mercredi 28 septembre 2011

Cartonnages romantiques. Des plaques historiées comme pour les contes de Charles Nodier...


Il existe une intérêt certain à redécouvrir le travail des éditeurs du XIXeme siècle, nous sommes d'accord [Mame; Lehuby, Barbou, Ardant, Lefort, Megard]. Les cartonnages romantiques, aussi beaux soient-ils, n'ont pourtant pas fait que des adeptes à leur époque. Voyons ce qu'en disaient nos aïeuls quand ils étaient jurés lors d'une exposition de reliure en 1878 :


" Mais revenons à la France, car nous n'avons pas étudié la partie la plus… j'allais dire sérieuse, selon l'opinion du plus grand nombre de jurés, celle qui donne le plus gros chiffre d'affaire ! Est-ce que nous allons revenir au veau d'or ? Allons nous, nouveaux descendants d'Israël, danser devant l'arche et ne reconnaître de bon que ce qui produit n'importe comment, beaucoup et encore beaucoup ? Car là est le seul mérite de la fabrication, de l'usine, comme nous l'appelons, par dérision, il est vrai. Du trompe l'œil, tout à la surface rien au fond. Quelles lamentations pourrait faire un nouveau Jérémie sur ce sujet, qui a pour résultats principaux, par la division du travail, de faire des ouvriers, des machines de chair inconscientes, dépourvues de tout sentiment artistiques et même d'indépendance, et, en plus, de livrer au consommateur un produit inférieur, du vin au bois de campêche !


Oh ! Cela a de l'œil ! Le libraire qui ne vise qu'à percevoir au moins 30% n'en demande pas plus, certain que les consommateurs ne sont pas des connaisseurs et qu'ils se laisseront prendre aux apparences. Il ne demande surtout qu'à rentrer de l'argent dans la caisse. Je vais vous donner un exemple : Vous connaissez le dictionnaire Littré, qui par parenthèse est imprimé sur un papier où la pâte de bois doit rentrer pour la moitié, ce qui n'est pas très bon pour un livre d'usage ; et bien ! L'éditeur fait relier ces volumes à raison de 3f.75 […] N'est-ce pas compromettre l'avenir de ce livre ? N'est-ce pas, comme on dit, gaspiller la richesse publique ? N'est-ce pas manger son blé en herbe ?


[…] Ces livres ont des mors faits au moyen de la machine rouleau, le papier supplée au fil qui manque pour le faire ; mais l'enfant qui a eu ce livre pour récompense, et qui croit s'en servir et le conserver, devra abandonner cet espoir ! […] De 1830 à 1850, les Huet, les Boutigny, Scheck, Lenegre, scheck et Engel firent de la fabrication ; mais jusqu'à l'introduction des machines, ces quatre dernières maisons, tout en faisant de l'emboîtage, à l'imitation des anglais, les faisaient solides […].


A peu près vers la même époque on inventa la toile cannelée. Les couvertures alors recouvertes de belles plaques historiées, dues pour la plupart au burin de Haaraus, passionnèrent par leur richesse et leur éclat, les amateurs de clinquant. Le balancier à percussion de Duchenay venait d'être avantageusement remplacé par celui à colonne de Steinmetz […].


C'était un véritable perfectionnement ; les résultats étaient sérieux. Il suffit de revoir, pour s'en rendre compte, les publications de cette époque : La Bretagne, la Normandie avec leurs belles plaques mosaïque et or, les fleurs animées, Jérôme Paturot, etc… […] Puis les éditeurs sacrifièrent l'âme du livre au profit de l'extérieur et du bon marché. […]. La parure se fit à coup de serpe et tout à l'avenant : Beaucoup d'or, du vernis, un cachet mais alerte ! La voiture attend... Cette appréciation brève et sévère est nécessaire pour bien faire comprendre que l'art a tout à perdre avec cette nouvelle façon de faire…"


N'en jetez plus ! Demain, je vous mentionnerai un passage où l'on dit beaucoup de bien de certains éditeurs qui ont imprimé et illustré de jolis cartonnages comme ceux que je propose ci-dessous. L'état de ces deux livres n'est pas irréprochable mais quel témoignage du savoir faire des artisans de l'époque ! Pierre


NODIER Charles. Contes : Trilby. Le songe d'or. Baptiste Montauban. La fée aux miettes. La combe de l'homme mort. Inès de Las Sierras. Smarra. La neuvaine de la Chandeleur. La légende de la soeur Béatrix. Victor Lecou J. Hetzel Cie sd (autour de 1840), format in-4. Reliure éditeur, percaline estampée et illustrée. Jolie plaque historiée signée sur le premier plat. Dos orné de motifs dorés. Vignette dorée sur le dernier plat. 3 tranches dorées, 310 pages avec 8 planches hors-texte d'eaux-fortes et nombreuses illustrations en vignettes par Tony Johannot. Rousseurs éparses. Les 4 premières gravures ont malheureusement été colorisées de façon amateur. Le prix de l'ouvrage est donc en conséquence de ce défaut intérieur. Vendu


COLLECTIF. Le Bon Ange. Janet Louis Vve Mme. Non daté. In-8 Carré. Cartonnage d'éditeur. Une plaque historiée au premier plat. Dos orné de motifs dorés, Vignette dorée au dernier plat. 219 pages. Chromolithographie en frontispice, avec serpente. Nombreuses planches de lithographies, en noir et blanc, hors-texte, avec serpentes. Tranches dorées. Bandeaux et culs-de-lampe. Des rousseurs. 65 € + port

2 commentaires:

Pierre a dit…

Ce texte tronqué provient d'un ouvrage recherché. On y parle beaucoup de reliure (Capé, Lortic, Trautz...) Pierre

Bertrand a dit…

ils sont beaux ces cartonnages... Bernard M. va pâlir... (sourire)

B.