lundi 8 août 2011

Causerie du lundi de Philippe Gandillet. Le dictionnaire des synonymes de Lafaye.


Pierre-Benjamin Lafaist, dit Lafaye, professeur de philosophie et doyen de la Faculté des lettres d'Aix (1809-1867) a publié plusieurs ouvrages remarquables dont un dictionnaire des synonymes, en 1858, qui lui fit décerner le prix Volney.

Il vint présenter son ouvrage à notre institution quelques temps plus tard et je me souviens encore de son discours qui fut plein d'une légitime allégeance à notre haute autorité et d'une grande affabilité à mon égard. Nous aurions pu le faire entrer dans notre docte assemblée, je le pense, mais à cette époque tous mes confrères* semblaient en très bonne santé.

Je vous parle de ce souvenir agréable car Pierre m'a demandé de présenter une magnifique édition de son dictionnaire, ouvrage complètement finalisé grâce à un large complément intégré à cette septième édition. Moi je dis que quand l'œuvre d'une vie est à ce point achevée, il n'y pas vraiment de raison de lui survivre ! Ce que fit, avec toute l'élégance requise, son auteur…

Son discours :

Messieurs de l'Académie Française, Cher Philippe,

C'est à vous que doit être dédié ce livre. Il vous appartient pour ainsi dire. La plupart des écrivains qui en ont fourni la matière, Girard, Beauzée, D'Alembert, Voltaire et Condillac ont été du nombre de vos prédécesseurs. Je n'ai guère eu qu'à réunir et à coordonner leurs travaux conformément aux vœux de Fontanes et aux conseils de Monsieur Guizot, autres noms dont s'honore votre illustre compagnie.

Pour exercer une grande influence, le Dictionnaire des synonymes aurait besoin, je le sens, d'émaner de vous tout entier. Mais, ainsi que l'Académie l'a reconnue elle-même dès le commencement, un ouvrage systématique n'est pas de nature à pouvoir se faire en commun.


Daignez accorder à celui-ci, déjà recommandé par le suffrage de l'Institut, l'honneur de paraître sous vos auspices. Vous lui communiquerez ainsi une partie au moins de votre puissante et incontestable autorité. Dépositaires des traditions du bon goût, conservateurs de l'esprit littéraire, guides des jeunes talents qui se disputent vos couronnes, mais aussi régulateurs de la langue et établis surtout pour en constater l'usage, vous avez atteint le principal but de votre institution.


Puissiez-vous néanmoins accueillir favorablement une œuvre entreprise pour continuer votre première tâche, qui était achevée sans doute, mais non pas, j'ose le dire d'une manière absolument suffisante ! Il restait après vous quelque chose à faire pour l'exacte intelligence et l'emploi éclairé de notre langue classique.


Il manquait un livre consacré à la distinction des termes en apparence équivalents, livre méthodiquement conçu et fait d'une seule main, dans lesquels tous les travaux partiels du même genre fussent, non pas seulement rassemblés, mais fondus en un tout.


J'ai mis mon ambition à remplir cette lacune. En faisant cet hommage à votre compagnie toute entière, je cède avant tout au besoin de témoigner publiquement combien je suis redevable à Philippe Gandillet pour ses avis éclairés en la matière et avec quel sentiment de respectueuse déférence je me traîne à ses pieds pour lui exprimer mon admiration sans bornes...

Bon ! Là, il les avait quand même un peu dépassées !

Votre dévoué. Philippe Gandillet.

* Compagnons, camarades, associés, collègues…


LAFAYE (B). Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes. Ouvrage qui a obtenu le prix de la linguistique en 1853 et 1858. Septième édition suivie d'un supplément. Pais, hachette 1897. Format in-4. Reliure éditeur demi-chagrin havane, motifs dorés dans les caissons, titre en lettres dorées, plats en percaline vert empire, tranches mouchetées, page de garde en papier coloré. [5ff], LXXXIII, 1106pp, [4ff], 336pp, [3ff]. Reliure signée Ch Magnier et fils. Cahiers parfaitement solidaires. Exemplaire en très bel état. Vendu

Un aperçu de la reliure où l'on voit la jonction parfaite de la percaline et du cuir. Du travail de professionnel associé à une parfaite tenue des cahiers. Bravo Magnier !

12 commentaires:

pascalmarty a dit…

Marrant, cette reliure sans mors. On dirait un de ces très à la mode plats rapportés. L'avis de plus savants que moi sur la question ?

sandrine a dit…

Typique des reliures d'éditeurs fin 19ème.
(les buffons,les brunets,)etc... ont un dos cuir ajusté, par soucis d'économie de matériaux. Les plats en percaline gaufrés à la plaque.
Enfin d'aprés ce que je vois, à moins que cela soit une resstauration parce que les plats ont été désolidarisés et que la personne qui a restauré, ne savait pas faire autrement que de les mettre en plats rapportés. Ce qui est tout à fait plausible et, vous donnerait raison.
C'est un avis qui n'est que le mien.
Bien à vous.
Sandrine.

Pierre a dit…

C'est la qualité de l'appareil photo qui donne ce contraste si fort entre le dos et les plats. La réalité est moindre ! En fait, il s'agit bien d'une reliure éditeur d'époque signée Margnier avec toutes ses caractéristiques. Sandrine a tout à fait raison de mentionner un grand nombre de "Buffon des famille" ou "de la jeunesse" avec ces dos un peu courts. Mais le résultat esthétique est excellent et préserve du risque de déhiscence des mors. Pierre

Anonyme a dit…

En effet, pas de mors, pas de déhiscence des mors ; pour éviter les affres de l'agonie, autant naître déjà mort. :-)

Jean-Michel

Anonyme a dit…

Votre joie de vivre fait plaisir à voir, Jean-Michel... Ph Gandillet

Alain Marchiset a dit…

C'est typique des reliures industrielles de hachette ou hetzel, les plats en percaline sont gaufrés à froid (en fait à chaud), le cuir du dos est donc recouvert près des mors par la percaline... A. Marchiset

pascalmarty a dit…

Mais l'avant dernière photo montre une ombre au niveau du raccord entre percaline et dos, qui paraît indiquer une épaisseur plus forte que celle de la simple percaline, un peu comme si elle tombait dans la rainure d'un bradel.
Pierre, vous nous rajouteriez pas une image de plus pour mieux nous montrer comment tout ça se goupille ?

Pierre a dit…

Ce cliché est meilleur qu'à l'habitude ;-)) Pierre

Anonyme a dit…

Ce n'est pas une surépaisseur au niveau du mors mais un creux plus marqué : le cuir étant plus mou que le carton, il est normal que la plaque s'enfonce plus à cet endroit lors de l'estampage.

René

pascalmarty a dit…

Mes moyens ne me permettant en aucun cas d'être un bibliophile très actif, je n'avais jamais croisé ce type de reliure et ne connaissais que les pleine percaline. D'où ma curiosité…
Merci, Pierre, pour la photo.

Pierre a dit…

Pascal, c'est de la curiosité bien placée et je vous assure que les reliures étaient tellement bien exécutées à cette époque qu'il faut un œil exercé pour voir le passage de la percaline au cuir. Merci encore pour vos remarques qui nous font tous progresser. Pierre

Anonyme a dit…

Je fais un petit message personnel. Vous permettez Pierre.
Bonjour M. Marchiset.
J'espère que vous allez bien.
Je suis ravie de vous retrouvez sur ces sites, une façon, pour moi, de continuer à être dans un circuit, qui souffre beaucoup.
Bien à vous, et au plaisr de vous visiter en votre librairie.
Sandrine.