Avant moi, il n'y avait peut-être rien ou peut-être
quelque chose. Après moi, il y aura peut-être quelque chose, ou peut-être rien…
Que deviendrons-nous après la mort ?
C’est la question que se posait le célèbre abbé Théophile Moreux, bien connu
des bibliophiles pour ses ouvrages de vulgarisation scientifique. Désirant, moi
aussi, poser une pierre sur l’édifice de la connaissance, je vais tenter de
répondre à une autre question existentielle tout aussi importante qui m’est
venue sous le masque, aujourd’hui : Qu’étions-nous avant la vie ?
On pourrait nonobstant répondre succinctement
à la question de Moreux en ces termes : Pour ce qui est du passage à
travers la mort physique, nous verrons bien mais je suis toujours surpris par
les théologiens qui prétendent disserter de ce qu’il y a après la mort comme
s’ils le savaient très bien ! D’abord, comme nous n’y avons jamais
vraiment goûté (personne n’a jamais vécu sans corps que je sache), il est
absolument impossible de savoir ce que cela pourrait être… Et même si nous en
avions fait l’expérience, il serait impossible, je pense, d’en parler avec des
mots. Quand on pense qu’expliquer quel est le goût des kiwis à quelqu’un qui
n’en a jamais goûté, c’est déjà pas facile, on imagine que parler de la vie
après la mort à quelqu’un qui ne l’a pas vécu (sic), c’est quasiment impossible
! Je vous engage cependant à acquérir l’ouvrage de l’abbé Moreux. Bien relié,
dans une bonne édition illustrée, il ne dépareillera pas dans votre
bibliothèque et, le moment venu (pas trop tard, cependant), vous pourrez même
le lire…
Pour ce qui est de la question sous le masque posée en
préambule « Qu’étions-nous avant la vie ? », Je
vous soumets le résultat de ma réflexion. Si vous trouvez qu’elle
est incomplète, et je l’admettrais bien volontiers, vous devez savoir que ma
séance de radiothérapie ne dure que 10 minutes. J’avais bien pensé, pour cette
fois-ci, à demander qu’on fasse les deux derniers rendez-vous d’un coup mais on
m’a répondu qu’au-delà de 15 minutes, les rayons traversant de part en part mon
cerveau allaient détériorer le chariot roulant…
Bien évidemment, la lecture de la Genèse pourrait vous
apporter une réponse satisfaisante si vous croyez que le monde a été créé par
Dieu en six jours, dimanche chômé… C’est un vrai problème pour les croyants qui
ont suivi un cursus scientifique d’admettre ça. Question d’interprétation me
direz-vous puisque, depuis l’origine du monde, la création s’est transmise de
bouche à oreille jusqu’à ce qu’un peuple élu le couche sur du papyrus dans la
langue d’Abraham ou dans celle d’Aristote !
Désolé ! L'univers est né avec le Big-Bang, il y a 14 milliards
d'années et des bananes, vous diront les scientifiques. On pense même qu’il y
aurait eu plusieurs Big-Bangs dans l’univers et que le nôtre se noierait dans la
masse. Imaginez alors notre système solaire comme une bulle dans un bain
moussant composé d'une infinité de bulles… Si vous désirez, d’ailleurs, devenir
un maître de la cosmologie, je vous engage à écouter les Exoconférences d’Alexandre
Astier, vulgarisateur scientifique de tout premier plan, qui sont édifiantes !
Certes, nous ne sommes pas faits que de matière
brute, c'est-à-dire de chaos, puisque nous avons une âme, une conscience d’être,
même… La matière qui nous constitue est informée et organisée de manière
différente pour chacun de nous. La vie serait alors l’association d’informations
innées autour d’une matière acquise. Est-ce à dire que je vais me survivre ? La
question mérite d’être discutée. Cette survie est aujourd’hui possible grâce
aux livres, transmission éphémère de la connaissance. Elle ne me permettra
cependant pas de renaître… La vie ne serait alors qu’une illusion, un néant que nous
construisons sur du vivant avec notre pensée. On pourrait aussi rêver que le sommeil de
la mort nous ouvre les portes d’une nouvelle vie mais je n’en mettrais pas ma
main au feu. Ça tombe bien, il n’y en a pas au paradis, de feu ;-))
Pierre



