mardi 6 septembre 2011

"Première solitude" de Gongora illustré par Louis Jou.


Il est normal que Louis Jou, éditeur, typographe et illustrateur xylographe renommé du début du 20eme siècle se soit intéressé à Gongora. Il était d'origine espagnole comme le poète. Tout dans son style le rappelle, d'ailleurs !


Nous sommes ici à une période charnière pour Louis Jou. Éditeur d'ouvrages de luxe, bien connu des bibliophiles de Paris où il avait son atelier jusqu'en 1939, la guerre lui enlève ses ouvriers et il se retire aux Baux de Provence pour continuer sa carrière. Il y restaure une maison acquise en 1921, le splendide hôtel Renaissance Jean de Brion. Il compose, seul dans son atelier, face à sa demeure, quelques unes de ses plus belles œuvres intitulées « Les livres de Louis Jou ». Il travaille également en association avec des éditeurs installés dans cette région. C'est Pierre Seghers, éditeur à Villeneuve-lès-Avignons en association avec Gaston Lienhard de Lausanne qui lui propose d'imprimer entièrement l'ouvrage que je présente aujourd'hui : Première solitude de Gongora avec le texte original et la traduction en regard.


Luis de Gongora y Argote est un poète espagnol né à Cordoue (1561-1627). Dès l'âge de quinze ans, il fut envoyé par son père à l'université de Salamanque afin d'étudier le droit. C'est à cette époque qu'il composa la plupart de ses letrillas et de ses romances satiriques. Gongora se fit connaître de bonne heure. Il n'avait que vingt-trois ans quand déjà Cervantes en parle avec éloge, dans la Galatea, parue en 1584. Il y est qualifié de « génie sans pareil ». Cervantes déclare que ses vers « réjouissent et enrichissent le monde entier ». Si cette admiration semble exagérée, il faut songer qu'elle ne s'adressait qu'aux premières poésies de l'auteur, dont beaucoup comptent encore parmi les chefs-d'oeuvre du Parnasse castillan. Malheureusement pour sa gloire, l'imagination tourmentée de Gongora l'entraîna plus tard hors du bon sens, vers un genre extravagant, une poésie obscure et bouffie, dans laquelle les métaphores accumulées rendent la pensée presque inintelligible. On a connu, bien plus tard, un Académicien qui s'est pris dans ce piège…


Mais la littérature comme la librairie ne nourrit pas son homme…Dans un recueil, le poète fait un plaisant inventaire de son modeste mobilier et des avantages qu'il doit à la pauvreté. Au moment où le comte-duc d'Olivarès allait enfin s'occuper de lui, Gongora, atteint d'une maladie cérébrale qui le privait de la mémoire, tout en lui laissant les autres facultés intactes, dut abandonner sa résidence et revenir tristement à Cordoue. Il y mourut peu de temps après son retour. La première édition de Gongora date de 1632; suivirent celles de Madrid (1654) et de Bruxelles (1659). Beaucoup de ses meilleurs vers avaient déjà été imprimés de son vivant, dans un recueil poétique d'Espinosa, publié en 1605. En dépit de ses égarements de style, l'auteur des Soledades, que nous présentons ici, n'en est pas moins un des plus illustres poètes de l'Espagne. Pierre


GONGORA. Première solitude. Seghers éditeur. 1943. Format in-8, broché, couverture rempliée de papier Auvergne gris illustrée d'un portrait, XXX + 115 pp. Grand papier. Édition originale de cette traduction avec le texte espagnol en regard. Belle réalisation typographique avec de nombreuses ornementations en noir et en rouge par Louis Jou. Tirage limité à 697 exemplaires, celui-ci un des trente-deux exemplaires sur papier d'Arches numérotés de 6 à 37 (N°30). Infimes rousseurs. 150 € + port

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