la librairie où tous les sens sont en alerte, outre la vue, le toucher, l'ouïe quand le libraire sait bien faire mousser sa marchandise, même l'odeur (du book) ; sur Internet on voit une photo (quand il y en a une), rien de plus trompeur qu'une photo même non retouchée, et trompeur dans les deux sens. Idem pour les catalogues, mais là au-moins, le livre à de bons voisins ; Internet n'est rien d'autre qu'une immense base de données et dans une base de données on ne trouve que ce qu'on cherche : c'est bien me direz-vous, mais souvent ce n'est pas ce qu'on cherche qui est important mais ce qui est juste à côté.
René

De Natura Libris a dit…

Rappelons que l'affichage des prix en boutique est une obligation légale

Pierre a dit…

Il faut donc mettre les prix en évidence. J'opte pour ma part sur une annotation à la mine de plomb en haut à droite de la première page - A éviter cependant sur du papier Japon ! Le premier qui gomme fait un trou ! J'y ajoute parfois une remarque personnelle de type " Excellent ouvrage ", " Jolies illustrations ", " Ne court pas les rues " pour conforter l'acheteur dans son choix...

Pour des ouvrages où une fiche est nécessaire, j’intercale un petit feuillet qui peut tomber du livre si l'on n'y prend pas garde. C'est ainsi que certains ouvrages n'ont pas de prix... Si l'on me demande, c'est parfois le point de départ d'un échange avec le client ( ce qui est parfait car je suis assez mauvais sur les préambules météorologiques) et je trouve le prix sur mes notices.

Il m'arrive par oubli ou par négligence de proposer un ouvrage sans le prix. Il m'arrive aussi d'être désinvolte, susceptible, renfrogné, contrarié, enrhumé... bref de déplaire. Ma force est néanmoins d'avoir été des deux côtés de la barrière : acheteur et maintenant vendeur : c'est stimulant !

Merci pour vos remarques qui nous font progresser. Pierre