vendredi 17 juin 2011

Cartonnages romantiques pour bibliophiles qui ne lisent pas leurs livres…


Je donnais, hier soir, une petite conférence sur le livre ancien à l'attention d'un auditoire très studieux. Passé l'entretien, vint le moment des questions et la première d'entre-elles, que je résume, fut de celles que redoute le conférencier :

" Vous nous avez décrit, avec talent (sic), l'art de connaître et d'apprécier les livres anciens sans jamais, pendant 3/4 heure, nous parler du contenu de ces livres. Est-ce à dire que les bibliophiles ne s'intéressent qu'au livre-objet ? "


Je m'en suis sorti avec les honneurs, bien sûr, et en choisissant des exemples qui démontraient le contraire. Prestige oblige…


Et puis, aujourd'hui, je me suis dit qu'il était en effet possible de vous présenter des ouvrages sans jamais en évoquer leur contenu et cerise sur le gâteau, de vous les vendre, même... Oui, les bibliophiles ne lisent pas toujours leurs livres et alors ? Les collectionneurs de "Grands Crus", me confiait un auditeur, sont encore plus frustrés que nous car, eux, n'ont même pas la possibilité de goûter leur vin alors que nous, nous pouvons éventuellement lire nos livres


J'ai choisi pour démontrer le contraire de ce que j'ai affirmé de façon péremptoire hier soir, trois ouvrages recouverts d'un magnifique décor romantique sur percaline. Ces ouvrages sont illustrés sur les plats d'un semi de motifs dorés et sur le dos d'un décor avec pièce de titre utilisant la technique des plaques à dorer (décors en creux), relevés par l'adjonction de couleurs sur tissu du plus bel effet. L'intérêt est bien sur de posséder les trois exemplaires de la même collection puisque c'est le jeu des couleurs qui tient lieu d'écrin à ces trois volumes.


Le texte ? Heeuuuuuuu… J'ai fait des photos des pages de titre et les amateurs apprécieront qu'il n'y ait pas de rousseurs sur le texte et sur les gravures. Pierre


Cartonnages romantiques. Lot de 3 volumes in-8. A Limoges chez Barbou frères, imprimeurs-libraires. Série de 3 percalines éditeur à décor romantique, tranches mouchetées, pages de garde en papier coloré. Très bel état. Le lot 135 € + port

11 commentaires:

pascalmarty a dit…

C'est vrai que ces reliures ont l'air assez sympas. Enfin… du moins ce qu'on en aperçoit sous les reflets du film de protection ! Évidemment, réussir à vendre un bouquin non seulement sans dire ce qu'il y a dedans mais encore sans le montrer vraiment serait sans doute une sorte d'achèvement librarien.

Bon, Pierre, je plaisante. Pas taper ! Pas taper !

Nadia a dit…

Ca me paraît incroyable ça. Comment vendriez-vous, si quelqu'un rentre dans votre boutique et vous demande un livre sur tel ou tel sujet, si vous ne l'aviez pas un peu lu, au moins en diagonale ? Donc, en gros, si la reliure est belle, mais qu'à l'intérieur c'est creux, ça vous plait ? bon, en même temps, vous ne pouvez pas tout lire hein ? sinon, vous n'auriez pas assez de temps pour faire tout le reste... -;))

Pierre a dit…

On peut aimer une chose (je ne parle pas d'une femme, qu'on se le dise...) pour ses atours et apprécier dans un deuxième temps sa beauté intérieure ;-))

Idem avec un livre. D'ailleurs, le principe de l'achat en librairie contemporaine est justement que l'on n'a pas lu le livre quand on l'achète. Et là, cela ne gène personne !

Donc, on peut m'acheter un livre sans que j'en narre l'aventure. Enfin, j'exagère car ils sont pas encore vendus, mes bouquins ! Pierre

Pierre a dit…

C'est vrai, Pascal, que j'ai essayé de vendre à mes lecteurs un livre sans parler de son contenu mais que l'inaccessible défi serait de ne pas en montrer de photos, non plus ;-)) Pierre

sandrine a dit…

Parce que vous croyez qu'on a le temps de lire encore, aujourd'hui, autrement qu'en diagonale?
Et encore.
J'ai entendu dire que les clubs de lecture sont très à la mode.
Peut être qu'une des solutions à la crise de la librairie est d'animer un club de conseils de lecture.
Moyennant cotisation pour avoir le bon conseil en fonction du moment.
Une sorte de consultation, librairothérapeute...
:)
Non? J'ai pourtant l'impression d'avoir là, l'idée du 21ème siècle. Naturolibrairothérapeute avec traitements personnalisés... ça en jette.

Certains livres sont plus efficaces que les somniféres. D'autres vous retournent le cerveau comme des electro-chocs.
(Enfin pour ceux qui ont encore un cerveau, capables de sortir du flots de débilités racontés lors les infos.)

D'autres sont justes jolis à regarder et à prendre en mains.
Bien à vous.
Sandrine

Textor a dit…

Moi, je me rappelle, la dernière fois que j’ai lu un livre c’était en 1986, il pleuvait et à cause des grèves de transport, on restait à la maison des jours entiers. J’avais l’Insoutenable légèreté de l’être sous la main, dans une édition quelconque, même pas relié en veau, et j’avais bien du en lire la moitié quand je me suis arrêté à cette phrase : « Avant de disparaître totalement du monde, la beauté existera encore quelques instants, mais par erreur. La beauté par erreur, c'est le dernier stade de l'histoire de la beauté ». Depuis je contemple juste les pages de titre, les tranches dorés, les nerfs et les colophons.

Textor

Pierre a dit…

Vous m'avez convaincu, Textor. La simple beauté donnée aux contemplatifs qui s'émerveillent des erreurs de la nature ou de l'évidence du génie de l'homme... Pierre

Pierre a dit…

Pas bête du tout, le "librothérapeute" ou le coach en culture générale, Sandrine. Je crois qu'il vous reste un créneau de libre entre 3 et 4 heures du matin si vous rognez sur votre sommeil ;-)) Pierre

Pierre a dit…

Pour tirer un fil au commentaire de Textor, je viens de retrouver cette introduction de Paul Valéry dans Littérature :

Les livres ont les mêmes ennemis que l'homme : Le feu, l'humide, les bêtes, le temps ; et leur propre contenu. Les pensées, les émotions toutes nues sont aussi faibles que les hommes tous nus.
Il faut donc les vêtir.

sandrine a dit…

Je suis sous le charme.
Mais je ne suis pas sûre d'être de bon conseil en matiére de lecture.
Vous savez bien,
les femmes sont trop subversives.
:)
Bien à vous,
Sandrine.

Textor a dit…

Vêtir ceux qui sont nus, voilà une belle enseigne pour un relieur !!
Textor